CHAPITRE 06

1243 Words
Un éclat d’acier brille dans ses iris, et je suis comme happée. Je dois lutter contre l'envie de m'approcher pour mieux le voir. Bordel, c’est quoi mon problème ? Un grognement sourd rompt subitement le charme, et l’inconnu se jette sur moi. Je laisse échapper un petit cri, désarçonnée par la rapidité de ses mouvements. Sans réfléchir, je dégaine mon pistolet et tire. Puis je jette l’arme loin de moi qui échoue bruyamment sur le sol, et porte mes mains à mon visage, choquée. En pressant une main sur son flanc, il se penche pour regarder l'arme sur le carrelage à côté de lui. Lentement, il lève le regard vers moi et s'avance dans l'unique rayon de lune qui s'infiltre par l’étroite fenêtre. À présent, je le distingue clairement. Chemise blanche rentrée dans un pantalon de costard bleu marine, ceinture et belle paire de pompes. Les manches remontées en trois-quarts révèlent des avant-bras musclés au teint hâlé. Un homme qui prend soin de lui. On n’est pas sur le fieffé gredin. La confusion barre son beau visage tandis qu'il s’avance en silence, me faisant instinctivement reculer. Mon tir n’a pas l’air de le stopper. Mes jambes heurtent l’armoire derrière moi à laquelle je m’agrippe. Il se penche vers moi, sans détacher ses pupilles des miennes, puis dit à voix basse : — Tu m'as tiré dessus ? SCOTT D ’habitude je suis un homme de parole, mais pas ce soir. Je quitte le restaurant et conduit tout droit vers la clinique vétérinaire que possède Skye, avec la ferme intention de briser la promesse que je viens de faire. Notre rencontre doit être spéciale, mais pas question que je retourne au chalet sans avoir vu où elle habite. Skye, ma compagne. J'adore comme ça sonne. Connaître son nom me hisse aux portes du paradis. Cette femme me possède déjà, corps et âme. Aux anges, je sifflote et pianote sur le volant au rythme d'une mélodie imaginaire en suivant la route sinueuse qui quitte la ville. Dormir dans ma berline me met en joie. En fait, j’ai carrément hâte, car je serai près d’elle. Cooper, un des alphas sous mon commandement, m'a raconté avoir dormi dans les bois devant la maison de sa compagne Hayley, quand il l’a rencontrée, pour calmer son loup. Je n’avais pas du tout compris son délire à l’époque, mais désormais je comprends. Il y a presque un an, j'ai rencontré la compagne de Cooper. Une belle humaine qui respire l’élégance et la grâce. Puis il l’a officiellement revendiquée. En voyant la manière dont il fichait leur relation en l’air, j’étais à deux doigts de le doubler pour être franc. Je sais, ça craint. De toute manière, cela n'aurait pas été aussi simple. Après tout, ils restent des âmes sœurs, pourtant elle a tout de suite plu à mon loup. La connexion qu’il y avait entre elle et moi dépassait tout ce que je connaissais ; j’en ai déduit que si elle ne lui était pas destinée, elle aurait fait une compagne attitrée parfaite. Elle est la seule femme que j’aie sérieusement envisagée. Toutefois, je suis ravi qu'ils aient arrangé les choses entre eux. Mon loup était conscient qu'elle ne nous appartenait pas, en dépit de notre connexion. Si je jetais mon dévolu sur une compagne attitrée, je serais incapable de reconnaître l'odeur de ma véritable âme sœur, et cette pensée me tue. À mes yeux, il n’existe pas pire trahison. Je ralentis en atteignant la longue allée de la clinique. Arrêté sur la route déserte, je reste dans ma voiture avec les feux de détresse allumés pendant que je considère mes options. Puisque je ne connais pas la disposition de sa propriété, il serait plus sage de m'arrêter ici. Si je descends et qu'elle voit mes phares, je pourrais l'effrayer. Et c'est la dernière chose que je veux. Le hic, c’est mon loup. Il est impatient d'entendre le battement de son cœur, de savoir qu'elle est là et qu'elle va bien. Peut-être que je pourrais m'approcher à pied pour le calmer ? Franchement, ça fait un moment que je me suis transformé en horrible stalker ce soir. Garé sur le bas-côté, j'ouvre la porte et sors, prévoyant de faire le reste à pied. Instantanément, mon ouïe surdéveloppée capte quelque chose. Perplexe, je me demande ce qui fait un tel bruit à cette heure-ci. Un craquement… Du bois. Q uand le murmure indistinct de deux voix masculines me parvient dans la brise, la panique me saisit. Quelqu'un est en train de s'introduire dans la propriété de ma compagne. Est-ce qu’elle est là ? Est-ce qu’elle est blessée ? Je vois rouge à l'idée que quelqu'un ose la menacer. Je saute dans ma voiture et fonce vers la clinique tout en restant prudent. Je garde mes phares éteints, pour l’effet de surprise. Sans un bruit, je me gare derrière les deux véhicules abandonnés dehors. Une seconde me suffit pour déduire que le tout-terrain noir est à elle ; l’habitacle empeste la peur malgré la portière laissée ouverte. Elle n’avait pas une minute à perdre, et il semblerait qu’une berline sombre l'ait contrainte de se barricader dans la clinique. La rage qui bout dans ma poitrine menace d’exploser. Ils l'ont effrayée, poursuivie, et se sont assurés qu'elle ne puisse pas s'échapper. Ces merdes humaines vont regretter de s’être pointées. Ils gueulent comme des putois en cherchant quelque chose à l’accueil. Ils se foutent carrément d’être entendus. Je pars vers l'arrière en me demandant où Skyepourrait être. Bien que faire irruption et les buter me tente franchement, on a connu mieux comme première impression. Elle doit déjà être morte de peur. Je dois tout faire pour ne pas en rajouter. Je m’approche furtivement de l'entrée arrière, flairant les animaux qui attendent à l'intérieur. Ils me sentent et ne bougent pas une oreille, comme la plupart des animaux en présence d'un prédateur dominant. Avec le vortex d'odeurs humaines et animales, la localiser est devenu mission impossible. Ce qui est clair, c’est qu’elle n’a pas quitté la clinique. Ma force surnaturelle me permet d’enfoncer la porte sans peine. La serrure pendouille de l’autre côté de la porte alors que je me faufile en catimini. Des yeux craintifs me suivent dans l'obscurité, prenant gare à ne pas attirer mon attention, de peur de se retrouver au centre du tourbillon de rage qui m’anime. Je suis au milieu de la pièce quand une porte sur le mur du fond s'entrouvre discrètement. Étourdi une seconde par le parfum de ma compagne, le désir de me précipiter vers elle balaie ma raison. J’oublie tout. Où je suis. Le contexte. Elle se glisse à l’intérieur du chenil, et j’entrevois son profil avant qu'elle referme soigneusement la porte, veillant à ne pas faire de bruit. Hayley ? C'est pas possible… Mes jambes flanchent. Un raz-de-marée sans précédent s’écrase sur moi. Mon esprit détraqué se fout de ma gueule. Ai-je vraiment senti l'odeur de ma compagne ? Ou n'était-ce qu'un fantasme de loup aux abois ? J’en sais rien, p****n. Mais je sais une chose... Elle ne m’appartient pas, malgré ce que mon loup veut croire. Mon corps est convaincu que nous avons enfin trouvé notre compagne, pourtant mes yeux me jurent le contraire. C'est Hayley qui se tient devant moi. Je ne sais pas ce qui se passe. Peut-être que la connexion de mon loup avec elle nous a amenés ici pour l’aider. Clairement, notre amie a besoin d’un coup de main.
Free reading for new users
Scan code to download app
Facebookexpand_more
  • author-avatar
    Writer
  • chap_listContents
  • likeADD