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1352 Words
La clairière, baignée par la lumière argentée de la pleine lune, semblait suspendue dans un silence oppressant, seulement brisé par les grognements sourds et les craquements des branches sous les pas des chasseurs invisibles. Susan Mayer, accroupie derrière le vieux chêne, sentait son cœur cogner dans sa poitrine comme un tambour de guerre. La révélation de Carlos Solis – sa transformation en loup, la vérité sur Mike Delfino, et cette marque sur son poignet qui la désignait comme l’élue – tournoyait dans son esprit, menaçant de la submerger. Elle voulait crier, fuir, mais ses jambes refusaient de bouger, paralysées par la peur et une étrange fascination.Mike, à ses côtés, restait immobile, ses yeux argentés scrutant l’obscurité. Son souffle était régulier, mais Susan percevait la tension dans ses muscles, comme s’il se préparait à bondir. Carlos, sous sa forme de loup, avait disparu dans les ombres, affrontant les chasseurs qui les traquaient. Chaque hurlement, chaque bruit dans la forêt, faisait frissonner Susan. Elle serra son poignet, où la marque semblait pulser, brûlante, comme si elle répondait à la lune elle-même.— Mike, murmura-t-elle, sa voix tremblante. Qu’est-ce qui m’arrive ? Pourquoi moi ?Il tourna la tête vers elle, et pour la première fois, elle vit une vulnérabilité dans son regard, une fissure dans l’armure de l’homme qu’elle avait cru connaître. — Susan, je te promets que je vais t’expliquer. Mais pour l’instant, il faut qu’on sorte d’ici. Les chasseurs ne s’arrêteront pas tant qu’ils ne t’auront pas.— Pourquoi veulent-ils mon sang ? demanda-t-elle, les larmes lui montant aux yeux. Qu’est-ce que je suis pour eux ?Mike ouvrit la bouche pour répondre, mais un cri déchirant – humain, cette fois – déchira la nuit. Il attrapa Susan par le bras, la tirant hors de la clairière. — Cours ! ordonna-t-il.Ils s’élancèrent à travers la forêt, les branches griffant le visage de Susan, l’air froid brûlant ses poumons. Elle trébucha plusieurs fois, mais Mike la soutenait, son emprise ferme mais étrangement réconfortante. Derrière eux, les hurlements des loups et les cris des chasseurs se mêlaient, créant une cacophonie terrifiante. Susan ne savait pas si Carlos était toujours en vie, et cette pensée lui serra le cœur d’une manière qu’elle n’aurait jamais anticipée.Ils atteignirent enfin les abords du campus, où les lumières des dortoirs perçaient l’obscurité. Mike s’arrêta, le souffle court, et relâcha Susan. Elle s’appuya contre un arbre, essayant de reprendre ses esprits. — On est en sécurité ? demanda-t-elle, sa voix à peine audible.— Pour l’instant, répondit Mike, scrutant la forêt derrière eux. Mais ils ne renonceront pas. Pas tant que tu portes la marque.Susan releva sa manche, fixant la marque en forme de croissant. Elle semblait plus sombre, presque noire, comme si elle s’était incrustée plus profondément dans sa peau. — Dis-moi la vérité, Mike. Tout. Maintenant.Il soupira, passant une main dans ses cheveux en désordre. Sous la lumière des lampadaires du campus, il semblait presque humain, mais Susan ne pouvait oublier la lueur argentée dans ses yeux, ni la sauvagerie qu’elle avait entrevue dans la clairière. — Très bien, dit-il enfin. La marque signifie que tu es une clé, Susan. Une humaine choisie par une ancienne prophétie pour unir ou détruire les clans de loups-garous. Il y a des siècles, nos clans – celui de Carlos et le mien – étaient en guerre. Une sorcière, pour mettre fin au c*****e, a créé un rituel : une humaine marquée, dont le sang pourrait soit sceller la paix, soit déclencher une guerre totale. Ton sang, Susan, a ce pouvoir.Elle sentit une vague de nausée l’envahir. — Et toi ? Pourquoi m’as-tu approchée ? Pour me protéger, ou pour m’utiliser ? Mike détourna le regard, une douleur évidente dans son expression. — Au début… je voulais te protéger. Je savais ce que la marque signifiait, et je ne voulais pas que les chasseurs ou le clan de Carlos te trouvent. Mais… Il s’interrompit, et Susan sentit son cœur se serrer. — Mais quoi ? murmura-t-elle.— Je suis tombé amoureux de toi, Susan, avoua-t-il, sa voix brisée. Chaque cours, chaque conversation… je me suis battu contre ce que je ressentais, parce que je savais que ça te mettrait en danger. Mais je n’ai pas pu m’en empêcher.Les mots de Mike la frappèrent comme une vague, mélange de chaleur et de douleur. Elle avait rêvé d’entendre ces mots, mais maintenant, ils étaient teintés de secrets et de danger. Elle voulut répondre, mais un bruissement dans les buissons les interrompit. Mike se raidit, se plaçant devant elle.C’est alors que Carlos émergea de l’obscurité, sous sa forme humaine, le visage couvert de sueur et de sang. Son blouson était déchiré, et une entaille profonde barrait son bras. Il tituba, mais ses yeux, toujours dorés, brillaient d’une détermination farouche.— Carlos ! s’écria Susan, se précipitant vers lui malgré elle.Mike tenta de l’arrêter, mais elle l’ignora. Elle s’agenouilla près de Carlos, qui s’appuya contre un arbre, le souffle court. — Tu vas bien ? demanda-t-elle, sa voix tremblante.Il esquissa un sourire fatigué. — J’ai connu pire. Les chasseurs sont partis… pour l’instant.Susan sentit une vague de soulagement, mais aussi une étrange chaleur en voyant Carlos si vulnérable. Il l’avait protégée, risquant sa vie, et cette pensée fit naître un sentiment qu’elle ne comprenait pas encore. Mike s’approcha, son regard dur fixé sur Carlos. — Tu l’as mise en danger, Solis. Tu n’aurais jamais dû l’emmener dans la forêt.Carlos ricana, malgré la douleur. — Et toi, tu crois que la cacher aurait changé quoi que ce soit ? Elle mérite de savoir, Delfino. Elle n’est pas une poupée que tu peux garder sous cloche.— Arrêtez ! cria Susan, se relevant. Arrêtez de vous battre pour moi comme si j’étais un trophée ! Je ne suis pas une clé, ni une élue, ni quoi que ce soit d’autre. Je suis juste… moi.Sa voix se brisa, et les larmes qu’elle avait retenues coulèrent enfin. Mike et Carlos la regardèrent, visiblement touchés par sa détresse. Pendant un instant, le silence s’installa, seulement troublé par le chant des grillons et le vent dans les arbres.Carlos fut le premier à parler. — Susan… je suis désolé. Je ne voulais pas que ça arrive comme ça. Mais tu dois comprendre : la marque, elle te lie à nous deux. Et ça, ni Mike ni moi ne pouvons le changer.Susan essuya ses larmes, secouant la tête. — Alors quoi ? Je suis censée choisir entre vous ? Ou être sacrifiée pour une guerre qui n’est pas la mienne ?Mike s’approcha, sa voix douce mais ferme. — Personne ne te sacrifiera, Susan. Je te le jure. Mais tu dois nous faire confiance. Les chasseurs reviendront, et ils ne sont pas les seuls à vouloir ta marque. Elle les regarda tour à tour, son cœur déchiré. Mike, avec son intensité calme et son amour qu’elle avait toujours senti, même dans ses silences. Carlos, avec sa sauvagerie et sa loyauté inattendue. Deux hommes, deux loups, deux destins qui semblaient s’entrelacer avec le sien. — Je ne sais pas si je peux vous faire confiance, murmura-t-elle. Pas encore.Elle tourna les talons, s’éloignant vers son dortoir. Mike et Carlos ne la suivirent pas, mais elle sentait leurs regards peser sur elle. Lorsqu’elle atteignit sa chambre, elle s’effondra sur son lit, les larmes coulant sans retenue. Elle repensait à tout : la note, les hurlements, la marque, et maintenant cette vérité impossible. Elle était amoureuse de Mike, elle le savait depuis des mois. Mais Carlos… il éveillait en elle quelque chose de nouveau, une flamme qu’elle ne pouvait ignorer.Alors qu’elle fixait le plafond, un bruit à sa fenêtre la fit sursauter. Elle se leva, le cœur battant, et écarta les rideaux. Rien. Juste la lune, toujours pleine, toujours implacable. Mais sur le rebord de la fenêtre, une nouvelle note, écrite de la même main que la précédente : « Le choix t’appartient, mais le temps presse. »Susan sentit son sang se glacer. Elle savait que, quoi qu’elle choisisse, son cœur et son destin étaient désormais liés à un monde de ténèbres et d’amour, où chaque pas risquait de la consumer.
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