L'hôpital

1433 Words
***Point de vue D'Aurora*** Bip, Bip, Bip. Ce son régulier que j'entends. Où suis-je? J'ai mal au crâne. J'essaie de me toucher la tête, mais ça tire sur le dessus de ma main. J'ouvre les yeux et une lumière aveuglante m'agresse, m'obligeant à plisser mes sourcils et cligner des paupières à répétition. L'air sent le désinfectant et les produits de nettoyage puissants. Mon cœur s'affole. ~Non, non, non, non, pas l'hôpital.~ Mais pourquoi je suis là? Des bribes des événements me reviennent lentement: la cabine, Xander, ses mains dégoutantes et puis le trou noir. Des tremblements me traversent, je dois sortir d'ici au plus vite. Si mon père l'apprend, il va dire que c'est ma faute, que j'ai fait exprès de les provoquer. Il va sortir la ceinture. Juste y penser me fait mal. Alors, j'arrache la perfusion. Ça pique, ça saigne, mais je m'en fout, j'ai connu pire Je repousse les draps, je me déplace sur le rebords du lit. Mes jambes tremblent, ma hanche souffre, une douleur sourde. Je serre les dents, j'essaye de me lever, mais mon corps me trahit. Mes genoux lâchent et je m'écroule sur le sol froid, le carrelage qui cogne contre ma hanche déjà meurtrie. Un éclair fulgurant me transperce le bassin. Un gémissement m'échappe. La porte s'ouvre d'un coup. ~Mademoiselle Anderson!~ L'infirmière se précipite, ses mains se posent sur mes épaules. Je tremble, je respire trop vite, mes yeux piquent. Elle regarde ma main, la perfusion n'y est plus, du sang goutte. ~Qu'est-ce que tu fais? Mon dieu, tu t'es fais mal, ma belle? Ne bouge pas, surtout, ne bouge pas!~ Je secoue la tête. Ma voix est toute petite, je ne la contrôle pas. ~ J-je ... je dois partir ... je ... je vais bien ... je ne veux p-pas rester i-ici ... j-je ne v-veux p-pas ...~ Elle pose une main sur mon bras. Sa paume est tiède. ~Écoute, ma chère, tu as une fracture de la hanche. Une petite fissure, mais une fracture tout de même. Tu peux pas marcher comme ça. Si tu bouge, tu vas aggraver les choses, tu comprends?~ Je ferme les yeux, découragée, si le sol pouvait m'engloutir. ~J-je vais bien ... je v-veux rentrer chez-chez m-moi, je v-vas b-bien ...~ Le haut de ma cuisse gauche pulse en rythme avec les battements de mon cœur. Je sais que je mens, mais je dois vraiment partir, rester ici, c'est signer mon arrêt de mort. Rester, c'est des questions. C'est papa qui va hurler. Ça sera la cave, noire, humide, froide avec la ceinture. Je veux partir, Je DOIS partir. ~Écoute-moi.~ souffle l'infirmière. ~Tu ne peux pas refuser les soins, franchement. Tu seras en danger si tu rentres chez toi. Tu dois être allitée quelques jours pour l'opération de ta hanche. Je vais te chercher des anti-douleurs et appeller les médecin, d'accord.~ Elle veut seulement m'aider, je le sais bien, mais elle ne sais juste pas qu'elle me met encore plus en danger. Je m'accroche à son bras, avant qu'elle ne parte. Ma voix tremble. ~P-pitié ... lai-laissez moi p-partir ... je ... je ne dirai r-rien ... j-je veux juste r-rentrer chez m-moi ... ~ Je peux voir dans ses yeux qu'elle ne comprend pas. Elle ne peut pas comprendre. Elle secoue la tête doucement. Mon cœur s'effondre. ~Chut, beauté ... Repose-toi. Je reste avec toi, on va te remettre au lit, tu vas voir, tout ira bien.~ Ses mots m'affligent, mes cils retiennent à peine les larmes qui y montent. Dans ma poitrine, la peur bat plus fort que tout le reste, je suis piégée. Les jours passent. Je ne sais plus combien. Ici, le temps se dilue entre deux perfusions, deux visites du personnel, deux bip de machine. Je ne peux pas bouger, allongée, légèrement sur le côté, avec un coussin d'angle pour m'empêcher de mettre le moindre poids sur ma hanche. Chaque fois que je tente de bouger, la douleur me rappelle de rester sage. Je fixe le plafond, les néons, la fenêtre qu'on entrouve parfois, l'air qui sent la pluie. Personne n'est venu. Pas de papa. Pas de Kane, ni Elias ou même Enzo. Personne. Ils savent où je suis. L'infirmière m'a bien dit qu'elle les avait avertis de ma situation. Mais ils ne viennent pas. C'est le calme avant la tempête, je le sais, je le sens. Mon retour va être terrible. Parfois ça me soulage d'être tranquille. Personne ne crie ici, pas de p**e, à moitié nue, au salon, à servir. Pas de coups, pas de cave. Mais ça ne durera pas. Je le sais trop bien. Chaque TIC TAC de l'horloge me rapproche de ce moment où la porte s'ouvrira, où je rentrerai à la maison. Et franchement, rendu là, que Dieu me vienne en aide ... Il voudra savoir ... Tout savoir. Comprendre pourquoi j'ai attiré l'attention. Il sait que je suis restée allongée ici, nourrie, soignée, comme une princesse. Papa va hurler et là ... ça sera pire. Me croira-t-il quand je lui dirai que je n'ai rien dis? Même lorsqu'ils m'ont demandés d'où venaient mes cicatrices. Celle du poignet, quand j'ai tenté de m'ôter la vie à l'âge de treize ans, ou celle sur les côtes quand Kane m'a découpé comme un boucher, seulement car il avait raté son contrôle de maths. Il m'a accusé d'avoir fait exprès de le faire échoué. Comme si j'avais un pouvoir là dessus. Ou encore la cicatrise derrière mon oreille, papa était saoul, il m'a frappé et j'ai fini la tête contre le manteau de cheminée. Non, je ne dis rien, je mens. Me croira-t-il ? En tout cas, eux, ici, ils ne me croient pas quand je leur dis que je suis seulement maladroite, que je suis tombée. Je ris même, en leur assurant que ce n'est rien. Ils échangent des regards que je fais semblant de ne pas voir, de ne pas comprendre. Quand ils finissent par sortir de ma chambre, le silence revient. Seule l'heure qui s'écoule lentement perturbe ce vide, avec son bruit monotone des aiguilles qui bougent. Je ferme les yeux. Je m'imagine que j'ai une autre vie, calquée sur les histoires des livres que j'ai lus. Que quelqu'un, quelque part, m'attend. Mais ce n'est pas vrai, personne ne viendra, cette vie n'est que chimère. Alors, je reste là, immobile, fixant le plafond, entre la peur et un drôle de soulagement. Un peu tranquille, un peu morte. Doucement, ma conscience s'envole dans un endroit lointain, très loin d'ici. Un souvenir de ma vie d'avant. Quand maman était toujours là. À cette époque, je devais bien avoir sept ans, peut-être huit, je ne sais pas, je ne sais plus. Je me souviens qu'elle sentait la lavande et la fumée de ses cigarettes qu'elle grillait sur le balcon. Elle me prenait contre elle, dans mon lit trop petit. Je me souviens qu'elle faisait ça , chaque fois que les cris de papa, en bas, devenaient trop intenses. Elle masquait cela par des histoires. Toujours rempli de princesses vivant dans un pays lointain. Une fois elle m'a parlé d'un château, entouré d'une forêt si dense, que même la lumière du soleil avait peur d'y entrer. C'était drôle d'imaginer le soleil ayant peur, comme moi de papa. Ce que j'avais aimé de cette histoire, c'était toutes les bêtes énormes, comme des loups, des dragons ou des monstres de pierres, qui entouraient la princesse. Elle marchait dans l'ombre des feuillages d'arbre, caressant leur museau et leur parlait document. Ils la protégeaient. ~Tu sais mon trésor.~ m'avait-elle murmurée, ses doigts dans mes cheveux, ma tête appuyée sur sa poitrine. ~Les vrais méchants, ce ne sont pas toujours les monstres.~ ~Alors c'est qui?~ que je lui ai demandée. Elle avait souri, mais ses yeux étaient tristes ~Parfois, ce sont ceux qui ressemblent à des rois. Des hommes bien habillés, populaires auprès des autres. Ou même des pères ...~ Je n'avais pas bien compris à l'époque, pas vraiment. Mais cette nuit-là, je me suis réveillée à cause des cris. C'était papa, mais en beaucoup plus fort, beaucoup plus en colère. J'ai entendu un bruit sourd, des verres cassés, des meubles qu'on renverse. Et la voix de papa, glaciale et tranchante : ~ Tu mets des idées dans sa tête, s****e! Tu veux qu'elle me manque de respect comme toi?~ Puis plus rien, juste un coup sec, un cri étouffé et le silence. Le lendemain matin, elle avait un bleu sur la joue, proche de l'œil, un sourire brisé. Depuis, j'ai peur des monstres, ceux comme papa ou les rois bien habillés, comme Xander.
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