Chapitre 3-1

2024 Words
Chapitre 3 L’attente Plusieurs jours s’étaient écoulés depuis qu’Ethan et Shepard avaient eu leur grande conversation sur l’art du combat. Bien qu’hésitant sur la réponse à lui apporter, Ethan voulait de nouveau tenter sa chance. — Tu pars ? demanda-t-il en voyant Shepard refaire son sac de voyage. — Oui ! Un événement imprévu me pousse à retourner à l’académie. — Quelque chose de grave ? — Je ne sais pas encore ! À son visage, Ethan devina que les événements en question devaient être au minimum préoccupants, au maximum inquiétants. — Noël est dans une semaine, tu ne peux pas rester ? — Non, je ne dois pas rater mon mode de transport, sans quoi je vais devoir attendre encore un mois. — Ah ! se contenta de répondre Ethan ne comprenant pas de quoi il parlait. — Qu’est-ce qui t’amène ? demanda Shepard pour changer de sujet. — Je voulais m’excuser. Je n’ai pas été correct lorsque tu as voulu m’aider et je ne l’ai pas compris. — Hum ! hum ! répondit Shepard tout en continuant de ranger ses affaires. C’est tout ?! — Non ! répondit hésitant Ethan avant de poursuivre d’une voix plus assurée. Je suis désolé, mais je ne peux pas répondre à la question que tu m’as posée. — Oh ! dit Shepard sur un ton distant poussant Ethan à poursuivre. — Je sais juste que je veux apprendre à combattre reprit Ethan. J’ai de la haine en moi pour ceux qui ont tué toute ma famille c’est vrai, mais ce n’est pas la seule raison. Je ne peux pas l’expliquer, mais je sens que c’est ce que je dois faire ! termina Ethan. Shepard se retourna pour observer son cadet intensément et longuement, sans dire un mot, puis il se déplaça vers un sac posé de l’autre côté de la grange et en sortit un paquet qu’il lui tendit. — J’avais prévu de le mettre au pied du sapin si nous ne nous étions pas vus avant mon départ. — Merci, mais il ne fallait pas. — Falloir non, envie oui. — J’avais aussi prévu un cadeau pour toi, mais je ne l’ai pas encore acheté, dit Ethan gêné. — Plus besoin, tu viens de m’en faire un. — Ah bon ?! ajouta Ethan ne voyant pas de quel cadeau il parlait. — Oui, tu viens d’accomplir le premier pas vers ce que j’attends de toi. Tu as reconnu tes faiblesses, maintenant tu es prêt à commencer les leçons. Et c’est un beau cadeau de départ. — Mais si tu pars, comment je vais faire ? — Ne t’inquiète pas, Harry est là pour commencer, même si, je te l’accorde, ce n’est pas l’idéal, répondit-il avant d’éclater de rire, mais c’est toujours mieux que rien, poursuivi-t-il. Ensuite, d’ici quelques mois, tu nous rejoindras à Atlantide. Nous pourrons alors terminer ce qui a été commencé ici. Allez ouvre le paquet maintenant. À son ton, Ethan comprit que Shepard ne parlerait plus de sa formation. Il ouvrit donc le paquet et en sortit un magnifique petit couteau d’une quinzaine de centimètre avec un manche en nacre décoré. — Il est magnifique ! dit Ethan en le faisant tourner entre ses doigts. — Je me suis dit qu’en attendant que tu possèdes ta propre épée, cela pourrait t’aider. — Ma propre épée ?! — Ah ! Je vois qu’une petite explication s’impose. Que sais-tu des membres de la Fraternité combattante ? — Rien du tout, Harry n’a pas abordé ce sujet avec moi. — Hum ! Je vais faire court alors, car ce n’est pas la peine de t’encombrer l’esprit avec des détails. Chaque membre de l’ordre qui a choisi la voix des guerriers de la Fraternité se voit remettre une épée. Ces dernières ont déjà appartenu à des guerriers mais à leur mort, nous les récupérons. Elles attendent un nouveau guerrier qui saura se montrer digne d’elles et de leurs histoires. — Ainsi ton épée et celle d’Harry ont appartenu à d’autres guerriers ? — Oui mais à un détail près. Le katana de ton oncle est encore plus spécial, il a appartenu à l’un des fondateurs. Ces épées sont très rares et ne vont que vers des personnalités exceptionnelles. — Pourquoi Harry est-il exceptionnel ? demanda Ethan après un petit moment d’hésitation. — Demande-lui ! répondit Shepard en souriant à son cadet. Allez, vas t’en maintenant, il faut que je termine mon sac et que je parte, dit-il en prenant Ethan dans ses bras afin de lui donner une forte étreinte. À bientôt, Ethan, prends soin de toi et surtout écoute ton oncle. — Oui, se contenta de répondre Ethan fortement ému. Plus tard dans la soirée, Shepard quitta la propriété. En regardant la voiture s’éloigner, le cœur d’Ethan se serra car en quelques jours, Shepard avait pris beaucoup de place dans son existence et comme par un singulier hasard, la neige se mit à tomber forçant Ethan à rentrer. Les jours suivants, elle tomba de plus en plus souvent et abondamment, tant et si bien qu’elle s’accumula un peu partout, recouvrant le paysage d’une blancheur immaculée. Ethan avait toujours aimé cette saison durant laquelle le paysage se transformait et où la terre semblait s’endormir. C’était aussi, dans la région, le signe des vacances de Noël à venir. Elles arrivèrent vite et le premier jour, alors qu’Ethan regardait la neige tomber à sa fenêtre, une boule de neige vint s’écraser sur la vitre. Alors qu’il essayait de voir d’où elle venait, une seconde vint percuter le carreau juste au niveau de sa bouche. Il recula, sous la surprise, alors qu’une troisième venait s’écraser au même endroit que les deux précédentes. — Qui s’amuse comme cela ? se dit-il en sortant de sa chambre. Après avoir dévalé l’escalier, enfilé sa parka, son bonnet et ses gants, et alors qu’il s’apprêtait à ouvrir la porte d’entrée, Ethan s’arrêta net. Changeant d’avis, il se précipita vers la porte de derrière, celle qui donnait sur la petite cour où se trouvait le stand de tir. Une fois dehors, il s’agenouilla afin de préparer deux boules de neige qu’il prit dans les mains, avant de s’avancer à pas de loup vers la grange. C’est en la contournant qu’il vit Alex caché juste derrière une meule de foin, attendant visiblement qu’Ethan sorte de la maison pour le canarder. — Ah ! Ah ! hurla Ethan. Te voilà pris à ton propre jeu ! dit-il en lançant ses boules. En l’entendant, Alex se retourna en poussant un cri de surprise. Les deux projectiles arrivèrent au même moment sur lui et la neige vint s’enfoncer dans sa bouche. Alors qu’Ethan se préparait à lui en lancer une nouvelle salve, il se retrouva à son tour pris sous une pluie de boules. Tentant d’échapper aux projectiles qui continuaient de lui atterrir dessus, avec une précision diabolique, il s’accroupit pour rejoindre Alex qui tentait de se réfugier derrière le mur de la grange. — T’as vu qui c’était ? demanda Alex au moment où Ethan le rejoignit. — Non ! répondit Ethan. — Faut qu’on essaie de voir qui c’est et où il est ! N’écoutant que son courage, il fit une tentative en sortant la tête de l’abri que leur offrait le muret, mais une nouvelle boule explosa tout prêt de lui, ce qui le contraignit à se remettre à couvert. Ils essayèrent à plusieurs reprises de sortir mais à chaque fois, un projectile les touchait ou s’écrasait tout près d’eux, tant et si bien qu’au bout d’un moment, ils renoncèrent. — Alors les garçons, vous abandonnez ? finit par demander la voix d’Harry juste avant d’apparaître hilare et visiblement très content de lui. — On n’avait aucune chance vu où tu te trouvais ! dit Ethan en montrant la voiture garée légèrement en hauteur et de trois quarts par rapport à leur position, ce qui offrait un angle de tir impeccable sur les deux garçons. — C’est vrai. Vous voyez, tout peut être une leçon. Celle-ci est simple : avec une bonne position, vous pouvez prendre l’avantage sur plusieurs concurrents. Il les regarda avant de poursuivre. — Et croyez-moi, vous en aurez sur votre route pour aller à Atlantide. — C’est-à-dire ?! Vous pouvez nous en dire plus ? demanda Alex. — Oui, mais on rentre à l’intérieur. Je vous en dirais plus, mais devant un bon chocolat chaud. Une fois débarrassés de leurs affaires à la chaufferie, ils filèrent s’asseoir dans le canapé tandis qu’Harry préparait le chocolat. Il revint quelques minutes après avec un grand plateau qui contenait en plus des boissons promises, des petits gâteaux comme les garçons aimaient tant. — Allez Harry, raconte ! demanda Ethan impatient de savoir ce que son oncle pouvait encore lui apprendre. — Par où commencer ?! demanda faussement Harry qui se délectait manifestement de l’impatience des garçons. — Par le début ! répondit Alex au comble de l’impatience. Harry sourit de plus belle. Il prit un petit gâteau qu’il trempa dans son bol de chocolat avant de l’avaler tout rond. Il les dévisagea une nouvelle fois avant de commencer. — Une fois par an, l’académie sélectionne environ 400 jeunes qui ont le potentiel pour intégrer Atlantide, commença Harry avant de se taire pour laisser les deux impatients mijoter dans leur jus. — D’où viennent-ils ? demanda Alex qui ne tenait plus. Je croyais qu’Atlantide était un endroit secret ?! — Si vous m’interrompez encore, je ne vous dirais plus rien, c’est clair ? ajouta-t-il afin de se moquer d’eux. — D’accord ! On t’écoute, dit Ethan, frustré. — Atlantide est bien un endroit secret mais l’ordre possède un réseau de recruteurs disséminés à travers le monde. Ils sont chargés de recenser les personnes qui sont aptes à nous rejoindre. Une fois par an, nous proposons aux familles d’emmener leurs enfants dans une pension tous frais payés. Ils participent aux sélections ; s’ils échouent, nous pouvons leur faire oublier ces dernières et nous les envoyons dans de vraies pensions, où ils terminent leurs études tranquillement, notre secret est alors bien gardé. Les……. — Et les autres ? Oups, pardon ! dit Ethan se rendant compte qu’il avait coupé son oncle. — Les autres, poursuivit Harry sans reprendre son neveu, vont à Atlantide afin de faire leurs trois années à l’académie puis ils intègrent l’une des branches de l’ordre. — Les sélections servent donc à éliminer les candidats ? — Oui ! Seulement 50 peuvent entrer dans Atlantide. Est-ce que cela suffit pour satisfaire votre curiosité ? dit Harry en leur montrant bien qu’il n’en dirait pas plus. — Oui ! répondit Ethan. Pour le moment… ajouta-t-il un sourire en coin. Harry ne prit même pas la peine de relever l’allusion et partit vers son bureau. Les deux garçons échangèrent un regard complice puis se lancèrent dans des spéculations plus folles les unes que les autres sur ce que leur avait dit Harry. Une fois que le flot des « délires » s’interrompit, faute d’idées nouvelles, ils allumèrent la télévision pour jouer à la console vidéo jusqu’au moment du repas. Ethan et son oncle passèrent le reste des vacances tranquillement. Elles n’étaient troublées que par la venue d’Alex qui les rejoignait régulièrement afin de parfaire son entraînement. Il était plutôt doué, assidu et très motivé. Souvent, en les observant, Harry se réjouissait qu’Ethan ait eu la chance de trouver un ami fidèle tel que lui. Cela lui rappelait le temps béni de son adolescence et de son amitié avec Shepard. Alex était la preuve qu’un humain sans le don pouvait aussi bien réussir que les autres dans l’ordre, ce qui ne faisait que renforcer sa volonté de vaincre le Chaos. Le jour de la rentrée finit par arriver, les deux compères retrouvèrent le petit monde du collège. Juste avant de partir, Ethan s’était rappelé l’angoisse qui l’avait saisi un an auparavant lors de la reprise des cours et il avait constaté avec plaisir combien il avait changé. Désormais, il appréhendait beaucoup mieux les contacts avec les autres et même si la douleur restait très présente, les souvenirs toujours intenses, il s’habituait peu à peu à vivre avec ce sentiment diffus et lancinant. L’hiver passa rapidement pour Ethan qui n’en vit pas grand-chose tant ses journées étaient occupées par ses nouvelles activités. Comme il en partageait beaucoup avec Alex, leur relation passa un nouveau cap et ils se prenaient à rêver qu’ils étaient frères et en vinrent donc presque naturellement à se comporter comme tels. Au printemps, ils mirent au point le plan qui devait permettre à ce dernier de l’accompagner à Atlantide, ils l’avaient baptisé le « grand bluff ». Le fonctionnement était d’une simplicité diabolique : dire aux parents d’Alex que ce dernier serait mieux en pension et qu’ils avaient tout à y gagner. L’astuce étant de leur faire croire que, par chance, Ethan y allait lui aussi, et que s’ils y allaient ensemble, cela faciliterait les choses pour les deux garçons. Le rôle d’Alex fut de se montrer insupportable dès qu’il était chez lui, tandis qu’Harry était mis à contribution pour solliciter ses « amis » de l’ordre afin de leur procurer des prospectus provenant « d’une pension extraordinaire » situé en Suisse et qui accepterait volontiers Alex dans ses murs. Bien évidemment, elle n’existait pas, mais ses parents n’en sauraient jamais rien. Toutes ces manœuvres et machinations diaboliques prirent beaucoup de temps, tant et si bien que le reste de l’année scolaire fila comme une fusée. Le grand bluff fonctionna plutôt bien puisqu’à la fin de l’année scolaire, les parents d’Alex, voyant que les résultats de leur fils étaient excellents au contact d’Ethan, mais son comportement inacceptable à la maison, acceptèrent qu’il aille en pension pour y faire son lycée. Ce n’était pas tout à fait ce que les deux compères attendaient comme réponse, eux auraient préféré partir dès cet été, mais ce n’était déjà pas si mal.
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