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2Les portières de l’ambulance se refermèrent sur une vision de guerre. La place des Halles était dévastée. Tout le centre de Neuchâtel avait bougé, l’impact de la déflagration avait été énorme. Portée par le lac, on l’entendit jusqu’à Estavayer. Sur la place des Halles, la terrasse du bar Le Chariot n’était qu’une cicatrice noire. C’était le dernier jour de l’été, le moment où l’on flâne pour profiter des ultimes rayons du soleil. L’explosion avait soufflé des centaines de promeneurs. Le nuage de poussière continuerait de flotter, tard dans la nuit, comme un voile funèbre sur la ville. Le hurlement de la sirène accompagna le démarrage du véhicule de secours qui prenait sans hésiter la direction de l’hôpital Pourtalès. C’était la sixième ambulance. Les morts et les blessés se comptaient par dizaines. Face à des blessures de guerre, le corps médical était submergé. Les cas les plus lourds étaient acheminés au CHUV de Lausanne ou à l’Inselspital de Berne. Cette victime-là semblait sur le point d’être stabilisée. — C’est qui ? demanda un ambulancier. — Le procureur Jemsen, répondit son collègue. C’est ce qu’ont dit les policiers, ceux qui nous ont aidés à le mettre sur la civière. — Il est salement touché, constata l’ambulancier, en compressant doucement le petit bouillonnement de sang au niveau du visage. — Ce n’est pas le pire, lâcha l’autre. Et il pensa aux morceaux de corps qui jalonnaient les décombres de la place. L’ambulance avançait toutes sirènes hurlantes. Elle contourna le siège de la Banque cantonale neuchâteloise par le couloir réservé des bus, coupa la place Pury et fonça vers l’avenue du Premier-Mars. Le sang du magistrat maculait la civière et tout l’habitacle arrière, et aussi les vêtements des secouristes qui tentaient de le maintenir en vie. Le blessé avait les yeux révulsés et ne répondait pas aux sollicitations des hommes du SMUR. Quand le véhicule pénétra dans le garage du service des urgences, ils le transportèrent immédiatement au bloc opératoire. L’hôpital Pourtalès était comme une fourmilière dans laquelle le pied d’un imbécile aurait shooté. Le personnel en blanc allait et venait, courait dans tous les sens, comme si les nombreuses flaques de sang qui maculaient le sol, les murs et les équipements n’avaient été qu’un élément du décor. Les chirurgiens hurlaient des ordres qui se perdaient dans les couloirs habituellement si calmes du bâtiment. Les aide-soignants criaient.
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