Ils avaient cessé de faire semblant.
Pas de grandes déclarations, pas de mots inutiles. Juste cette façon nouvelle de se tenir trop près, de laisser les silences durer, de ne plus reculer quand l’autre avançait.
Aleksi s’en rendit compte le premier soir où il posa la main sur l’accoudoir du fauteuil et que les doigts de Mikael s’y trouvaient déjà. Le contact fut bref, presque invisible. Mais aucun des deux ne retira sa main.
Le geste était simple. La réaction, immédiate.
Aleksi sentit la chaleur monter lentement, méthodiquement. Ce n’était pas l’élan brutal qu’il connaissait si bien — c’était pire. Un désir qui prenait son temps. Qui s’installait.
Il se tourna légèrement. Sa cuisse frôla celle de Mikael. Pas assez pour être accidentelle. Pas assez pour être assumée.
— Tu fais exprès, dit Mikael sans le regarder.
Aleksi esquissa un sourire qu’il ne laissa pas atteindre ses yeux.
— Tu pourrais t’éloigner.
— Je pourrais.
Il ne le fit pas.
Leurs souffles se rapprochèrent avant leurs corps. Aleksi leva la main, lentement, laissa ses doigts suivre la ligne de l’avant-bras de Mikael, s’arrêta juste avant l’épaule. Un arrêt net. Calculé.
Mikael inspira profondément. Son corps répondit sans détour. Aleksi le sentit. Cette tension franche, honnête, qui ne ment pas.
Quand ils s’embrassèrent, ce ne fut pas tendre.
Ce fut précis. Lent. Appuyé juste ce qu’il fallait pour éveiller sans prendre. Les lèvres se séparèrent, revinrent, se quittèrent encore. Une succession de demi-baisers qui laissaient le désir ouvert, presque douloureux.
La main d’Aleksi glissa dans le dos de Mikael, à plat, ferme. Pas de possession. Mais une promesse dangereuse.
— Pas ici, murmura Mikael.
— Alors où ? répondit Aleksi sans reculer.
Ils n’allèrent nulle part.
Ils restèrent là, à apprendre exactement jusqu’où ils pouvaient aller sans basculer. Quand ils se séparèrent enfin, leurs corps étaient tendus, leurs pensées claires et troublées à la fois.
Ce n’était pas une victoire.
C’était un avertissement.
Aleksi n’aimait pas cette sensation.
Le manque n’était pas nouveau. Mais celui-ci avait une forme précise. Une voix. Une façon de se tenir debout, de marcher, de le regarder sans défi ni soumission.
Il pensa contrôler la situation jusqu’au moment où il vit Mikael rire avec d’autres. Pas flirter. Juste exister. Et ce simple fait lui serra la poitrine.
La jalousie n’était pas violente. Elle était basse, constante. Elle ne criait pas — elle insistait.
Plus tard, seuls, Aleksi se rapprocha sans détour. Sa main trouva la taille de Mikael. Il laissa la pression s’installer avant de la relâcher, comme pour rappeler qu’il pouvait rester… ou partir.
— Tu fais ça exprès, dit Mikael, la voix plus grave.
— Dis-moi d’arrêter.
Mikael ne le fit pas.
Le b****r fut plus long cette fois. Plus chargé. Les corps se pressèrent sans se chercher ouvertement. Les mains explorèrent, s’arrêtèrent, reprirent ailleurs. Tout était permis sauf la suite.
Aleksi sentit le désir devenir exigeant. Presque autoritaire. Il savait exactement comment aller plus loin. Il savait aussi pourquoi il ne devait pas.
Quand Mikael glissa ses doigts sous la veste d’Aleksi, il se figea.
— Attends.
Le mot suffit.
Ils restèrent immobiles, front contre front, respirations mêlées. Le désir était là, entier, mais contenu par une décision claire.
— On ne fait pas ça comme ça, dit Aleksi.
— Comme quoi ?
— Comme si on pouvait faire semblant après.
Ils s’éloignèrent à peine. Assez pour que le contrôle revienne. Pas assez pour que l’envie disparaisse.
Ils passèrent la nuit côte à côte, sans aller plus loin. Corps conscients. Esprits lucides. Le matin ne résolut rien.
Mais quelque chose était désormais irréversible :
le désir avait pris forme.