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1364 Words
Le hurlement qui avait déchiré la nuit résonnait encore dans l’esprit de Susan Mayer lorsqu’elle se réveilla le lendemain matin. La note anonyme, avec son avertissement énigmatique, reposait sur sa table de nuit, froissée d’avoir été manipulée cent fois. « Méfie-toi de la pleine lune. » Ces mots, à la fois menaçants et intrigants, tournaient en boucle dans sa tête. Elle avait à peine dormi, son esprit oscillant entre la peur et une curiosité qu’elle ne s’expliquait pas. Qui avait glissé cette note sous sa porte ? Était-ce une plaisanterie ? Ou y avait-il quelque chose de plus sinistre à l’œuvre sur le campus de Duke ?Susan se leva, encore en pyjama, et examina la marque sur son poignet. Elle était toujours là, légèrement plus sombre, comme si elle s’était ancrée dans sa peau. Une griffure en forme de croissant, presque trop parfaite pour être accidentelle. Elle passa un doigt dessus, frissonnant. Quelque chose en elle – une intuition, un pressentiment – lui soufflait que cette marque était liée à tout ce qui se passait : la note, le hurlement, et peut-être même Mike Delfino et Carlos Solis.Elle se prépara rapidement, enfilant un pull vert olive et un jean, puis attrapa son sac pour rejoindre Lynette au réfectoire. Le campus, baigné dans la lumière douce d’octobre, semblait presque trop paisible après la nuit agitée. Les feuilles mortes crissaient sous ses pas, et l’air frais lui éclaircissait les idées. Pourtant, une tension persistante pesait sur ses épaules.Au réfectoire, Lynette était déjà attablée, un café fumant devant elle. Elle leva les yeux de son téléphone et fronça les sourcils en voyant l’expression de Susan. — Tu as une tête de zombie, dit-elle en poussant une assiette de muffins vers son amie. Qu’est-ce qui t’arrive ? La fête t’a achevée ?Susan s’assit, hésitant à parler de la note. Lynette avait toujours été pragmatique, presque sceptique face à tout ce qui sortait de l’ordinaire. Lui raconter qu’un hurlement l’avait terrifiée et qu’une note mystérieuse l’avertissait de la pleine lune risquait de lui valoir un regard amusé et un sermon sur son imagination débordante. Mais Susan ne pouvait pas garder ça pour elle. — Lynette… hier soir, j’ai trouvé ça sous ma porte. Elle sortit la note de sa poche et la posa sur la table. Lynette la lut, son expression passant de la curiosité à l’incrédulité. — « Méfie-toi de la pleine lune » ? Sérieusement, Susan ? C’est probablement une blague de Kappa Sigma. Tu sais comment ils sont avec leurs farces débiles. — Peut-être, murmura Susan, peu convaincue. Mais il y a autre chose… Elle releva la manche de son pull, révélant la marque sur son poignet. Lynette se pencha, intriguée. — C’est quoi, ça ? On dirait… une brûlure ? Tu t’es fait ça quand ? — Je ne sais pas, avoua Susan. C’était là hier, après la fête. Et Mike… il l’a vue. Il avait l’air bizarre, comme s’il savait quelque chose. Lynette haussa un sourcil, un sourire en coin. — Mike, hein ? Tu es sûre que tu ne fabules pas un peu à cause de ton crush ? Susan rougit, agacée. — Ce n’est pas un crush ! Enfin… pas seulement. Il y a quelque chose de bizarre, Lynette. Et Carlos, à la fête, il m’a regardée comme s’il… je ne sais pas, comme s’il voyait quelque chose en moi. Lynette éclata de rire, attirant l’attention des tables voisines. — Oh, Susan, tu es incorrigible ! Tu es en train de te construire un triangle amoureux avec le prof sexy et le bad boy du campus. Tu devrais écrire un roman ! Susan soupira, frustrée. Elle savait que Lynette ne la prenait pas au sérieux, mais elle ne pouvait ignorer la sensation qui grandissait en elle – comme si quelque chose d’inéluctable se rapprochait. Le reste de la journée passa dans un brouillard. Susan assista à ses cours, mais son esprit était ailleurs. En littérature anglaise, Mike Delfino semblait éviter son regard, ce qui ne fit qu’amplifier son malaise. À la fin du cours, alors qu’elle rangeait ses affaires, il s’approcha. — Susan, un mot, s’il vous plaît. Son cœur s’emballa. Elle suivit Mike jusqu’à son bureau, ignorant les regards curieux de ses camarades. Une fois la porte refermée, il s’appuya contre son bureau, les bras croisés. — Cette marque sur ton poignet… elle est toujours là ? Susan déglutit, surprise qu’il aborde le sujet directement. Elle hocha la tête et releva sa manche. Mike s’approcha, son expression indéchiffrable. Il tendit la main, comme pour toucher la marque, mais s’arrêta à mi-chemin. — Écoute, Susan, dit-il d’une voix basse, presque un murmure. Il y a des choses sur ce campus… des choses que tu ne comprends pas encore. Sois prudente, surtout ce soir. — Ce soir ? répéta-t-elle, perplexe. Pourquoi ce soir ? Il hésita, ses yeux bleus plongés dans les siens. Pendant un instant, elle crut qu’il allait lui révéler quelque chose, mais il se contenta de secouer la tête. — Fais attention, c’est tout. Il se détourna, mettant fin à la conversation. Susan quitta le bureau, le cœur lourd. Pourquoi Mike était-il si cryptique ? Et pourquoi cette marque semblait-elle si importante ? Ce soir-là, malgré les avertissements, Susan ne pouvait pas rester enfermée dans sa chambre. La pleine lune approchait – elle le sentait, comme une pulsation dans l’air. Poussée par une impulsion qu’elle ne comprenait pas, elle décida de se rendre dans la forêt qui bordait le campus, un endroit où les étudiants allaient rarement. Elle enfila une veste, glissa la note dans sa poche et partit, son souffle formant des volutes dans l’air froid. La forêt était silencieuse, à l’exception du craquement des branches sous ses pas. La lune, presque pleine, baignait les arbres d’une lumière argentée. Susan avançait, guidée par une sensation inexplicable, comme si quelque chose l’appelait. Elle s’arrêta près d’une clairière, son cœur battant à tout rompre. C’est alors qu’elle le vit. Carlos Solis, adossé à un arbre, les bras croisés. Il portait un blouson en cuir noir, et ses yeux sombres brillaient sous la lune, presque luminescents. — Qu’est-ce que tu fais ici, Susan ? demanda-t-il, sa voix grave teintée d’une pointe d’agacement. — Je… je ne sais pas, bafouilla-t-elle. J’avais besoin de… marcher. Et toi ? Il s’approcha, son regard fixé sur elle. — Ce n’est pas un endroit pour toi. Pas ce soir. — Pourquoi tout le monde me dit de faire attention ce soir ? s’exclama-t-elle, exaspérée. D’abord Mike, maintenant toi ! Qu’est-ce qui se passe ? Carlos s’arrêta à quelques pas d’elle, son expression changeant. Pendant un instant, elle crut voir une lueur de douleur dans ses yeux. — Mike t’a parlé ? murmura-t-il. Qu’est-ce qu’il t’a dit ? — Rien de clair, comme d’habitude, répondit-elle, croisant les bras. Et toi, tu vas me dire quoi ? Que je dois avoir peur de la lune ? Carlos serra les mâchoires, visiblement en conflit. Puis, d’un mouvement rapide, il attrapa son poignet, exposant la marque. Susan tenta de se dégager, mais il tint bon, son toucher étrangement chaud. — Cette marque… elle n’est pas là par hasard, Susan. Tu es liée à quelque chose de plus grand. Quelque chose de dangereux. — Lâche-moi ! protesta-t-elle, le cœur battant. Mais avant qu’il puisse répondre, un hurlement déchira la nuit, plus proche cette fois. Carlos lâcha son poignet, ses yeux s’écarquillant. — Rentre, maintenant ! ordonna-t-il. Susan, terrifiée, tourna les talons et courut vers le campus, le hurlement résonnant dans ses oreilles. Lorsqu’elle atteignit sa chambre, elle claqua la porte, le souffle court. Elle se laissa glisser contre le mur, les larmes aux yeux. Elle ne comprenait pas ce qui se passait, mais une chose était certaine : Mike et Carlos savaient quelque chose qu’elle ignorait. Et cette marque, cette note, ce hurlement – tout était lié. Son cœur, déchiré entre la fascination qu’elle ressentait pour Mike et l’étrange attirance qu’elle commençait à éprouver pour Carlos, était sur le point de plonger dans un tourbillon d’amour et de danger qu’elle n’avait jamais anticipé. Sous la lumière de la lune, quelque chose s’éveillait. Et Susan, sans le savoir, était au centre de tout.
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