Jamal B. BROWN
Ne dit-on pas que la patience est amère, mais que ses fruits sont doux ? Alors je vais utiliser cette même philosophie pour garder mon calme afin de pouvoir l'atteindre. Parce que en aucun cas cette femme ne peut ni ne doit m’échapper. Je suis toujours là à attendre le bon moment pour l'aborder de nouveau. Je ne suis pas très pressé car ça enlève tout le charme de la course poursuite. Un vrai chasseur est celui qui sait donner à sa proie l'espoir de pouvoir lui échapper avant de l'attraper pour de bon. Si on réussit son coup au premier essai, ça n'a rien de jouisif. A vaincre sans péril, on triomphe sans gloire, on dit. Je lui laisse alors le temps de faire son show car je sais qu'elle sera mienne dans pas longtemps. Et quand j'en aurai fini avec elle, je vais la jetter comme des vielles chaussettes usagées que même les fous et les SDF n'en voudront plus.
A cause d'elle Jeff et Josh n'ont pas arrêté de se moquer de moi depuis bientôt une semaine maintenant. Ils n'en ratent pas une occasion pour le faire d'ailleurs. Sans compter que j'ai dû leur payer ce foutu pari à 500$. 500$ bordel de merde ! Bon, ce n'est pas l'argent le souci, j'en ai suffisamment pour ne pas me soucier de devoir dépenser 500$. Néanmoins, je les connais ils ne vont pas me lâcher de si tôt. De vrais pots de colle ces deux là. Alain au moins, il comprend plus facilement quand il ne faut pas aller trop loin. Il laisse couler.
Très tôt dans la matinée ils sont déjà tous les deux venus chez moi. Comme s'ils n'ont pas leur chez soi à eux. Ces jours-ci ils sont tout le temps fourrés dans ma maison. C'est comme s'ils venaient de se découvrir une nouvelle passion pour ma démeure. Ils étouffent bon sang. Ils ont quoi à me coller comme ça ? Pfff !
C'est Jeff qui commence avec leur nouveau passe temps préféré. C'est-à-dire se moquer de moi.
- J'ai rencontré une petite hier, elle est le genre de go qui m'intéresse. Vous connaissez tous le genre qui me fait perdre la tête. Peau noire, fesses redondantes, elle est à peu près dans le 1m68 de taille.... Je ne savais pas comment l'aborder car elle m'a rendu gaga au premier regard. J'ai voulu t'appeler pour que tu me files un de tes astuces de drague. Puis je me suis souvenu que...
Et là il se marre comme un fou.
- ...je risque de me faire rembarrer aussitôt par la fille car ces temps ci tu n'as plus le flow frère.
Il termina sa phrase dans un fou rire avec Josh.
- Patience les gars, patience, dis je en accompagnement ce que je disais avec les gestes appropriés. Avec elle je veux prendre tout mon temps.
- Ne me dit pas que tu es encore dessus mec. Laisse tomber dji, tu vas mobiliser tes forces pour rien. Cette go ne te calcule même pas. Jamais elle ne pourra te regarder. Ça va te fustrer encore plus quand cette fille va te foutre un autre râteau.
- Patience !
Josh ricane.
- Ne pas confondre celle du félin qui guette sa proie pendant des heures et celle du citoyen contribuable corvéable à merci qui attend jusqu'à la fin de son existence des jours meilleurs disait Philippe Bouvard. Tu es dans quelle catégorie vieux ?
- On aimerait tous le savoir, renchérit Jeff.
Je les regardais à tour de rôle se moquer de moi, me promettant intérieurement de leur prouver le contraire. Après leur depart de chez moi, je me suis mise à rechercher des infos sur Camilla sur internet. Mais, je n'ai rien pu trouver de concluant. Quand la patience se lasse, le dépit est prêt à lui succéder. Alors j'ai provisoirement laissé tomber l'affaire. Elle n'est pas si intéressante que ça après tout. J'ai l'habitude avec des filles à des années lumières plus belle qu'elle. Je peux me trouver une bien meilleure fille. C'est ça. Je vais me trouver une bien meilleure fille et la rendre jalouse.
Lucia Keysha BROWN
Aujourd'hui, avec mon fils on a prévu une petite sortie entre mère et fils. Depuis mon retour il n'a pas arrêté de me rabacher les oreilles avec du "lorsque tu n'étais pas là maman, tout les weekend j'allais manger des glaces avec soit tonton Jamel, soit tonton Jamal. Parfois c'est papi qui m'emmenait. Maintenant que t'es là on pourra sortir ensemble maman."
On ne peut rien refuser à ce petit gigolo. Un vrai manipulateur ce petit. A son âge, il peut réussir à avoir tout ce qu'il veut de ses grands parents et oncles. Je me demande d'où il tient cela le petit coquin.
On est allé se préparer lui et moi. On a opté pour des vêtements assortis, t-shirts bleus et pantalons blancs. On s'est posé pour une photo puis on a pris la voiture de maman pour sortir. En route pour le parc.
Arrivé là bas, j'ai garé la voiture au parking en aidant mon fils à descendre.
- Prête pour la balade, je me rassure.
- Tu dis quoi maman ?
- Rien mon bébé.
- Tu parles toute seule ?
- Non, mon bébé. Allons y. On va passer un super moment.
- Youpiiiiiiii ! Hurle t'il fou de joie.
On se baladait tranquillement lui et moi jusqu'à ce que j'entende cette voix derrière moi qui m'a glacée le sang sur place. Je me suis retournée pour faire face à la personne et je l'ai entendu me dire sans détour en venant en ma direction.
- Comme le monde est petit ! Tu n'étais pas censée être en dehors du pays toi ? Il a fallu que tu reviennes à Los Angeles pourquoi ? Pour faire chier les autres ?
- Bonsoir James ! Le salué-je je calmement. Comment tu vas ?
James ignora ma question.
- Et moi qui pensais être débarrassé de toi pour toujours.
Il rit de manière sarcastique.
- Il faut croire que les gens de ton espèce ne lache pas l'affaire facilement. Toi et ta famille, vous pensez toujours que vous êtes au dessus de tout le monde, termine t-il avec dégoût.
- C'est quoi le problème avec toi James ?
- Mon problème c'est toi. Toi et tes grands airs de fausse...
- Je ne te permet pas James, je le coupe. Tu ne vas pas me parler comme ça. Oh ! que non.
- Oh ! Que si. Je vais te parler comme j'en ai envie Keysha.
J'allais lui répondre mais mon fils m'a tiré par le bras au même moment. Il a baissé les yeux pour regarder Jamie en même temps que moi. C'est comme s'il se rendait à peine compte que je n'étais pas venue toute seule au parc. Quand ses yeux ont croisé celui de Jamie l'expression de son visage est passé de la haine à la stupeur en moins de deux. A voir les mouvements de ses lèvres je crois qu'il aurait bien voulu dire quelques choses mais le son n'arrivait plus à sortir de sa bouche. Jamie, ne se rendant même pas compte de ce qu'il se passait autour de lui a ajouté en toute innocence
- Maman, je veux des glaces. Il y a un marchand qui en vend là bas tu viens ? Jamie me tira la main.
- Oui mon cœur, répondis-je en fixant James dans les yeux.
Depuis le temps où l'on discutait avec mon fils, James était resté là cloîtré tel un idiot à me regarder. Tout ce qu'il trouva à me dire c'était juste "pourquoi". C'est clair qu'il a compris. La ressemblance est flagrante. Jamie a les yeux aussi bleu et perçant que lui. Bon, ce qui devrait arrivé arriva. Enfin... je crois. Il n’y a plus d’échappatoire maintenant.