12. Square Verdrel, vendredi 09 h 24

562 Words
12 Square Verdrel, vendredi 09 h 24 CYNTHIA FLAUBERT garda longtemps le silence, encore troublée par la violence des retrouvailles entre son patron et Pierre Leblanc. Ce dernier paraissait s’amuser de la situation, impassible, happé par la traversée de Rouen sous une pluie diluvienne. La voiture se trouvait bloquée dans un embouteillage monstre sur les quais. Comme à son habitude, la ville était congestionnée. Leblanc lisait tranquillement le rapport du médecin légiste. Le voir impassible à côté d’elle la rendait folle. Elle profita de l’arrêt pour observer son profil. L’atmosphère chaude et humide de l’habitacle leur conférait une certaine intimité, qu’il ne paraissait pas remarquer. Elle en profita pour l’examiner, et l’imagina dans le plus simple appareil, allongé tout contre elle. Elle n’y pouvait rien. Elle adorait fantasmer sur les beaux mecs. Il n’y avait aucun mal. Pour elle, f***********r était un besoin vital. Elle profitait allègrement de ce corps qui parlait pour elle. Finalement, elle ne supporta plus les arrêts et les essuies glaces. Elle plaça d’autorité la lanterne bleue, brancha la sirène à fond et grimpa sur les trottoirs pour se sortir du bouchon. – Vous l’avez lu ? – Je vous demande pardon ? Il la tira de ses rêveries érotiques d’une simple phrase. Elle faillit rougir. – Avez-vous lu le message du médecin sur les circonstances de la mort de ce Marc Antoine ? – Euh, non. – Vous deviez être très occupée par ailleurs… – Qu’est-ce que cela peut vous faire ? Ma vie privée me regarde. – Assurément, mais vous avez déjà failli écraser une douzaine de piétons dont plusieurs beaux mecs. Cela ne vous ressemble pas. Elle grimaça sans répondre, piquée au vif. Il continua : – Ce type, ce Marc Antoine, c’était une grosse huile ? – Oui. Une des plus grosses fortunes de la région, propriétaire d’un important complexe chimique. – Un politicien aussi ? – Oui. Un type dévoré d’ambition, qui rêvait d’un ministère. On le donnait favori pour l’Industrie dans l’éventualité d’un remaniement ministériel. – Qu’est-ce que Beaulieu fait dans l’histoire ? – Antoine était son ami, son mentor. Ils se connaissaient depuis longtemps. Les mauvaises langues parlent de copinage, mais rien de tangible. Marc Antoine était l’appui politique du commissaire. – Qu’est-ce qu’il lui a donné en échange ? – Euh, rien à ce que je sache. – Très étonnant. Dans leur monde, rien n’est gratuit. Tout se paie, tout s’achète. Beaulieu a dû cracher au bassinet pour avoir les faveurs de ce type. – Pourquoi vous ne l’aimez pas ? Qu’est-ce qu’il vous a fait ? demanda brutalement Cynthia, échaudée par leur précédente altercation. Il éluda la question d’un geste de la main : – Il n’y a pas une histoire de pots de vins ? – Arrêtez de délirer, répliqua-t-elle, blessée de voir son patron écorché de la sorte. Vous êtes qui, vous, d’abord, pour le juger ? Toute la Brigade sait qu’il a subi un contrôle anticorruption par l’IGS au moment de son intégration à Rouen, et qu’il fait souvent l’objet de contrôles inopinés à cause de cette amitié. Sa réussite fait des envieux, c’est tout. Vous devez être sacrément jaloux pour lui en vouloir de la sorte. – Ne parlez pas de ce que vous ne connaissez pas ! Si Jacques ne vous a rien dit sur moi, c’est qu’il avait ses raisons, et je me garderai de le contredire, sur ce sujet du moins… – Racontez-moi, alors, cria-t-elle, furieuse. Je débarque comme une conne entre deux machos qui se livrent une guerre débile. Je n’ai pas envie de payer pour vos sales gueules. Si je ne sais pas de quoi il retourne, vous allez l’avoir, ma démission. – Démission refusée d’office, Capitaine, dit-il avant de s’enfoncer dans le mystère. – Vous ne m’avez pas répondu. Vous êtes qui, vous ? Pourquoi vous appelle-t-on l’Artiste ? Pourquoi avez-vous accepté cette enquête ? Que venez-vous chercher ici ? – On verra un peu plus tard, répondit-il, on arrive.
Free reading for new users
Scan code to download app
Facebookexpand_more
  • author-avatar
    Writer
  • chap_listContents
  • likeADD