Chapitre II

787 Words
IIBlonde. Cheveux courts. Yeux verts. Petite taille rehaussée par des talons hauts genre stilettos, Linda Malbert avait une vague ressemblance avec Jane Seberg. Elle préférait toutefois qu’on la compare avec la nouvelle égérie du parfum Nina Ricci : Noreen Carmody. — Tant qu’à faire… Ça fait plus jeune. Linda avait 25 ans et croyait les garder encore longtemps, prise dans cet enthousiasme de la jeunesse qui se croit éternelle. Antoine ne connaissait pas cette Noreen, mais qu’importe ! Linda dégageait depuis l’adolescence une sensualité quasi animale qui attirait les mâles en quête et ce, malgré elle. Elle ne les cherchait pas, mais ne les repoussait pas non plus, ayant eu à connaître quelques ravages qu’elle avait provoqués malgré son jeune âge. Pourquoi se priver de tels avantages ? Un tee-shirt blanc moulait ses seins, et accentuait le hâle de son teint caramel. Un jean délavé laissait deviner ses jambes fuselées de gazelle. Tout ça pour un seul homme ! — Antoine, où as-tu mis mon livre sur la civilisation étrusque de Sébastiano Vassili ? L’interpellé leva à peine les yeux du journal qui lui servait de pare-soleil. — Que veux-tu que je fasse d’un tel bouquin, à part caler un pied de table ? J’ai d’autres centres d’intérêt, si tu vois ce que je veux dire… — Je vois… je vois… Tu te moques bien que Timdène soit acheté par Virgile et qu’il devienne son secrétaire et confident. Ces deux-là vont jusqu’aux sources étrusques, dont tu n’ignores pas, tout de même, qu’il ne reste aucune trace écrite. — Ça me fait une belle jambe ! — Tu es incorrigible ; il y a d’autres choses que le bâtiment dans la vie. Il avait exercé le métier de maçon pendant trois ans puis avait repris ses études pour obtenir un BTS bâtiment et poursuivait celles-ci par des études d’ingénieur. — Là, je te rejoins, il y a autre chose de plus intéressant dans la vie que tout le reste : toi ! Linda sourit, le compliment lui était allé droit au cœur, où Antoine la rejoignait souvent ; il était bien plus tendre qu’elle, plus attentionné, limite fleur bleue. Linda Malbert ne savait pas encore si elle était tombée sur celui qu’elle attendait ni, d’ailleurs, si elle attendait quelqu’un. Prise d’un remords coquin, elle se jeta dans ses bras, froissant le journal, l’embrassa à pleine bouche pour une séance de rattrapage. Sous ses airs innocents, d’oie blanche, elle savait ce qu’elle voulait. Pour l’instant, c’était celui-là, un calme et pondéré, reposant, rassurant. Antoine Larmand, un manuel plus qu’intellectuel, a l’allure déjantée de voileux. Mais un arbre greffé ne produit-il pas de meilleurs fruits ? Elle se satisfaisait du rôle plus qu’important du porte-greffe. — Tout de même, reprit-elle, j’aimerais qu’on parte à l’aventure, toi et moi, à la découverte, tu serais mon secrétaire et confident, mon Timdène chéri. Il corrobora et, cette fois, ce fut lui, Antoine, qui sourit. Il ne savait pas pourquoi, mais le souhait de Linda pouvait devenir une prédiction. Antoine avait souvent eu des dons divinatoires. En primaire, il décrivait déjà ce que serait la vie de ses petits copains, et il avait poursuivi jusqu’au lycée. Personne ne croyait à ses allégations, mais il y mettait tant d’enthousiasme que l’on n’osait pas le contrarier. Il se mit à caresser les rondeurs de Linda. Dès le contact, le jeune homme fut pris et, en quelques minutes, sa compagne le soulagea de ses mains expertes. Elle n’avait pas besoin qu’il soit en elle pour jouir, son plaisir de mâle assouvi lui suffisait souvent amplement. Ils avaient exploré toutes les positions de l’amour coquin, l’avaient fait dans les recoins les plus incongrus : toilettes publiques, parc animalier ou d’attraction, ascenseur, train, à la montagne, à la mer, sur les objets les plus inattendus : machine à laver en marche – leur nirvana –, table de cuisine, étal de boucher, et ils y avaient pris un réel plaisir. Avec le temps, l’ardeur s’était calmée, mais le désir restait intact. L’une passait le plus clair de son temps à Paris, l’autre à Rennes ; ils s’étaient écrit des lettres d’amour enflammées, quand toute histoire débute. Leur imagination débordante était digne alors des meilleurs morceaux choisis d’Abélard et Héloïse. Linda avait d’ailleurs dévoré leur correspondance, étudiant particulièrement le passage du moine rebelle à l’abbatiale de Saint-Gildas-de-Rhuys. L’infortuné s’y sentait exilé, comme il l’écrivait à Héloïse. « C’était une terre barbare, une langue inconnue, une population brutale et sauvage et chez les moines des habitudes de vie d’un comportement rebelle à tout frein… et là, sur les rivages de l’Océan aux voix effrayantes, aux extrémités d’une terre qui m’interdisait de fuir plus loin, je répétais souvent dans mes prières des extrémités de la terre, j’ai crié vers vous, Seigneur, tandis que mon cœur était dans les angoisses. » Elle imaginait assez ces mœurs rudes et sa belle au loin, si douce de corps et d’esprit. Elle était plongée dans ses réflexions érotiques concernant le couple atypique, lorsqu’elle lut un titre dans le journal qu’avait repris Antoine. — Montre ! lâcha-t-elle, au comble de l’étonnement. — Laisse, je n’ai pas fini les sports. — Tu liras ces “conneries” plus tard ! Elle le lui arracha des mains et ce qu’elle lut la plongea dans une profonde stupeur. « La mort d’un professeur renommé : Casimir Corton. » Suivaient les circonstances tragiques que détaillait le journaliste, ainsi qu’une biographie sommaire du disparu.
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