La voiture s'arrête soudain. Entre temps, Raphaël a déjà détaché ses liens et s’apprête à attaquer le premier qui se trouvera sur sa route. Quand le coffre s'ouvre, la première chose qu'il fait est d'envoyer un coup de ses deux pieds joints en avant après avoir pris appuis de ses bras contre les parois autour de lui. L'homme devant lui vacille mais ne tombe pas.
Raphaël profite de cet instant de faiblesse pour sortir de la cloison. Le soleil commence à petit à petit à illuminer le ciel. Le visage de l'un des agresseurs lui parait plus distinct. Cet homme, Raphaël le reconnaît car il a fait partie de ceux qu'il a servi la veille au soir. Déterminé à mettre hors d’état de nuire cet inconnu, il se jette sur lui, oubliant que l'autre n'est pas seul. C'est ainsi qu'il reçoit encore une fois un coup par derrière qui le plonge à nouveau dans l’inconscience.
Le réveil de Raphaël est plus difficile que le précédent. Son corps lui est douloureux à tel point qu’il a du mal à se lever. C'est la sensation d’être mouillé des pieds à la tête et celle de milliers d'aiguilles qui s’écrasent sur son visage lui font ouvrir les yeux. Le ciel est sombre et une pluie diluvienne tombe ardemment sur lui. Des jets d’eau plein de sable humide viennent se poser sur son front et parfois dans ses yeux. Il se lève péniblement. Ses ongles s'enfoncent dans la boue. Petit à petit, il se remet debout.
—p****n ! s’exclame t-il dans un gémissement.
Les yeux plissés, il observe l'environnement autour de lui. Il semblerait que ses kidnappeurs l'aient laissé en plein milieu d'une route de sable rouge bordée de forêt. Le paysage lui est parfaitement inconnu. Il semble donc que le jeune homme ait été abandonné au milieu de nulle part.
—C’est quoi ce bordel ! jure t-il en fon.
Ses cheveux sont pleins de boues et ses ongles en sont aussi incrustées. Cependant, la propriété est le dernier de ses soucis car, être perdu au milieu de cette végétation ne lui augure rien de bon. Il décide d'utiliser son téléphone pour vérifier sa position mais, au grand damne du jeune homme, l'objet ne se trouve plus à l’endroit où il l'avait mis. Paniqué, il fouille dans les autres poches sans retrouver son appareil.
« Je suis dans la merde. Ces chacals m’ont pris mon tél.» pense t-il.
Empli soudain de désespoir, Raphaël reste sous l'averse, le regard fixé sur la route qui lui paraît sans limite, tel les droites qu'il avait étudié au collège. Le pire est qu'il ne se rappelle plus s'il doit aller à gauche ou à droite. Ses paupières se ferment un instant et un long soupir s’échappe de ses lèvres.
—Allez ! Calme toi, Raphaël Finagnon Sokin. Tu peux quitter d'ici. Tu es protégé. Rien ne t'arriveras.
Après s’être encouragé, Raphaël souffle pour relâcher son stress puis se met en marche. Le plus important aurait été de se mettre à l'abri mais, s'abriter sous un arbre aurait été une bêtise car cela augmente le risque de se faire foudroyer. Le jeune homme n'a donc d'autre choix que d'avancer sous la pluie.
Une heure s’écoule puis deux mais aucun signe de vie à l'horizon. Dans son état, Raphaël ne peut que marcher lentement, qui fait qu'il lui faut plus de temps que d'ordinaire pour dépasser les dix mètres. La pluie elle, cessé peu à peu de tomber ; l'averse et le vent v*****t qui fouettait son visage laissent place à de petites gouttes qui s’écrasent sur sa tête. L'atmosphère est toujours lourd.
Raphaël n'a toujours pas atteint le bout du chemin qu’il se fait surprendre par la nuit. Épuisé, affamé et toujours sous le coup d'un mal de tête atroce, il ralenti. Puis, pris de vertige, le jeune homme s'arrête pour de bon et part se poser sous un arbre. Par peur, il décide de ne pas s'enfoncer dans la forêt de rester au plus près de la route sans pour autant être à découvert. La lune pleine dans le ciel éclaire assez la nuit pour qu'il puisse y voir presque comme en plein jour.
—Mahou ! jure t-il, excédé.
Son ventre émet des gargouilles. Depuis la veille, il n'a pas encore mangé et en subit les conséquences. Son cœur bat à tout rompre. Il remarque à quel point sa résistance n'est pas aussi bonne qu'il le pensait.
Peu à peu, ses paupières, lourdes de sommeil, s'abaissent. Il est sur le point de plonger entièrement dans les bras de Morphée lorsqu'un bruit le fait se réveiller en sursaut.
—Qu’est-ce que… ?
Il se lève brusquement. La crainte d’être la proie d'une bête sauvage lui noue les entrailles.
Raphaël reste immobile tel une statue, attendant un quelconque mouvement. Un bruit de feuilles écrasées émane tout d'un coup de derrière l'un des arbres derrière lui. Lentement, il tourne la tête dans la direction d’où provient le bruit. Quand ce qui est dans la pénombre semble se rapprocher, lui, recule de deux pas. La tension est palpable.
« Je dois fuir. » se dit il.
Néanmoins, il reste sur ses pas, ses jambes refusant de lui obéir. La chose quand à elle se rapproche encore. Cette fois-ci, il ne recule pas et, contre toute attente, le sentiment de peur disparaît en lui. Ceci le trouble. Sans s'en rendre compte, il fait plusieurs pas en avant.
Soudain, une petite silhouette se détache de l'ombre d'un arbre. Plissant les yeux, il essaie de de distinguer ce que peut représenter cette forme. Ses yeux s'ouvrent grand lorsqu'il remarque que la silhouette est en réalité une fillette. Cette dernière, vêtue d'un haillon blanc, se tient près d'un tronc arbre.
—Tonton, dit elle en fon entre deux sanglot.
« Qui est cette fille ? Qu’est-ce qu’elle fait là ? »
Raphaël ne sait pas s'il doit avoir confiance car, une forêt, il le sait, est pleine d’esprits bon ou mauvais, de génies mais aussi de personnes malveillantes.
—Aidez moi s'il vous plaît, tonton, supplie la fillette.