Éloïse n’arrivait plus à ignorer ce sentiment.
Cette impression persistante d’être observée, suivie, analysée. Chaque pas dans la rue, chaque regard croisé lui semblait désormais suspect.
Sur le chemin de l’académie, elle se retourna plusieurs fois. Rien. Juste des passants pressés, des voitures ordinaires. Pourtant, son cœur refusait de se calmer.
Parce que je crois qu’ils savent.
Le message d’Adrien résonnait encore dans sa tête.
Une journée sous tension
À l’académie, Éloïse tenta de se concentrer sur son travail. Devant elle, une feuille blanche. Son projet de design restait inachevé. Ses mains tremblaient légèrement.
— Hé… ça va ? demanda Clara, une amie de classe, en s’asseyant près d’elle.
— Oui, oui… juste fatiguée.
Mais Clara la regardait avec suspicion.
— Tu n’es plus la même depuis quelques jours. On dirait que tu portes le poids du monde sur les épaules.
Éloïse esquissa un sourire forcé.
— Peut-être que je grandis un peu trop vite.
La pause arriva enfin. Elle sortit prendre l’air. C’est là qu’elle les vit.
Deux hommes, appuyés contre une voiture sombre, à quelques mètres de l’entrée. Ils ne parlaient pas. Ils observaient. Lorsqu’Éloïse leva les yeux, l’un d’eux croisa son regard… puis détourna la tête, comme si de rien n’était.
Un frisson glacé parcourut son dos.
Son téléphone vibra.
Ne te retourne pas trop longtemps. Reste dans les endroits fréquentés.
Adrien.
Ils sont là, n’est-ce pas ? répondit-elle.
La réponse mit quelques secondes à arriver.
Oui.
La confrontation
En fin d’après-midi, Adrien l’attendait à l’angle d’une rue. Son visage était fermé, plus dur que d’habitude.
— Tu aurais dû rester chez toi, dit-il dès qu’elle s’approcha.
— Je ne vais pas arrêter de vivre, répondit-elle, agacée. Pas pour eux.
Adrien posa ses mains sur ses épaules.
— Éloïse… ce n’est plus un jeu. Ce ne sont pas des regards curieux. Ce sont des avertissements.
— Alors dis-leur d’arrêter ! lança-t-elle.
Un rire amer échappa à Adrien.
— Tu crois que ça marche comme ça ?
Il se tut un instant, puis ajouta d’une voix plus basse :
— Ils testent mes limites. Et les tiennes.
Éloïse sentit une colère sourde monter.
— Je ne suis pas ton point faible, Adrien. Je suis un choix.
Il la fixa, surpris.
— Justement… c’est ça le problème.
Un sacrifice
Ils marchaient côte à côte en silence lorsqu’Adrien s’arrêta brusquement.
— À partir d’aujourd’hui, on ne se voit plus en public.
— Quoi ?! s’exclama Éloïse.
— Plus de messages visibles. Plus de rendez-vous imprévus. Plus de traces.
— Tu veux disparaître de ma vie ?
Il serra les dents.
— Je veux t’en protéger.
— Et moi ? Tu penses que ça ne me fait rien ?
Adrien ferma les yeux un instant, comme s’il encaissait un coup invisible.
— Tu crois que c’est facile pour moi ?
Il recula d’un pas.
— Si je dois te perdre pour que tu sois en sécurité… alors je le ferai.
Le cœur d’Éloïse se brisa en silence.
— Tu n’as pas le droit de décider seul, murmura-t-elle.
— Je préfère que tu me détestes plutôt que de te voir souffrir.
Il se détourna.
— Ce soir, je pars. Pour un moment.
— Adrien… non.
Mais il s’éloignait déjà.
La peur réelle
Le soir même, Éloïse rentra seule. L’immeuble était étrangement silencieux. En montant les escaliers, elle sentit son téléphone vibrer dans sa poche.
Numéro inconnu.
Tu devrais écouter ceux qui veulent ton bien.
Ses doigts se glacèrent.
Un second message arriva aussitôt.
Certains destins ne doivent pas se croiser.
Elle monta les dernières marches en courant et claqua la porte de l’appartement derrière elle. Son souffle était court. Son cœur battait à tout rompre.
Elle appela Adrien.
Une fois.
Deux fois.
Messagerie.
Elle laissa un message, la voix tremblante :
— Adrien… ils m’ont écrit. S’il te plaît… ne m’abandonne pas.
La promesse
Quelques minutes plus tard, on frappa doucement à la porte.
Éloïse sursauta.
— Qui est là ? demanda-t-elle, la gorge serrée.
— C’est moi.
Adrien.
Elle ouvrit sans réfléchir. Il entra et referma derrière lui, le visage tendu.
— Je t’avais dit de rester discrète, dit-il.
— Et moi je t’avais dit que je ne voulais pas être protégée dans le silence, répondit-elle en larmes.
Il s’approcha et la prit dans ses bras. Pour la première fois, Éloïse sentit qu’il tremblait lui aussi.
— Je suis là, murmura-t-il. Et je ne partirai pas sans me battre.
Elle s’accrocha à lui.
— Alors promets-moi une chose.
— Quoi ?
— Quoi qu’il arrive… tu ne décideras plus sans moi.
Adrien inspira profondément.
— Je te le promets.
Mais au fond de lui, il savait déjà :
cette promesse allait lui coûter très cher.