001
L’automne s’était installé sur le campus de l’université de Duke, drapant les vieux bâtiments de brique rouge d’un voile de feuilles dorées et cramoisies. L’air portait une fraîcheur mordante, et les étudiants, emmitouflés dans leurs écharpes, se pressaient vers les salles de cours ou les cafés chaleureux du campus. Parmi eux, Susan Mayer, une étudiante en deuxième année d’arts plastiques, avançait d’un pas hésitant, son carnet de croquis serré contre sa poitrine. Ses cheveux châtains dansaient au gré du vent, et ses yeux verts, pleins de rêves et de doutes, scrutaient le monde avec une curiosité mélancolique. Susan était connue pour sa maladresse légendaire et son cœur tendre, mais ce qu’elle ignorait, c’était que cet automne allait bouleverser sa vie à jamais.Elle s’arrêta près de la fontaine centrale, où les éclats d’eau scintillaient sous les rayons du soleil. Son regard se perdit dans les reflets, comme si elle cherchait une réponse à une question qu’elle n’osait formuler. Depuis son arrivée à Duke, Susan s’était sentie à la fois libre et perdue. Libérée de l’ombre de sa mère, une femme autoritaire qui avait toujours voulu contrôler ses choix, elle découvrait enfin qui elle était. Mais cette liberté avait un prix : une solitude qu’elle comblait en dessinant, en capturant sur le papier les émotions qu’elle n’osait exprimer à voix haute.— Susan ! Tu vas encore être en retard ! lança une voix familière.Elle sursauta, manquant de laisser tomber son carnet. Lynette Scavo, sa meilleure amie, approchait à grands pas, ses cheveux blonds attachés en une queue-de-cheval stricte. Lynette, étudiante en gestion, était l’incarnation de l’efficacité. Toujours organisée, toujours en contrôle, elle contrastait avec la nature rêveuse de Susan. Mais leur amitié, forgée lors d’une soirée d’orientation chaotique, était devenue un pilier pour elles deux.— Je ne suis pas en retard, protesta Susan en riant. J’admirais juste… la fontaine.Lynette leva un sourcil, peu convaincue.
— Bien sûr. Allez, viens, on a littérature anglaise dans dix minutes, et tu sais que le prof Delfino déteste les retardataires.À la mention du professeur Mike Delfino, le cœur de Susan fit un bond. Mike, avec ses yeux bleus perçants et son sourire énigmatique, était plus qu’un simple professeur pour elle. Depuis le premier jour de son cours, où il avait lu un poème de Keats avec une passion qui avait fait frissonner la salle, Susan s’était sentie irrémédiablement attirée par lui. C’était absurde, bien sûr. Il était son professeur, plus âgé, et probablement inaccessible. Mais chaque regard qu’il posait sur elle, chaque commentaire sur ses essais, semblait chargé d’une intensité qu’elle ne pouvait ignorer.Dans l’amphithéâtre, Susan s’installa au troisième rang, comme à son habitude, son carnet ouvert devant elle. Lynette, à ses côtés, griffonnait déjà des notes. Le professeur Delfino entra, son allure décontractée contrastant avec l’autorité naturelle qu’il dégageait. Il portait une chemise bleu marine, les manches retroussées, et ses cheveux légèrement en désordre donnaient l’impression qu’il venait de courir sous la pluie. Susan sentit son pouls s’accélérer.— Bonjour à tous, commença-t-il, sa voix grave résonnant dans la salle. Aujourd’hui, nous allons parler de Roméo et Juliette. Qu’est-ce que l’amour, selon Shakespeare ? Un feu dévorant ou une malédiction ?Susan se mordit la lèvre, captivée. Elle leva timidement la main.
— Je pense… que c’est les deux. Un feu qui consume, mais qui peut aussi détruire.Mike la fixa un instant, un sourire au coin des lèvres.
— Bien vu, Mademoiselle Mayer. L’amour est une force paradoxale. Il élève, mais il peut aussi briser.Ces mots, prononcés avec une douceur presque intime, firent rougir Susan. Lynette lui donna un léger coup de coude, un sourire moqueur aux lèvres. Mais Susan n’y prêta pas attention. Elle était ailleurs, perdue dans l’idée que, peut-être, Mike voyait en elle autre chose qu’une simple étudiante.
La journée passa dans un tourbillon de cours et de discussions animées au café du campus, mais l’esprit de Susan restait accroché à Mike. Ce soir-là, une fête était organisée dans une maison étudiante près du lac. Lynette avait insisté pour qu’elles y aillent, arguant que Susan avait besoin de « vivre un peu ». À contrecœur, Susan enfila une robe bleu nuit, simple mais élégante, et suivit son amie.La maison était bondée, la musique assourdissante. Susan, mal à l’aise dans la foule, se retrouva bientôt seule près d’une fenêtre, un verre de punch à la main. Elle observait les étoiles quand une voix grave la tira de ses pensées.— Tu n’as pas l’air dans ton élément.Elle se retourna, surprise. Carlos Solis se tenait là, un sourire en coin. Grand, charismatique, avec des yeux sombres qui semblaient percer l’âme, Carlos était une légende sur le campus. Capitaine de l’équipe de football, il avait la réputation d’être à la fois arrogant et irrésistible. Susan l’avait toujours évité, agacée par son assurance et les rumeurs sur ses conquêtes.— Je… je profite de la vue, bafouilla-t-elle.Carlos s’appuya contre le mur, trop près d’elle.
— La vue, hein ? Pourtant, tu sembles ailleurs. Tu penses à quelqu’un ?Susan rougit, déstabilisée. Elle n’aimait pas la façon dont Carlos semblait lire en elle, comme s’il connaissait ses secrets.
— Ça ne te regarde pas, répondit-elle, plus sèchement qu’elle ne l’aurait voulu.Il éclata de rire, un son grave et chaleureux qui la surprit.
— Tu es différente, Susan Mayer. Pas comme les autres.Elle fronça les sourcils, partagée entre l’agacement et une étrange curiosité. Carlos Solis, avec son arrogance, n’était pas censé être quelqu’un qu’elle appréciait. Et pourtant, il y avait quelque chose dans son regard, une lueur presque vulnérable, qui la troubla.La soirée s’étira, et Susan finit par rentrer avec Lynette, l’esprit embrouillé. Carlos l’avait suivie du regard lorsqu’elle était partie, et elle ne savait pas quoi en penser. Dans son lit, cette nuit-là, elle rêva de Mike, de ses mots sur l’amour, mais aussi de Carlos, de son sourire énigmatique. Elle se réveilla en sursaut, le cœur battant, avec une sensation étrange : comme si quelque chose, ou quelqu’un, l’appelait.Le lendemain, en se rendant à la bibliothèque, Susan remarqua un détail étrange. Une marque sur son poignet, comme une griffure légère, qu’elle n’avait jamais vue auparavant. Elle la frotta, perplexe, mais elle ne disparaissait pas. Ce fut alors qu’elle croisa Mike, qui sortait d’un bâtiment voisin. Il s’arrêta en la voyant, son regard s’attardant sur son poignet.— Tout va bien, Susan ? demanda-t-il, une pointe d’inquiétude dans la voix.Elle cacha son bras derrière son dos, gênée.
— Oui, oui, juste… une égratignure.Mais Mike ne semblait pas convaincu. Il s’approcha, et pendant un instant, elle crut voir ses yeux briller d’une lueur étrange, presque animale.
— Fais attention à toi, murmura-t-il avant de s’éloigner.Le cœur de Susan battait à tout rompre. Elle ne comprenait pas pourquoi Mike semblait si préoccupé, ni pourquoi cette marque sur son poignet la troublait autant. Ce qu’elle ignorait, c’était que cette marque n’était pas un hasard. Elle était le signe d’un lien ancien, d’un destin qui la liait à deux hommes : Mike, dont le secret était enfoui sous des siècles de mystère, et Carlos, dont la nature sauvage allait bientôt se révéler.Alors qu’elle rentrait dans sa chambre ce soir-là, Susan trouva une note glissée sous sa porte. Quelques mots, écrits d’une main assurée : « Méfie-toi de la pleine lune. » Son sang se glaça. Elle regarda par la fenêtre, où la lune, presque pleine, brillait dans le ciel. Et quelque part, au loin, un hurlement résonna, faisant frissonner son âme.
Susan ne le savait pas encore, mais elle était sur le point de plonger dans un amour aussi magnifique que dangereux, où les frontières entre l’homme et la bête s’effaçaient, et où son cœur, déchiré entre deux âmes, devrait choisir entre la passion et le destin.