Le Masque des Cendres

1181 Words
C’était devenu une tradition sacrée chez les Pierre : chaque anniversaire de mariage se célébrait sur leur luxueux yacht, entre ciel étoilé et clapotis discret de la mer. Ce soir-là, Pierre avait tout prévu. Vingt-huit ans d’amour, de fidélité, d’apparence irréprochable. Il voulait que tout soit parfait. Il avait commandé les roses préférées de Brilla, les mêmes qu’il lui offrait à leur premier rendez-vous. Le chocolat fin, le champagne millésimé, et surtout, un écrin contenant un collier et une bague en diamants. Brilla, les larmes aux yeux, accepta ses cadeaux dans un murmure tremblant. Ilaria, radieuse dans sa robe ivoire, avait aidé à tout organiser. Elle regardait ses parents danser, rire, s’embrasser… Un couple modèle. Elle rêvait, elle aussi, de vivre ce genre d’amour éternel… avec Cairo. Après le dessert, Ilaria embrassa tendrement ses parents, puis descendit du yacht. Elle les laissa dans leur bulle d’intimité, main dans la main sous les lanternes suspendues. Plus tard, dans un club chic du centre, elle retrouva Ignacio — le chef de la sécurité et des renseignements internes chez Cairo. Un pion bien placé. — « Ignacio », susurra-t-elle, approchant de lui avec un sourire glacial. Il se leva, l’embrassa doucement. — « Ma belle… tu m’as manqué. » — « Toi aussi. Alors ? » Il se pencha à son oreille : — « Nora est morte. » Elle eut un rictus satisfait. — « Bien. Je savais que je pouvais compter sur toi. Le virement d’un million est déjà fait. » Ignacio posa son verre. Son regard s’assombrit de désir. — « L’argent, c’est bien. Mais ma vraie récompense, c’est toi ce soir. Je te veux, Ilaria. » Il attrapa une mèche de ses cheveux, la respira longuement. — « Tu es ma compagne, tu le sens, pas vrai ? » — « Bientôt, Cairo tombera. Et tout ce qu’il possède... sera à nous. » Ils quittèrent le club dans la discrétion, leurs mains entrelacées, les regards complices. Une fois arrivés chez lui, dans un appartement luxueux sur les hauteurs de la ville, Ilaria se laissa guider sans dire un mot. La musique douce résonnait dans le salon éclairé à la lumière tamisée. Ilaria s’avança vers la chaîne hi-fi et augmenta légèrement le volume, puis se retourna vers lui en souriant : — « Tu voulais danser, non ? » Ignacio s’approcha, passa ses mains autour de sa taille et l’attira contre lui. Leurs corps se mirent à bouger au rythme lent et sensuel de la musique. Il caressa ses cheveux, déposa un b****r dans son cou. — « Tu es magnifique ce soir… » murmura-t-il. Elle rit doucement, le regard brillant, se laissant emporter par l’instant. Leurs pas les menèrent vers le canapé, puis la chambre. Cette nuit-là, ils oublièrent le monde extérieur. La vengeance, le sang, la guerre… tout cela attendrait. Car dans ce lit, ce n’étaient plus qu’un homme et une femme liés par le désir, le pouvoir… et une ambition commune. Le soleil filtrant à travers les rideaux caressait doucement les draps. Ilaria, éveillée depuis quelques minutes, restait allongée, le regard posé sur Ignacio, toujours endormi à ses côtés. Il dormait paisiblement, une main posée sur le drap froissé, les traits adoucis par le sommeil. Elle s’approcha un peu, le contemplant en silence. Un mélange de tendresse et de trouble se lisait dans ses yeux. *« Je n’arrive toujours pas à croire que je puisse être la compagne d’un loup… »* pensa-t-elle. *« Mais après tout, ma vie ne dépend que de moi. Personne ne décidera à ma place. »* Elle passa une main dans ses cheveux, perdue dans ses pensées. *« J’attendrai… J’observerai. Si Ignacio gagne cette guerre, je resterai avec lui. Mais si c’est Cairo qui triomphe… alors je lui appartiendrai. »* Un soupir silencieux échappa de ses lèvres. *« L’avenir est imprévisible. Et peut-être que le destin lui-même ne sait pas encore quel chemin je prendrai. »* Elle détourna doucement le regard, se leva du lit, et alla vers la fenêtre. Là, elle resta un moment, à regarder la ville en contrebas… comme si elle cherchait des réponses dans les toits encore endormis. --- Le lendemain matin, Pierre savourait son café sur la terrasse, aux côtés de sa femme qui contemplait la mer. C’est alors que son téléphone sonna. Une voix froide, brève, lui annonça : *« Nora est morte. »* La tasse trembla entre ses doigts, puis tomba, se brisant en éclats sur le sol. — *« Impossible… »* murmura-t-il, la gorge nouée. Un frisson le parcourut. Il peinait à respirer. — *« Qui… a fait ça ? »* Bréla se leva brusquement, alarmée par son état. Elle attrapa sa main tremblante. — « Pierre, qu’est-ce qu’il y a ? » Mais il ne répondit pas. Son regard restait figé vers l’horizon. Un orage silencieux grondait en lui. *Nora…* Sa fille cachée. Fruit d’un passé secret. La secrétaire de Cairo… désormais prétendument morte. Mais il connaissait sa fille. Elle ne tombait pas si facilement. Et si quelqu’un avait osé la faire disparaître… alors ce quelqu’un allait payer. De sa vie. Pierre passa le reste de la journée enfermé dans son bureau, les volets clos, plongé dans un silence lourd. Sur son bureau, une photo jaunie de Nora enfant. Elle souriait… innocente. Et lui, il n’avait jamais été là pour elle. Il attrapa son téléphone et composa un numéro qu’il n’utilisait qu’en cas d’extrême urgence. — « Activez l’unité fantôme. Trouvez-moi tout ce qui concerne la mort de Nora. Je veux des noms, des lieux, des preuves. » Une pause. Puis il ajouta d’une voix glacée : — « Et s’il s’avère qu’elle a été trahie de l’intérieur… alors je veux la tête de celui qui a osé. » Cette nuit-là, il ne dormit pas. Il relut d’anciennes lettres. Replongea dans des souvenirs qu’il avait tentés d’oublier. Mais maintenant, tout était différent. Nora n’était pas qu’un souvenir. Elle était une plaie ouverte. Et il ne refermerait pas cette plaie tant que la vérité ne serait pas dévoilée. Cette nuit là, Pierre était dans son bureau, un verre de vin à la main, feuilletant des documents sans vraiment les lire. L’ambiance était paisible, presque banale… jusqu’à ce que son téléphone vibre. Il décrocha. — « Parle. » dit-il d’une voix basse. La voix de son informateur, nerveuse, se fit entendre : — « Mr pierre, a travert mes sources. Cairo a découvert qu’elle l’avait trahi… Il l’aurait enfermée dans un dépôt, sous son bureau… Il l’a empoisonnée. Du poison, Monsieur. Froidement. Il n’y a pas eu de procès. Juste… la mort. » Un silence écrasant s’abattit. — « La cérémonie funéraire… c’est demain soir. Il veut que tout le monde pense qu’elle est morte d’un malaise. Mais ceux qui savent… savent. » Le verre de Pierre tomba au sol, se brisant en mille morceaux. Il resta debout, immobile, les yeux fixant un point invisible. Son souffle se faisait plus court. — « Nora… » Ses poings se serrèrent lentement. — « Il va le payer. Ce n’est pas seulement un affront. C’est une déclaration de guerre.
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