chapitre 6

985 Words
Après quelques minutes, une voiture vint se garer devant nous. Je relevai légèrement la tête, surprise. La dame à mes côtés esquissa un sourire calme. — C’est pour nous, ma fille. Elle s’appelait Myriam. Une femme dont la douceur contrastait avec tout ce que j’avais vécu ces derniers jours. Elle n’avait pas encore tout raconté sur elle, seulement qu’elle était divorcée… et qu’elle vivait seule avec ses enfants. — Entre, ma fille, ajouta-t-elle en ouvrant la portière. J’hésitai une seconde. Puis je montai. Le siège était doux. Trop confortable pour quelqu’un comme moi… pas dans mon état. Mon petit sac serré contre moi, je m’installai prudemment. Le chauffeur, à l’avant, me regarda brièvement à travers le rétroviseur. Un regard surpris. Curieux. Peut-être même jugeant. Je baissai les yeux immédiatement, gênée. Je n’avais pas besoin de miroir pour savoir à quoi je ressemblais. Fatiguée. Le visage marqué par la peur… et les larmes. La voiture démarra. Le silence dura quelques secondes, puis Myriam parla doucement. — Tu verras, le trajet n’est pas long. Je hochai la tête. Petit à petit, la conversation s’installa. Elle me parla de choses simples : le quartier, la maison, ses enfants… des détails qui semblaient anodins, mais qui, pour moi, étaient presque irréels. Comme si j’écoutais une vie normale… alors que la mienne venait de s’effondrer. Puis, soudain… Mon ventre émit un bruit. Un bruit clair. Impossible à ignorer. Je me figeai. La honte me monta aux joues. — Excusez-moi… murmurai-je en baissant la tête. Un petit rire doux s’échappa de Myriam. — Ne t’inquiète pas, ma fille. Ça arrive. Je souris timidement. Dans ma tête, un mot s’imposa naturellement : Tanty Myriam. Je ne savais pas pourquoi… mais ce nom me réchauffait le cœur. Quelques minutes plus tard, la voiture ralentit. Je relevai les yeux. Et je restai sans voix. Une grande maison se dressait devant nous. Imposante. Élégante. Les arbres étaient soigneusement taillés, les murs impeccables, et l’ensemble dégageait une tranquillité presque irréelle. — Voilà ma modeste maison, dit-elle avec un sourire. Modeste… Je n’osai rien dire. La voiture s’arrêta. Je descendis lentement, tenant mon sac Nous entrâmes par une grande véranda baignée de lumière. L’air y était frais, agréable. Tout semblait propre, ordonné… paisible. — Et à partir d’aujourd’hui, dit-elle doucement… ça sera aussi la tienne. Je relevai légèrement la tête. Ses mots me touchèrent plus que je ne l’aurais imaginé. — Imane ! Rachel ! Venez voir ! Des pas résonnèrent à l’étage. Rapides. Légers. Deux jeunes filles descendirent. La première attira immédiatement mon regard. Petite, fine, elle portait une robe simple qui arrivait aux genoux. Ses cheveux étaient détachés, légèrement ondulés, et un casque reposait autour de son cou. Son visage était doux, ouvert, lumineux. La seconde… Elle était différente. Plus grande. Plus élégante. Un foulard parfaitement ajusté encadrait son visage. Son regard était dur. Observateur. Presque tranchant. Mais elle était belle. D’une beauté froide. — Oui, maman ? dit la première avec douceur. — Aïcha, voici ma fille Rachel. Elle a 20 ans, elle étudie la médecine. Et voici sa cousine Imane, 21 ans, étudiante en droit. Je baissai légèrement la tête. — Bonjour… Rachel me sourit timidement — Bonjour. Mais Imane… Elle ne répondit pas. Elle me regardait. De haut en bas. Comme si elle analysait chaque détail de mon apparence. Chaque défaut. Chaque faiblesse. Mon cœur se serra. — Maman… dit-elle lentement… où as-tu trouvé ça ? Le mot me transperça. Comme une lame. Je baissai encore plus la tête. Le silence devint lourd. Très lourd. — Imane ! répliqua Myriam sèchement. Ne sois pas impolie. C’est mon invitée. Excuse-toi. Imane ricana légèrement. — Tu veux que je m’excuse auprès de… ça ? Elle fit un geste vague dans ma direction. — Jamais. Ses mots résonnèrent dans toute la pièce. Puis elle me lança un dernier regard rempli de mépris. Et tourna les talons. Ses pas claquèrent sur les escaliers. Disparue. Rachel resta quelques secondes. Gênée. — Je suis désolée… murmura-t-elle. Puis elle suivit sa cousine. Le silence retomba. Je sentais mon cœur battre fort. Trop fort. Mais je ne voulais pas pleurer. Pas ici. Pas maintenant. Myriam soupira. — Excuse-la… dit-elle doucement. Elle a été trop gâtée. Sa mère a eu du mal à avoir des enfants… alors elle est devenue leur trésor. Et parfois… ça donne ça. Je hochai la tête. — Ce n’est pas grave… Même si… ça l’était un peu. Elle posa une main sur mon épaule. — Viens. Nous traversâmes la maison. Chaque pièce était plus belle que la précédente. Des murs clairs, des meubles élégants, une odeur douce… tout respirait le calme. Un monde totalement différent du mien. — Ah, j’ai oublié, dit-elle en marchant, j’ai un fils aîné. Il n’est pas là pour le moment. Tu le rencontreras plus tard. Je hochai la tête. Elle ouvrit une porte. — Voilà ta chambre. Je restai figée. Un lit propre. Des draps frais. Une petite armoire. Une fenêtre laissant entrer la lumière du matin. C’était simple. Mais pour moi… C’était énorme. — Repose-toi. Et surtout, mange. Tu en as besoin. — Merci… murmurai-je. Elle sortit doucement. La porte se referma. Silence. Je restai debout quelques secondes. Puis je m’approchai lentement du lit. Je posai mon sac. Mes mains tremblaient légèrement. Je m’assis. Puis je m’allongeai. Le matelas était doux. Trop doux. Je fermai les yeux. Et tout revint. La fuite. La peur. Les mots. Les regards. Je posai une main sur mon ventre. — On est là… murmuré-je. Une larme coula. — Ô Allah… je sais que Tu as un plan pour moi. Même si je ne comprends pas encore… j’accepte. Donne-moi la force… la patience… et protège mon enfant. Ma voix trembla. — Je suis fatiguée… Je laissai ma tête s’enfoncer dans l’oreiller. Je me sentais en sécurité. Pas totalement. Mais assez pour fermer les yeux. Et me laisser tomber. Dans un sommeil lourd. Profond. Presque réparateur.
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