La lumière blafarde de l’aube filtrait à travers les rideaux de la chambre de Susan Mayer, peignant des ombres mouvantes sur les murs. Elle n’avait presque pas dormi, son esprit tourmenté par les événements de la nuit précédente. Le hurlement dans la forêt, l’intensité du regard de Carlos Solis, l’avertissement énigmatique de Mike Delfino – tout se mélangeait dans un tourbillon d’émotions qui la laissait à bout de souffle. Elle fixait la marque sur son poignet, désormais plus nette, comme si elle pulsait en écho avec son cœur. Elle savait qu’elle devait trouver des réponses, mais la peur et la fascination se livraient une bataille acharnée en elle.Susan se leva, enfila un sweat gris et attacha ses cheveux en un chignon désordonné. Elle attrapa son sac et décida de se rendre à la bibliothèque, espérant que les vieux rayonnages poussiéreux de Duke pourraient lui offrir un semblant d’explication. Elle n’avait aucune idée de ce qu’elle cherchait, mais l’idée de rester immobile, à attendre que quelque chose se produise, lui était insupportable.En chemin, elle croisa Lynette Scavo, qui sortait du gymnase, un sac de sport jeté sur l’épaule. Lynette, toujours pleine d’énergie malgré l’heure matinale, s’arrêta net en voyant l’air hagard de son amie.— Susan, tu as l’air d’avoir vu un fantôme ! s’exclama-t-elle, posant une main sur son bras. Qu’est-ce qui se passe ? Tu es encore sur cette histoire de note ?Susan hésita. Elle voulait tout raconter à Lynette – la forêt, Carlos, le hurlement – mais les mots restaient coincés dans sa gorge. Comment expliquer quelque chose qu’elle-même ne comprenait pas ? Elle se contenta de secouer la tête.— Je… j’ai juste mal dormi. Je vais à la bibliothèque pour avancer sur un devoir.Lynette plissa les yeux, pas convaincue, mais elle n’insista pas.
— D’accord, mais ce soir, on sort. Pas de discussion. Tu as besoin de te changer les idées, et il y a une soirée chez Bree Van de Kamp. Tout le monde y sera.Susan força un sourire. Une soirée chez Bree, la reine autoproclamée de la perfection, ne l’enthousiasmait pas, mais elle acquiesça pour éviter une dispute. Lynette lui donna une tape amicale sur l’épaule et s’éloigna, laissant Susan seule avec ses pensées.La bibliothèque de Duke, avec ses hauts plafonds et ses vitraux colorés, avait toujours été un refuge pour Susan. Elle s’installa dans un coin isolé, entourée de piles de livres sur le folklore et les légendes locales. Elle ne savait pas exactement ce qu’elle cherchait, mais la mention de la pleine lune et le hurlement dans la forêt l’avaient poussée à explorer les mythes de la région. Elle feuilleta des ouvrages sur les légendes amérindiennes, les contes coloniaux, et même des récits sur les créatures surnaturelles. Rien ne semblait coller, jusqu’à ce qu’elle tombe sur un vieux manuscrit, relié en cuir, intitulé Les Ombres de Durham.Le livre, usé par le temps, racontait des histoires de créatures vivant dans les forêts autour de Duke, des êtres mi-hommes, mi-bêtes, liés à la lune. Un passage en particulier attira son attention : « Une marque en forme de croissant, gravée dans la chair, signale l’élu, celui ou celle destiné à lier deux mondes. Mais ce lien est une malédiction autant qu’un don, car l’amour né sous la lune est voué à la tragédie. »Susan sentit un frisson glacé lui parcourir l’échine. Elle referma le livre, son cœur battant à tout rompre. Était-ce possible ? Était-elle vraiment liée à quelque chose de surnaturel ? Elle repensa à Mike, à ses avertissements, à Carlos, à son comportement étrange dans la forêt. Et cette marque… Était-elle l’élue dont parlait le texte ?Perdue dans ses pensées, elle ne remarqua pas l’ombre qui s’approchait. Une voix la tira de sa rêverie.— Intéressante lecture, Mademoiselle Mayer.Susan sursauta, renversant presque son stylo. Mike Delfino se tenait là, une pile de livres sous le bras, son regard perçant fixé sur elle. Il portait une chemise blanche, légèrement ouverte au col, et une écharpe jetée négligemment autour de son cou. Il était à la fois familier et intimidant, comme s’il portait un secret trop lourd pour être partagé.
— Professeur Delfino, bafouilla-t-elle, refermant le livre d’un geste précipité. Je… je faisais juste des recherches.Il s’assit en face d’elle, posant ses livres sur la table. Son regard glissa vers le manuscrit, et une ombre passa sur son visage.
— Ce n’est pas le genre de lecture qu’on trouve par hasard, Susan. Pourquoi ce livre ?Elle déglutit, partagée entre l’envie de tout lui dire et la peur de paraître ridicule. Mais quelque chose dans l’intensité de son regard la poussa à parler.
— Hier soir… j’ai entendu un hurlement. Dans la forêt. Et j’ai trouvé une note sous ma porte, qui parlait de la pleine lune. Et puis, il y a ça. Elle releva sa manche, exposant la marque. Les yeux de Mike s’écarquillèrent, et pendant un instant, elle crut voir une lueur argentée dans ses pupilles, comme un reflet de la lune. Il se pencha, son souffle court. — Susan… tu n’aurais pas dû aller dans la forêt, murmura-t-il. — Pourquoi ? s’écria-t-elle, sa voix tremblante. Qu’est-ce qui se passe, Mike ? Pourquoi tout le monde me dit de faire attention ? Et qu’est-ce que cette marque signifie ? Il se passa une main dans les cheveux, visiblement en proie à un conflit intérieur.
— Il y a des choses que je ne peux pas t’expliquer. Pas encore. Mais promets-moi une chose : reste loin de Carlos Solis. Susan fronça les sourcils, surprise.
— Carlos ? Pourquoi ? Qu’est-ce qu’il a à voir avec ça ? Mike serra les mâchoires, comme s’il luttait pour ne pas en dire trop.
— Il est dangereux, Susan. Plus que tu ne le crois. Avant qu’elle puisse répondre, il se leva abruptement et quitta la bibliothèque, la laissant seule avec plus de questions que de réponses. Ce soir-là, malgré ses réticences, Susan accompagna Lynette à la soirée chez Bree Van de Kamp. La maison de Bree, située à la lisière du campus, était un modèle de perfection : des meubles impeccables, des bougies parfumées, et une table couverte de petits-fours dignes d’un magazine. Bree, avec ses cheveux roux impeccablement coiffés et son sourire poli, accueillit Susan avec une chaleur un peu trop calculée. — Susan, ravie que tu sois venue ! dit-elle, son ton masquant une pointe de condescendance. Susan hocha la tête, mal à l’aise. La soirée battait son plein, et elle repéra bientôt Carlos, adossé à un mur, un verre à la main. Il l’observa de loin, son regard intense la faisant frissonner. Elle tenta de l’ignorer, mais il s’approcha, ignorant les regards curieux des autres invités. — Tu n’as pas suivi mon conseil, dit-il, sa voix basse et rauque. Tu es revenue dans la forêt. Susan croisa les bras, refusant de se laisser intimider.
— Et toi, tu m’as suivie ? C’est quoi, ton problème, Carlos ? Il s’approcha, si près qu’elle pouvait sentir son parfum, un mélange de bois et de musc.
— Mon problème, c’est que tu es en danger, Susan. Et que tu refuses de l’admettre. Elle ouvrit la bouche pour répondre, mais un cri perçant interrompit leur conversation. La foule s’écarta, révélant une scène chaotique : une fenêtre brisée, et au loin, un hurlement familier. Les invités paniquèrent, certains courant vers la sortie. Carlos attrapa le bras de Susan, l’entraînant à l’écart. — Viens avec moi, ordonna-t-il. — Non ! protesta-t-elle, se dégageant. Dis-moi la vérité, Carlos ! Qu’est-ce qui se passe ? Il la fixa, ses yeux brillant d’une lueur presque inhumaine.
— Tu veux la vérité ? Alors regarde. Il releva sa manche, révélant une marque identique à la sienne, un croissant gravé dans sa peau. Susan sentit son souffle se couper. Avant qu’elle puisse parler, un nouveau hurlement déchira la nuit, et Carlos l’entraîna dehors, dans l’obscurité.
Sous la lumière de la pleine lune, désormais pleine et éclatante, Susan sentit son monde basculer. Carlos, Mike, la marque, les hurlements – tout convergeait vers une vérité qu’elle n’était pas prête à affronter. Mais une chose était certaine : son cœur, déchiré entre deux hommes et un destin qu’elle ne comprenait pas, ne serait plus jamais le même.