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Rouen, vendredi 08 h 47
À CE MOMENT, un homme apparut dans l’embrasure de la porte. Cynthia se pinça les lèvres et enfouit sa tête dans ses mains en pestant. Si elle avait pu disparaître derrière sa chaise, elle l’aurait fait. C’était ce pékin qu’elle avait envoyé balader à son arrivée, cet homme qui n’avait pas de papiers et qui avait rendez-vous avec Beaulieu. Elle aurait dû s’en douter !
Il avait toujours ce regard bleu particulier, sans cesse en mouvement, n’attrapant que furtivement un détail, les yeux à la recherche d’une chimère. Il ôta sa parka, prit une chaise et dévisagea l’équipe.
– Bonjour à tous. Je suis le capitaine Leblanc, détaché par les Hautes Autorités de l’État pour enquêter sur cette affaire. Ceci, à la demande du commissaire Beaulieu, qui a eu trop peur de se mouiller pour s’en occuper…
Beaulieu encaissa l’attaque directe sans broncher. Il se contenta de répondre d’une voix mordante :
– Je ne peux pas me permettre de m’impliquer, je connaissais trop la victime.
– Bien sûr, Commissaire, ironisa lentement le capitaine, bien sûr.
Jacques Beaulieu frémissait de rage contenue. Cynthia se concentra sur l’inconnu. À sa façon narquoise de toiser le commissaire, elle comprit qu’ils se connaissaient et se détestaient de longue date. Incrédule, elle se vit comme une spectatrice dans une arène, en train d’admirer un combat s******t. Elle ignorait tout de cet homme, mais elle voyait son patron bouillir de haine devant son impassibilité et son humour corrosif. Pourquoi diable avoir fait appel à lui ? Dans quel merdier s’était-elle fourrée ? La partie ne lui parut soudain pas du tout intéressante. S’il existait une rivalité ancienne entre les deux hommes, c’est elle qui allait en prendre plein les dents. Décidément, ce n’était pas son jour.
– Le capitaine Leblanc sera votre chef d’équipe. Vous dépendrez directement de lui le temps de l’enquête.
Il se tourna vers ses hommes et les présenta rapidement. Il lui donna un rapide aperçu de leur carrière. Quand il arriva à Cynthia, elle le toisa d’un air de défi pendant que Beaulieu faisait hypocritement l’éloge de ses qualités professionnelles.
Une fois les présentations terminées, Leblanc se leva, sortit quatre enveloppes de sa parka qu’il distribua dans un silence étonné à ses nouveaux équipiers. Puis, il fit un signe de tête à Cynthia :
– Capitaine Flaubert, vous venez avec moi, on va faire une balade. Pour les autres, vos premières instructions sont dans ces enveloppes. Si vous avez des questions à propos de mes méthodes de travail, posez-les à votre commissaire, qui saura quoi vous répondre. J’ai besoin de vous tous, mais je ne prends jamais qu’un seul partenaire pour les déplacements. J’ai choisi Cynthia Flaubert, car après le coup tordu qu’on vient de lui faire, elle a besoin de réconfort.
Beaulieu devient tout rouge et sa voix carrément menaçante :
– Leblanc, tu fermes ta gueule et tu me trouves le meurtrier de Marc ! On s’en branle de tes sarcasmes. Vous avez trois jours ! Je m’occupe de lancer un appel à témoin ! Allez, au boulot !
Et sans attendre de réponse, le Commissaire sortit en claquant la porte. Nullement offusqué, Leblanc se tourna vers ses collègues :
– Désolé les gars, vous n’y êtes pour rien. Autant que les choses soient claires tout de suite. Votre commissaire et moi, on ne s’aime pas trop. Allez, à vos postes de combat. Briefing demain matin neuf heures, même endroit.
Vous, vous êtes qui ? songea Schnarpel.