Mai 1915Nous partons demain matin pour le secteur de Calonne afin de consolider de nouvelles tranchées et d’en créer d’autres, enfin… c’est ce qu’on nous dit. Je suis revenu hier soir. Les retrouvailles se sont passées sans grand enthousiasme. Dieu sait si je m’étais conditionné pour être agréable, non pas joyeux, mais au moins comme quand on retrouve les siens après dix mois. Elles m’attendaient… Je les regardai toutes deux avec infiniment de tristesse. L’émotion me nouait la gorge à chaque fois que je prenais ma petite fille dans mes bras. Pourtant, j’aurais dû être fier de ma fillette, si belle, spontanée, qui m’appelait papa, en toute confiance. Nous découvrons nos visages ; elle ressemble à ma mère, teint mat et chevelure noir jais. En douce, à travers les cheveux de ma fillette, j

