Avril 1915Comme si la mort ne suffisait pas à rendre notre quotidien malsain, la neige est tombée en ce début avril. La boue nous colle aux uniformes, les gars n’arborent plus qu’une seule couleur, celle de la fange qui, étrangement, se confond avec la m***e. Pourquoi je suis encore de ce monde avec ces bombes qui pètent de tous les côtés ? Je n’y comprends rien. L’aumônier, un brave barbu originaire des Ardennes, m’assure que Dieu me protège. Je lui réponds : « Pourquoi moi et pas mon voisin ou ce petit bleu du pays de Verdun qui a disparu lors de son premier baptême du feu ? » Je ne reçois pas d’explications claires ; je le remercie tout de même d’avoir tenté de me réconforter. D’après les rumeurs, l’état-major serait conscient du moral des troupes « tombé dans les godasses ». Il paraî

