II
L’enchanteurUn matin, dès l’aurore, l’enchanteur Merlin (c’était alors le beau temps des enchanteurs), un matin, dis-je, l’enchanteur Merlin, voulant sans doute mettre à l’épreuve la bonté de ces braves gens, s’en vint déguisé en mendiant frapper à leur porte et y demander l’aumône. La pauvre femme, qui était seule, parce que son mari était déjà dans le champ, le fit entrer pour qu’il pût se reposer, et lui donna pour se refaire tout ce qu’elle possédait, c’est-à-dire du pain noir et du lait ; mais elle le fit de si bonne grâce, et la nappe sur laquelle tout cela était servi était si blanche, que le grand Merlin assura qu’il n’avait, de sa vie, fait un meilleur repas, et que, pour la récompenser, il se fit connaître d’elle, promettant de lui accorder tout ce qu’elle pourrait souhaiter.
« Monsieur l’enchanteur, dit la bonne femme tout émue, j’ai un bon mari, j’ai un champ ensemencé, j’ai aussi une vache et la cabane où vous êtes, mais je n’ai point d’enfant. Ah ! si j’avais un enfant ! » dit-elle ; et elle ajouta en pleurant : « Oui, un enfant ferait notre bonheur, ne fût-il pas plus grand que mon doigt…
– Mon Dieu oui, » dit le mari qui était revenu sur ces entrefaites.
Cette demande réjouit fort le grand Merlin, qui, ayant bien regardé, sans en avoir l’air, le doigt de la pauvre femme, la quitta en lui disant qu’il ne fallait désespérer de rien, et avec l’idée de la satisfaire.