5.Premiers contacts

2387 Words
À Dakar, une semaine plus tard   Pdv Victoria   J'étais assise dans ma chambre, un peu stressée. Je m'étais habillée d'une jolie robe bleue avec des sandales en cuir et j'attendais qu'on me fasse signe. Mes ''parents'' venaient me rendre visite aujourd'hui et je voulais être parfaite pour cette première rencontre. Dorine, une de mes cousines vint frapper à la porte. Elle entra.   Dorine : Vicky, Maman dit de descendre. Ils sont là.   Moi, curieuse : Tu les as vus?   Dorine : Oui.   Moi: Ils sont comment ?   Dorine, excitée : Ton père, il est trop à croquer.   Moi : Ne parles pas comme ça de lui.   Dorine, en riant : Non. Mais, elle fait sa jalouse ? Sérieux, ton père, c’est un “ Sugar Daddy”.   Moi, faisant la choquée : Dahida. Yow, tey la ley bolé Céline Coly ak Didier Mané. Ngané “ Sugar quoi… ?” Yow, fo khamé mot bobou (Punaise, je vais aller te dénoncer à Céline Coly et Didier Mané. Qu’est-ce que tu as dit “ Sugar quoi ... ? D’où tu connais ce mot ?)   Dorine : Déjà, je suis plus âgée que toi, jeune fille et de plus, je ne suis pas aussi sage que toi.   Je pouffai de rire. Cette phrase était vraiment drôle. Une chose était sûre, elle ne savait pas le quart de ce que je savais dans ce domaine. Elle était bien loin de se douter que de ce que je faisais en cachette avec mes mecs. D’ailleurs, elle aimait jouer à la petite “bandite” avec moi, mais elle était d’une timidité incroyable. Espé était plus ouverte aux autres qu’elle. C’était d’ailleurs, pour ça que je n’avais pas trop de liberté. Si Dorine osait sortir pour aller ailleurs qu’à ses cours, j’aurais pu en profiter pour sortir le soir. Mais elle était trop “école-maison”. Et Espé était encore trop jeune pour que tata Céline la laisse sortir le soir. Du coup, je faisais tout pour régler toutes mes affaires avant 19h, heure à laquelle on devait être toutes à la maison .   Moi, pour la taquiner : Tu feras moins ta maline, quand ton père te demandera où tu as entendu ce mot.   Dorine : Il n’a qu’à venir me le demander, je lui dirais que c’est mon copain qui me l’a appris.   Moi : Khana farou rap la ( ça doit être un esprit alors), parce que tu es célibataire comme Mère Térésa. Justin aurait pu te l’apprendre si tu ne l’envoyais pas toujours balader.   Dorine : Arrêtes, je ne l’envoie pas balader. Je suis toujours courtoise avec lui. C’est juste que je ne veux pas. Dire non, ce n’est pas être impolie.   Moi : Ce n’est pas, non plus, une demande en mariage. Tu pourrais au moins lui dire oui, histoire d’essayer et de ne pas moisir dans ton célibat.   Dorine : Je ne me mettrai pas avec quelqu’un, juste pour ne pas être seule. Bon, fermons cette parenthèse. Descends tes parents t’attendent. Ça me fait bizarre de dire “tes parents ”. Ta Sandra a toujours …   Moi : Moi aussi, ça me fait bizarre. Elle a toujours été mon père et ma mère.   Dorine resta silencieuse, ne sachant plus quoi ajouter.   Dorine : J'espère que tu ne vas pas nous laisser, dès que tu seras intégrée à ta nouvelle famille.   Moi: Ne t'inquiètes pas, vous resterez toujours ma famille.   Elle sourit, rassurée. On se rendit au salon. À l'entrée, je vis Tonton Nestor assis à côté d'un homme sur le canapé. Une femme de teint noir et Tata Claudine étaient installées sur les fauteuils. Tata Céline, en souriant : C'est elle.   La femme noire, en pleurant, se précipita vers moi. Elle me prit dans ses bras en répétant : " C'est ma fille. C'est ma fille. Merci, Seigneur. J'ai retrouvé mon bébé ". À dire vrai, j'avais une grande envie de la repousser. Personnellement, je n'aimais pas les étreintes et encore moins celles de personnes inconnues, mais je n'avais pas d'autres choix que de supporter et de jouer le jeu, comme Khoudia me l'avait conseillée. L'autre homme se leva, mais resta à distance. Quand la femme se sépara de moi, après ce qui me sembla être une éternité, l'homme me prit avec plus de retenue dans ses bras.   L'homme, d'une voix douce et grave : Je suis si heureux de t'avoir retrouvée, ma puce.   Je ne sais pas ce qui me prit, mais cette fois-ci, je fus vraiment touchée et un v*****t frisson me traversa tout le corps.   Ma voix intérieure : C'est ça que ça fait d'être dans les bras de son papa.   Moi, avec autorité : Tais-toi, je ne t'ai rien demandé.   Si je commençais à me faire ce genre de réflexion, je ne garderai pas mon sang-froid légendaire. Il se sépara de moi et m'admira .   L'homme, avec humour : Je vais avoir beaucoup de mal à surveiller trois nanas magnifiques. Mes gènes sont un peu trop merveilleux. Je ne fais que de beaux enfants.   Cela nous fit un peu sourire, mais ma "mère" et Tata Claudine gardèrent le visage fermé. Décidément, la blague ne passait pas pour elles. Ma mère reprit rapidement le sourire et me tira vers le canapé. On s'assit. Tonton Nestor se leva et alla s'asseoir sur le fauteuil où elle était assise avant .   Maman : Oh. Ma chérie, j'ai tellement rêvé de ce moment.   Mon père vint s'asseoir de l'autre côté. Ça me faisait tout bizarre d'être assise entre les deux.   Tonton Didier : Je sais que je coupe brutalement la féerie de vos retrouvailles, mais je pense qu'il faut déjà qu'on entre dans le vif du sujet. Après on vous laissera tous les trois profiter de ces moments intimes.   Mon "père" : Oui. Vous avez raison.   Tonton Didier sortit d'un grand classeur qu'il avait posé sur la table, plusieurs feuilles.   Tonton Didier, en les tendant : Voici un extrait de naissance de Vicky, celui de Sandra et son certificat, sans oublier une photocopie de la lettre où elle reconnaît son acte. Vous comprendrez que j'ai préféré garder l'original. En tant qu'avocat, je ne peux pas vous donner cette lettre qui est la meilleure preuve de notre innocence dans cette histoire.   Mon père prit les documents.   Ma mère : Lis-la que je sache ce qu'elle y a dit.   Mon père s'exécuta et plus il lisait, plus je sentais sa voix perdre assurance, plus je sentais la main de ma mère, qui gardait la mienne dans la sienne, se crispait et plus je me sentais gênée, prisonnière entre ses deux inconnus qui auraient dû faire ce dévoilement de secrets en intimité. Maman Sandra dévoilait sans langue de bois que mon " père" avait entretenu à la fois une relation amoureuse avec ma mère biologique et elle. Je n'avais pas besoin d'avoir vécu 40 ans avec ma ''mère'' pour savoir que la nouvelle avait l'effet d'une bombe pour elle. À la fin de la lecture, il y eut un silence de mort dans la pièce. Je ne sais pas si c'était pour la même raison que les autres gardaient le silence, mais moi, j'attendais la réaction de ma "mère".   Ma ''mère'', calmement : Ok. Je comprends mieux pourquoi ça a été presque impossible de découvrir qui était responsable de ce vol. Tout avait été planifié en groupe et elle s'était réfugiée avec ma fille à la frontière. Tout s'explique.   Dans ma tête, j'étais en mode. De quelle planète elle venait cette femme ? C'était sa seule réaction ? Celle- là, soit elle n'avait pas compris ce que la lettre dit ou bien elle était habituée aux frasques de mon père. J'étais presque déçue de sentir que cet homme avait peut-être un côté sombre.   Ma voix intérieure : Déçue ? Hé, hé, hé... Donc tu ressens...   Moi, la coupant : Je ne t'ai rien demandé. Je ne ressens rien pour cette personne. Je viens de la connaître.   Ma voix intérieure : Si, si.   Mon père, sûrement rassuré par le calme de ma mère : Tout d'abord, comme je vous l'ai dit plus tôt, Lise et moi nous vous remercions pour tout ce que vous avez fait pour notre fille. Vous l'avez prise sous votre aile. Nous comprenons que vous préfériez garder l'original de la lettre. C'est tout à fait normal de protéger ses arrières.   Mon frère et moi, nous avons l'intention de nous rendre demain à la police pour signaler que nous avons retrouvé notre fille. Sûrement, vous serez convoqués comme témoins. Personnellement, nous ne vous jugeons pas responsables de cette situation et si vous n'avez pas rien fait, vous n'avez rien à craindre de nous. Ce qu'on veut, c'est juste récupérer notre fille et faire reconnaître juridiquement nos droits.   Tonton Didier : Nous aussi, nous sommes totalement d'accord que vos droits parentaux doivent être reconnus. Mais je vous demanderai une petite faveur que je sais que nous n'avons pas normalement le droit de vous demander, mais on espère que vous y répondrez favorablement. Nous aimerions garder Vicky quelques temps avec nous.   Ma mère, sèchement : Ce n'est pas possible. Vous l'avez déjà assez gardée avec vous.   Moi, m'empressant d'intervenir avant que ça ne dégénère : J'aimerais rester encore quelques temps ici.   C'est vrai. J'avais trop envie de partir en France et cette demande pouvait être un cheveu dans ma soupe, mais je ne voulais pas quitter trop vite ce petit cocon. Je ne voulais pas qu'on m'arrache à ce petit cercle protecteur dans la précipitation. Ma mère me dévisagea, surprise. Ça se voyait que cette demande lui faisait mal, mais elle obtempéra.   Ma mère : Ok. Tu peux rester encore quelques temps ici, si tu le veux.   Moi : Merci.   Mon père : Je pense que pour le moment, on peut écourter notre rencontre. J'aimerais qu'on sorte à trois pour discuter entre nous. Si ça ne te dérange pas, Lisa.   Ma mère : Non. Ça ne me dérange pas. J'avais prévu de l'amener à la maison pour la présenter aux autres, mais je peux organiser cela un autre jour.   Mon père : Alors c'est ok. Tu veux bien venir avec nous ? Moi : Oui. Je vais juste aller prendre mon sac.   Je partis prendre mon sac en bandoulière et remplaça mes tongs en cuir avec des ballerines. Puis je redescendis. On sortit tous hors de la maison. Un réaménagement fut vite décidé. Mon père allait prendre la voiture de Tonton Nestor et ce dernier allait rentrer en taxi . Tata Claudine allait rentrer seule de son côté et mon père se chargerait de raccompagner ma mère plus tard. Sitôt dit, sitôt fait. Après quelques minutes de trajet, ma mère, toute excitée, fit un appel vidéo.   Ma mère : Allô. Elle est là.   Elle me passa son portable. C'était ma "jumelle" et mon "frère". Je ne m'attendais pas à cet appel.   Mon frère : Salut, Grande sœur, contente de te connaître.   Moi : Salut.   Mon frère : Non. Mais sérieux, tu ressembles trop à Maria.   Moi : Oui. C'est ce qu'on dit.   Mon frère, pour taquiner : Mais tu es la plus jolie.   Mes "parents" rirent. Maria resta silencieuse.   Moi, pour faire le premier pas : Coucou, Maria.   Elle se mit à pleurer. Je comprenais pourquoi elle pleurait. Si je n'étais pas une dure à cuire, je pense que j'aurais évacué tout ce trop-plein de chamboulement par des larmes.   Ma mère, sûrement pour la taquiner : Maria, ne pleures pas, ma chérie. Que feras-tu quand tu la verras de face?   Mon père : Laisses-la pleurer. C'est sa jumelle.   Moi : Je suis contente de te parler. Et toi?   Maria, se ressaisissant et essuyant ses larmes : Pardon. Moi aussi, je suis trop contente. Mais c'est tellement bizarre de te voir. On dirait que je vois mon reflet dans un miroir.   Moi : Ça me fait le même effet. Mais je suis contente d'avoir un reflet vivant.   Maman : Tu te rappelles, Maria, quand tu étais petite, tu voulais une sœur avec qui jouait et tu étais un peu déçue quand Nathan est né, parce que tu espérais que ça soit une fille. Aujourd'hui, tu l'as ta sœur avec qui tu pourras profiter de la vie, même s'il est un peu trop tard pour jouer à la poupée, vous pourrez faire pleins de choses.   Elle essuya des larmes qui s'échappèrent encore de ses yeux, mais elle resta stoïque.   Maria : Oui. C'est vrai. On pourra faire beaucoup de choses ensemble. Mais vous êtes où là ? J'ai l'impression que vous êtes dans une voiture.   Maman : On va dîner tous les trois au restaurant pour mieux se connaître.   Maria : Oh. C'est injuste. J'aimerais tellement être là-bas. Nathan : C'est clair. Vous avez trop de chance. Nous, on est coincés à la maison. Il pleut des cordes.   Maman : Désolée pour vous. On prendra des photos pour seddeul sene khôl (soulager votre douleur). Il fait super beau ici.   Nathan : Sérieux, Maman, tu oses te moquer de nous comme ça ?   Tout le monde rit. Moi, y compris, mais j'avais un pincement au cœur de voir combien ils semblaient être si complices, alors que moi, ils étaient des inconnus pour moi.   Ma mère : Écoutez, je vous promets que les prochaines vacances d'été, on viendra tous passer les vacances à Dakar, comme ça, vous pourrez profiter du soleil d'ici.   Nathan : On espère bien.   Maria :  Victoire nous fera découvrir les plus belles plages...   Ma mère, sèchement : Elle s'appelle Marianne.   Je voulus presque rire. Marianne ? D'où elle a pris ce nom?‍♀️ Moi, Vicky me va bien.   *********         Quelques heures plus tard   Pdv Michel   J'attendis que la porte se referme sur ''Marianne'' pour démarrer.   Moi : C'était une belle soirée. Je suis rassuré de voir que notre fille a bien été traitée. J'avais peur que Sandra lui ai fait vivre un enfer.   Lisa, en colère : Écoutes, maintenant que nous sommes seuls, on va arrêter cette mascarade et tu vas m'expliquer cette putaine d'histoire avec cette Sandra.                                
Free reading for new users
Scan code to download app
Facebookexpand_more
  • author-avatar
    Writer
  • chap_listContents
  • likeADD