Chapitre II-3

1976 Words
Dehors, une petite pluie fine s’était mise à tomber. Elle avait fini par se transformer en petite neige qui s’accumulait sur les vêtements des garçons. Le froid les engourdissait, c’est pourquoi dès que la lumière s’éteignit, Alex prit le bras d’Ethan et l’attira au chaud dans la grange. À l’intérieur, il lui fit face. Son visage était complètement défait et il avait beaucoup de mal à parler. — Mais, mais, mais de quoi ils parlaient là ?! C’est quoi cette histoire de DON, de Chaos, d’ATLANTIDE. Tu as entendu, ils veulent t’envoyer à Atlantide ? Et il y a des gens qui veulent te tuer. Ce sont des fous Ethan, ton oncle et son ami sont fous, Atlantide n’existe pas, tout le monde le sait ! ». Ethan resta sans voix. Il était, lui aussi, ahuri et abasourdi par ce qu’il venait d’apprendre. Harry envisageait de ne pas l’envoyer à Atlantide ? Ce n’était pas possible. Il fallait impérativement convaincre Harry de l’envoyer là-bas. Il sentait que c’était sa seule chance d’en savoir un peu plus, de découvrir ce monde auquel il appartenait et que ses parents avaient décidé de lui cacher. Et puis, qu’est-ce que c’était que cette histoire de livre des tribus perdues, d’Elfes ? Et qu’avait donc fait sa mère pour mériter que tout un peuple ait une dette envers elle ? Lui qui croyait en savoir beaucoup, découvrait qu’en fait, il ne savait rien et cela le remit en colère. — Ethan, tu m’entends ? dit Alex. C’est quoi cette histoire d’élu, on marche sur la tête tu ne crois pas ? En une fraction de seconde, Ethan prit sa décision. Il inspira à fond puis commença à raconter tout ce qu’il savait à son ami en débutant par cette fameuse nuit, un an auparavant, lorsqu’il avait perdu sa famille. Il continua sur l’arrivée d’Harry et la façon dont ce dernier avait réglé la situation. Après avoir repris sa respiration, il enchaîna avec ce qu’il savait de l’académie, du DON, de sa famille et d’Atlantide. Lorsqu’il termina, Ethan sentit un poids s’ôter de sa poitrine, il ressentit un immense soulagement : le temps des mensonges était terminé. De son côté, Alex n’en croyait pas ses oreilles, sa bouche ne cessait de s’agrandir à mesure qu’Ethan racontait son histoire et même s’il mourait d’envie de lui poser mille questions, il s’en était abstenu. — Ben mince alors, moi qui croyais que j’avais de gros problèmes avec mes parents. À côté de toi, c’est du « pipi de chat » dit Alex avec un air complètement défait. — Et encore, je ne t’ai pas parlé des entraînements que me fait subir Harry. — Cela explique les muscles, je me disais aussi. — Alex, tu ne dois rien dire à personne ! OK ? — Ethan, tu as ma parole ! Et puis franchement, qui me croirait ? — Alex, ce n’est pas un jeu-là ! Tu peux avoir de gros problèmes, ta famille aussi ! — C’est bon j’ai compris ! Au fait, c’est quoi cette histoire d’Elfes ? — Je n’en sais rien, Harry ne me dit pas tout figure toi. — On fait quoi maintenant ? demanda Alex. Ethan n’eut pas le temps de répondre, quelqu’un le fit pour lui. — Oh mais vous n’allez rien faire !!!!!! rugit une voix derrière eux. Harry venait de sortir de l’ombre. Il avait la mine sombre, le regard des mauvais jours. Ethan et Alex reculèrent d’un pas. — Il y a longtemps que tu nous écoutes ? demanda Ethan, — Depuis le début, dès que je vous ai vus entrer dans la grange. — Tu nous as vus ? dit Ethan, — Tu crois vraiment que j’ai pu faire tout ce que j’ai fait et ne pas me rendre compte quand deux curieux sont sous mes fenêtres ? cria Harry. Harry laissa échapper un long soupir puis son visage se détendit. Il se déplaça vers une botte de paille qu’il saisit et l’installa au sol avant de faire la même chose avec deux autres. Il s’assit sur l’une d’entre elle et d’un geste de main, invita les deux garçons à faire de même. — Avant de commencer, Alex, je souhaiterais que tu appelles tes parents et que tu leur dises que ce soir tu dors chez nous, OK ? — OK, je vais voir si c’est d’accord. Alex sortit son téléphone portable puis s’éloigna. Pendant ce temps-là, Ethan et Harry se firent face mais n’échangèrent aucune parole, tous les deux étaient perdus dans leurs pensées. Ils n’en émergèrent que lorsqu’Alex revint pour leur confirmer d’un geste de tête que tout était réglé. — Avant que je décide ce que je vais faire de vous deux, vous allez répondre à mes questions ! C’est bien compris ? demanda Harry. — OUI, OUI !!! répondirent les deux garçons, — Vous avez écouté toute la conversation que j’ai eue avec Shepard, dit Harry sur un ton monocorde. — OUI, OUI ! À cette réponse, Harry laissa échapper un profond soupir, des rides se formèrent sur son front et son visage se creusa. Il semblait très ennuyé. — Donc vous avez entendu pour Atlantide, le don, l’élu, les Elfes et tout le reste ? — OUI, OUI ! — Hum ! dit Harry avant de poursuivre. C’est très ennuyeux pour toi Alex. — Pourquoi ? s’écria ce dernier très anxieux, — Parce que n’étant pas concerné par tout cela, je me demande ce que je vais faire de toi. Soit je t’implique, soit je te tue ! Alex se leva soudainement tout en reculant. — Comment cela vous ne savez pas ce que vous allez faire de moi ? — Allons, ne sois pas stupide, rassieds-toi, je ne vais pas te manger ! dit Harry sur un ton apaisant. Votre curiosité va m’obliger à changer mes plans, continua Harry. — Comment cela ? demanda Ethan. — Je pensais pouvoir te former seul sans passer par Atlantide, dit-il en dévisageant son neveu. J’espérerais pouvoir t’éviter d’avoir à affronter tout cela, mais je me suis trompé. L’intrusion de Shepard et d’Alex le prouve, notre secret n’est plus sûr, il va falloir nous adapter, du coup… — Eh ! je ne dirais rien ! le coupa Alex. — J’en suis certain, mais l’Ordre du Chaos a des techniques très fiables pour faire parler les gens. Du coup, Ethan, tu vas aller dans le seul endroit où tu seras en totale sécurité, tu vas aller à Atlantide. À l’idéal, Alex devra t’accompagner afin d’éviter les fuites, conclut Harry. — Quoi !!!! Accompagner Ethan ?! Mais où ? Pour quoi faire ?! — Calme-toi, Alex ! — Me calmer ?! Mais je suis calme, et puis c’est quoi cet endroit ? — Atlantide ?! Disons que c’est une sorte de pension. Vous pourrez y finir vos études et Ethan pourra se préparer à ce qui l’attend. Les deux amis se regardaient, des étincelles de malice se lisant dans leurs yeux. Ethan savourait les deux bonnes nouvelles que venait de lui annoncer son oncle. Non seulement, il irait à Atlantide mais en plus, il serait peut-être accompagné par son meilleur ami. — Alex, penses-tu que tu pourrais partir avec Ethan ? demanda Harry. — Je n’ai pas tout compris mais cela a l’air d’être sérieux votre truc, commença Alex. Personnellement, cela me tente bien. Pour mes parents, ils n’arrêtent pas de me dire qu’ils aimeraient se débarrasser de moi en pension. Il respira un grand bol d’air avant de reprendre. Je pense qu’ils seront assez contents de pouvoir être tranquilles, il n’y a que leurs carrières qui comptent. — Ethan, tu en penses quoi ? demanda Harry en se tournant vers lui. — Moi ça me va. — C’est peut-être la solution, continua Ethan pour lui-même. Nous pouvons faire croire à tout le monde que nous partons dans la même pension ? — C’est une idée, mais cela veut dire qu’il vous faudra attendre la prochaine rentrée ou celle d’après, lorsque vous serez prêts. — Prêts à quoi ? demanda Alex. Harry ne répondit pas tout de suite, il jaugeait Alex du regard. — Avant de t’en dire plus, nous allons passer un pacte tous les deux. J’accepte de vous former tous les deux afin que vous réussissiez les épreuves de sélection de l’académie. Toi de ton côté, tu t’engages à ne rien révéler à personne ainsi qu’à accompagner Ethan là-bas c’est d’accord ? — Heu quand vous parler de sélection, vous parlez de quoi ? — Rien de méchant ! En tous les cas, rien que vous ne puissiez surmonter, à condition de bien y être préparé, répondit Harry, avant de conclure, Alors nous sommes d’accord Alex ? — C’est d’accord ! Si vous pouvez me faire échapper à ma famille, je suis partant. — Dernière petite chose, aucune question pour le moment sur aucun sujet que ce soit, vous aurez vos réponses en temps voulu compris ? — OUI, OUI ! — Maintenant au lit les garçons, il est très tard, conclut Harry en se levant. Les deux garçons ne demandèrent pas mieux et filèrent directement vers la maison tandis qu’Harry la regagnait en se demandant s’il avait pris la bonne décision. Une demi-heure plus tard, les dernières lumières s’éteignirent. Ailleurs, quelque part aux États-Unis, au centre d’une immense propriété entourée d’un golf 18 trous, d’une piscine, d’un ranch, ainsi que d’un héliport, se dressait une colline entourée de magnifiques vergers. Sur son sommet se trouvait un manoir de style victorien très impressionnant par sa taille mais aussi par les statues et ornements aussi divers que variés qui ornaient sa façade. Beaucoup représentaient des monstres, gargouilles, et autres bêtes hideuses que l’on aurait dit tout droit sortis de l’enfer, la plus impressionnante de toutes étant la grande statue se trouvant à l’entrée principale du bâtiment. Elle représentait un géant lançant des éclairs vers un groupe d’humains à l’air apeuré. L’ensemble avait un côté volontairement lugubre, inspirant la crainte, comme le souhaitait son propriétaire. Ce dernier se trouvait justement sur les lieux, dans une pièce très grande située juste au-dessus de l’entrée. On y accédait par un double escalier enserrant une cascade d’eau jaillissant juste sous le balcon. Une fois, la double porte franchie, l’endroit se dévoilait : un bureau, une grande cheminée, un piano, un bar, un meuble sur lequel reposait un écran de télévision mais surtout une immense table en bois, d’un noir ébène, autour de laquelle étaient assises une petite dizaine de personnes. Le seul encore debout était le possesseur des lieux. Il se trouvait devant la cheminée tournant le dos à ses comparses, contemplant son domaine. — Alors Christine, où en sommes-nous de l’élimination des membres de la Fraternité que nous avons repérés ? finit-il par dire sans se retourner. — C’est bientôt terminé mon Ajax adoré. Je m’occupe des derniers cette nuit, répondit une magnifique femme blonde assise prêt de lui. — Pourquoi ne pas avoir fait appel aux Nettoyeurs ? — Ce n’est pas la même chose, dit-elle en faisant la moue. Il n’y a pas de traque, pas de plaisir. Il y avait si longtemps que je ne m’étais pas amusée autant. — Je te reconnais bien là ; fais comme tu l’entends, mais fais vite. Ajax se retourna pour faire face à l’assemblée réunie dans son bureau. Grand, massif, il avait un visage carré, des yeux noirs perçants et une grande mâchoire dissimulée par un bouc de couleur poivre et sel. Il se déplaça vers l’extrémité de la table pour prendre place dans un siège en cuir noir volumineux dont les accoudoirs en acajou se terminaient par des deux têtes de mort. — Où en sommes-nous du projet Atlantide Ernest ? — Cela suit son cours, notre sujet demande encore un peu d’attention, mais il sera prêt dans un ou deux ans maximum. — Tout ce temps à attendre ! Tous nos espoirs reposent sur ce projet. Je veux en finir avec l’ordre de la Fraternité, définitivement. Son poing vint alors frapper la lourde table. — ET TOI ! hurla Ajax en pointant son doigt vers le petit homme qui se trouvait non loin de lui, qu’as-tu à me dire sur le livre ? — Rien de concret pour l’instant Ajax, mais nous avançons, répondit Nicolas Rysasko en se tassant dans son fauteuil comme pour y disparaître. — Rien de concret !!! Dois-je te rappeler que tu n’as aucun don et que ta présence parmi nous n’est due qu’au fait que tu es censé être efficace pour retrouver les choses et les voler, vociféra Ajax. — Vous ne pouvez pas me demander de retrouver en quelques semaines un livre qui a disparu depuis des millénaires et dont nous ne savons presque rien, répondit peureusement Nicolas. — C’est vrai père, sois indulgent, dit alors une voix provenant de la porte d’entrée. Ajax se radoucit, la fureur contenue dans les traits de son visage avait complètement disparu remplacée par de la joie. Il se leva d’un bond puis rejoignit la personne qui venait de rentrer afin de lui saisir les avant-bras. — Mon fils préféré, te voilà enfin de retour. — Oui père. — Allez tout le monde dehors, je dois parler à mon fils, nous finirons cette réunion plus tard. D’un simple geste, le maître des lieux congédia ses collaborateurs. Passant près du jeune homme, Christine Delavallière s’attarda afin de déposer un tendre b****r sur sa joue. — Je suis contente de te revoir mon fils. — Moi aussi mère, dit ce dernier en la serrant tendrement contre lui. Lorsqu’elle quitta la pièce en refermant la porte, les deux hommes se dirigèrent vers les fauteuils qui se trouvaient devant la cheminée, s’y assirent, et commencèrent à bavarder.
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