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834 Words
Kimberley C'est samedi, et ma mère est en voyage. L'absence de son regard scrutateur me laisse libre de faire ce que je veux. Et je mentirais si je disais que ça ne me plaît pas. Elle n'aurait jamais validé mon escapade au chalet des Steward - surtout pas en compagnie de Bradley. Même sans l'avoir jamais rencontré, elle connaît sa réputation. Les fêtes qu'il organise dès que ses parents tournent le dos, les filles qu'il fait défiler dans sa maison... autant dire qu'elle aurait fait une crise cardiaque à l'idée que je m'y rende. Mais voilà. Aujourd'hui, monsieur beau gosse du voisinage m'a invitée à l'une de ses fameuses soirées. D'ordinaire, j'aurais décliné sans réfléchir. Mais il a ajouté une phrase magique : - Jordan sera là. Et comme une idiote... j'ai dit oui. Hier soir, on a longuement parlé, Bradley et moi. De stratégie, de comportements à adopter, de phrases à dire ou à éviter. D'après lui, je dois être... inaccessible. Genre, inatteignable. Le mystère incarné. Si mes amies savaient ça... elles me prendraient pour une folle. Pas plus tard qu'avant-hier, je leur jurais que je ne voulais plus entendre parler de lui. Et maintenant ? Il me coache pour draguer un autre mec. Pathétique ? Un peu. Incohérent ? Beaucoup. Et le pire ? Je leur ai demandé de m'accompagner à sa fête. En prétendant qu'on avait décidé, lui et moi, de "rester amis". Mon Dieu... Je boucle mon sac à dos après avoir vérifié pour la troisième fois que tout y est - portable, gloss, serviettes, chargeur, préservatifs (non, je rigole... quoique). Dans un geste automatique, je le jette sur mon épaule et sors de ma chambre, laissant derrière moi un champ de bataille digne d'un ouragan émotionnel. Quand j'arrive au rez-de-chaussée, le trio infernal m'attend, sacs à dos prêts, visages fermés. - Enfin, tu as fini, râle Anna, entre soulagement et exaspération. Je laisse échapper un petit rire nerveux. J'ai beau être celle qui les a traînées dans cette galère, c'est elles qui poireautent. - Pardon, j'avais oublié... ma brosse à dents. - Je te jure que si tu oublies encore un truc, ce n'est pas une brosse que tu vas te prendre, c'est une claque. Et je parle au nom de notre amitié, ajoute Sarah, faussement dramatique. Je lui adresse un sourire désolé. Elle blague, mais pas complètement. Stacy, fidèle à elle-même, reste en retrait, ses yeux roulant vers le ciel. On finit par quitter la maison. Plusieurs voitures sont déjà garées devant celle de Bradley. Et là, vision d'enfer : il est assis dans sa Ferrari noire, Aubrey perchée à côté de lui, une jambe négligemment posée sur ses cuisses. Cette fille... c'est une déesse. Mi-afro, mi-asiatique, corps parfait, peau zéro défaut, des lèvres dessinées au compas, un regard de panthère. Je la suis sur Insta, donc je sais de quoi je parle. Même en bikini, elle est irréprochable. Moi, en bikini ? Je ressemble à une version nerveuse d'un marshmallow stressé. Je plisse les yeux, fixant cette satanée jambe. Même ses cuisses sont parfaites. Je suis 100 % hétéro, mais là, franchement... je comprends trop bien ce que doit ressentir Bradley, même s'ils prétendent tous les deux qu'ils sont amis. - Kimberly ? Tu nous écoutes, là ? Je sursaute légèrement, sortant de ma rêverie. Anna me tend mon téléphone. - C'est ta mère qui appelle. Je saisis l'appareil et décroche. - Allô ? Oui, je suis à la maison. C'est Pricilla qui est de garde aujourd'hui. - D'accord. Je t'appelle s'il y a un souci, répondis-je avant de raccrocher. Je me tourne vers Stacy, qui m'observe déjà. - Elle voulait savoir qui s'occupait de la boutique, dis-je simplement. - Bon, les filles, on y va, lance Ethan depuis sa voiture. Il est assis côté conducteur, capuche sur la tête, l'air détendu. À côté de lui, Cody, le frère d'Anna, pianote sur son téléphone. Il reste trois places à l'arrière, et on est quatre. L'équation est simple : l'une de nous devra trouver une autre voiture. Alors que je m'approche du véhicule, prête à me serrer avec les filles, une voix derrière moi me stoppe. - Tu peux venir avec moi, Kimberly. Je me retourne. Jordan. Jordan, dans sa Mercedes. Il me regarde, l'air détaché, presque... poli. Je sens ma gorge se serrer. Ma première réaction ? Une montée de chaleur incontrôlable. Mes jambes hésitent, mon cœur s'emballe. Et puis... je le sens. Ce regard. Ce regard brûlant dans mon dos. Je me retourne doucement. Bradley. Il est toujours au volant, mais son corps est raidi. Ses yeux, d'ordinaire nonchalants, sont sombres, perçants. Il me fixe. Pas comme un ami. Mais comme un coach. Je le connais assez pour comprendre le message silencieux : Fais pas la conne. Ne monte pas. Sois inaccessible, bordel. Il me supplie silencieusement de refuser. Et pourtant... - Euh... oui, bien sûr, j'arrive. Et je monte dans la voiture de Jordan. Parce que je suis conne. Et un peu trop en crush.
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