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-Moi : Au début tout le monde m’encourageais et maintenant vous voulez que j’abandonne ? J’ai beaucoup de respect pour ma belle-famille, mais il faut qu’elle sache tout ce que j’ai enduré à cause de Jules. Ma vie n’est plus privée depuis que mon mari a été assassiné et que je suis la principale suspecte. Nous n’avons pas le culte de dénonciation au Sénégal, raison de plus pour laquelle mes propos choquent tout le monde. -Khadija : Tu veux qu’on en reste là, au risque d’avoir des problèmes avec ta belle famille ? Oui tu es prête à continuer ? -Moi : Je suis plus que prête ! J’ai décidé d’être sourde maintenant. -Khadija : Chers téléspectateurs et téléspectatrices, asseyez-vous confortablement car je sens que la suite risque d’être très palpitante. Dieynaba, donc tout marchait comme sur des roulettes avec ton mari ? Plus de trahisons ni de déceptions ? Jules avait décidé d’être à l’hôpital une partie du temps et l’autre, d’ouvrir son propre cabinet. Avant, il dut repartir à Paris afin de faire une formation, qui selon lui, l’aiderait à devenir le meilleur dans son domaine. Elle dura un mois. Ce n’était pas du tout évident pour moi de gérer la maison et autre sans lui. Et le pire, c’était qu’avec le décalage horaire, quand il me téléphonait, j’étais déjà endormie tellement j’étais K.O. Vous savez comment il est difficile de s’occuper des enfants. Ils m’exterminaient de jour en jour. Je n’avais pratiquement plus de vie. Et puis, ils étaient trop têtus. Ils obéissaient plus à leurs pères qu’à moi. Les projets s’accumulaient de plus en plus au bureau, c’était abominable. Pas un jour ne passait sans que je ne me demande ce que mon mari pouvait-être en train de faire. Cependant, comme tout était rentré dans l’ordre, j’essayai de lui faire confiance. A son retour, il était toujours aussi attentionné qu’avant son départ. Il m’avait ramené des chocolats et trois robes. Jules n’avait presque plus de vie. Il avait réalisé son rêve et ce dernier l’avait involontairement éloigné de sa famille. Nous ne le voyions pratiquement plus. Il bossait à sa clinique jusqu’en fin d’après-midi puis enchainait à l’hôpital ou vice versa. Quand il rentrait, soit il était très tard et nous étions déjà au lit, soit très tôt et j’étais sur le point de quitter avec les enfants. C’était dur et les enfants ne cessaient de réclamer leurs pères. -Khadija : ça n’a pas dû être évident hein ? -Moi : Non pas du tout ? Mais que voulez-vous , je prenais beaucoup sur moi. -Khadija : Parles nous de la semaine durant laquelle il a été tué. Comment étaient vos rapports ? -Moi : On ne se voyait pratiquement plus comme expliqué. J’évitai de laisser ma jalousie prendre le dessus. Je sais que mon mari regrettait énormément le fait de m’avoir trahie et cela me suffisait largement. Et puis il faut dire que ça n’allait pas très bien pour moi. La boite pour laquelle je travaillais croulait sous les dettes. Je passais mes journées à balancer mon CV à gauche et à droite. Jules ne cessait de me rassurer en me disant que ce n’était pas la fin du monde : -Jules : Mais où est le drame si jamais tu chômes ? Ce n’est pas comme si je n’avais pas les moyens. Je n’attends rien de toi financièrement et je peux très bien te prendre en charge. Tu pourras rester à la maison et t’occuper des enfants déjà que je suis très rarement présent. Et c’est là qu’on se disputa à nouveau. Les histoires de femme au foyer ce n’était pas fait pour moi. J’admire vraiment celles qui le font. Mais moi, j’avais besoin d’activité pour survivre: -Moi : Quel que soit le temps que cela prendra, je trouverai un autre boulot. A t’entendre parler, c’était comme si tu voulais que je reste à la maison et que j’abandonne l’idée de travailler. -Jules : Oui. C’est un signe du destin. La compagnie pour laquelle tu travailles depuis des années a des soucis et cela fait deux mois que vous n’avez pas perçu de salaire. De mon côté, ma carrière a pris un tout un autre envol. Je suis connu et mes affaires marchent, MashA ALLAH. Nos enfants passent leurs journées avec leurs nounous. Ils ont au moins besoin de l’un d’entre nous. -Moi : Pourquoi c’est moi qui sacrifierais ma carrière ? C’est fou ça ! Tu ne penses qu’à ta propre personne ! -Jules : Ce n’est pas vrai ! Je n’ai pas eu de soucis avec le fait que tu travailles jusque-là. Je me dis juste que ce serait bien que tu arrêtes de bosser et que tu te lances dans le commerce, par exemple. Où tout autre activité que tu choisiras. Je suis même prêt à te financer. Les enfants ont l’air de se sentir négligés et je n’aime pas ça. Il finit par m’amuser. Pendant qu’il réalisait tranquillement ses rêves, il voulait mettre fin aux miens en essayant de me faire culpabiliser en utilisant mes enfants comme prétexte : -Moi : Je vais m’exprimer clairement afin que nous n’ayons plus JAMAIS ce genre de discussion ! Mon entreprise ne marche plus certes, ce n’est pas la fin du monde. Je vais en trouver une autre. Je frapperai toutes les portes afin de mettre plus de chances de mon côté étant donné que dans ce pays, c’est le piston qui marche. Mais arrêter de travailler ne m’a jamais effleuré l’esprit. C’est inenvisageable ! Les enfants sont jeunes et ne comprennent rien à ce qui se passe. Tout ce qui compte pour eux, c’est de savoir que nous les aimons et que nous sommes là pour eux. -Jules : Décidément, je n’ai vraiment point de chance. Une femme qui écoute uniquement pour répondre et pas pour comprendre, pff. Il faut que tu saches que tu n’es pas une toubab Dieynaba. Tu es née et tu as grandi ici, dans une famille m*******e de surcroit, alors renseignes-toi stp sur l’attitude qu’une bonne épouse doit adopter à l’encontre de son mari. Tu me parles comme tu veux, quand je te demande quelque chose, pour l’obtenir c’est la croix et la bannière. Je suis fatigué. Prends exemple sur ta grande sœur. Son mari ne cesse de la tarir d’éloges. Elle respecte son mari et respecte ses volontés. Il faudrait que tu commences à plus la fréquenter afin d’apprendre d’elle au lieu de trainer avec des filles divorcées comme Maty. Je parie que c’est elle qui te donne de si mauvais conseils. Elle n’a aucune expérience en la manière, sinon son mariage n’aura pas été aussi bref. Je sais que si je te demande d’arrêter de la fréquenter, tu refuseras donc je n’insisterai pas. Mais sache qu’elle ne me plait pas. -Moi : Et depuis quand elle te déplait ? Tu l’accueilles toujours avec le sourire à chaque fois qu’elle vient non ? Nous sommes mariés depuis tant d’années et ce n’est que maintenant que tu me le dis ? -Jules : Je m’attendais à ce genre de réaction raison de plus pour laquelle j’ai toujours préféré fermer mon clapet ! Je veux juste que tu comprennes que les fréquentations ont plus d’impact sur nous que nous le croyons. Tu sais, j’admire Ramata. Je ne le dis pas pour t’énerver ou autre, mais c’est vrai. Elle n’a pas d’amis, elle s’occupe très bien de son mari et de ses enfants. Elle est posée et pieuse. Elle ne sort que très rarement, pour aller au marché ou prendre les enfants. J’aimerai que tu apprennes d’elle. -Moi : J’ai ma personnalité, elle a la sienne. Je ne serai jamais elle et elle ne sera jamais moi. Maintenant si tu as des vues sur elle, je te conseille de l’oublier car elle est déjà prise. En ce qui concerne Maty, c’est ma meilleure amie, notre témoin de mariage, et l’homonyme de notre fille. Continue à faire semblant de l’aimer car il est hors de question que j’arrête de la fréquenter. Tu as décidé de tout simplement me pourrir la soirée aujourd’hui c’est ça ? Si je ne suis pas la femme qu’il te faut, tu n’as qu’à tout simplement demander le divorce parce que tu me soules. -Jules : Je pense que c’est mieux que nous arrêtions cette discussion sinon je risque de faire ou dire quelque chose que je risquerai de regretter. Il se leva du canapé sur lequel il était assis. J’entendis la porte d’entrée se refermer derrière lui. Il sortit sans même me dire où il allait. Alors je m’avançai au niveau du balcon pour voir s’il prenait sa voiture ou non, Satou, la nounou vint m’interrompre : -Satou : Tata, j’aimerai te parler si possible ? -Moi : Ce n’est pas vraiment le bon moment Satou. Ça ne peut pas attendre ? -Satou (poliment) : Non tata. Je retournai au salon et me mit à l’aise : -Moi : Très bien, je t’écoute. De quoi s’agit-il ? -Satou : Je m’excuse d’avance pour les propos qui vont suivre. Mais tata, serait-il possible de parler doucement quand tonton et toi vous disputiez car nous vous entendons tous et c’est gênant. La dernière fois, Bébé Maty jouait avec ses poupées barbies et j’ai vu que la Barbie tapait le Ken. Je lui ai demandé pourquoi ils se disputaient, elle m’a répondu : « ils ont des problèmes comme papa et maman ». Tonton et toi pensez peut-être qu’ils ne comprennent pas ce qui se passe mais c’est tout le contraire. Je sais que je suis une simple nounou mais le bien être de vos enfants comptent plus que tout pour moi. -Moi : Non mais tu te prends pour qui Satou ? Qui es-tu pour me faire la moral ? -Satou : Calmes toi stp tata. Je ne te fais pas la moral. Je veux juste que tonton et toi essayiez de trouver un terrain d’entente pour le bien de vos enfants. Voir ses parents se disputaient continuellement, c’est traumatisant. Grandir dans un tel atmosphère rend malade. -Moi : Je suis assez énervée comme ça alors je vais rester très civilisée et cordiale. Tu as de la chance que mes enfants t’aiment beaucoup, sinon je t’aurai f****e dehors, maintenant sors de mon salon ! Toute vérité n’était pas bonne à entendre, encore moins de la bouche de ma nounou. J’avoue que mon attitude avait été un peu exagérée mais c’est toujours ainsi que j’agis lorsque l’on me fait des reproches. Au lieu d’y réfléchir, je me mets sur la défensive. Cela fait-il de moi une mauvaise personne ? NON. Je fis les cent pas dans la chambre et me demandait où mon mari avait-il pu aller. -Khadija : A quel heure ton mari est rentré finalement ? -Moi : Aucune idée. Je dormais déjà. Et le lendemain, il me salua vite fait avant de me dire qu’il ne passerait pas la journée à la maison. Il se rendit dans la chambre des enfants pour leur faire un coucou avant d’être interpellé par Satou. Elle regarda à gauche et à droite pour voir si j’étais dans les parages, puis lui dit : -Satou : Tonton est ce que je pourrai vous parler vite fait svp ? quelque part d'isolé car je ne veux pas que tata se fâche en me voyant vous parler. -Jules : Bien sûr, viens. Allons dans le grand salon comme elle n’y met les pieds que lorsqu’on a des invités. Satou et Jules se précipitèrent dans le grand salon. Jules fit signe à la nounou pour lui demander de s’assoir. Elle s’exécuta : Satou : Tonton, je m’inquiète pour les enfants. Ils ne vous le disent pas mais le fait que tata et toi vous disputez les perturbent vraiment. Même quand ils dessinent, et que je leur demande d’interpréter leurs dessins, ils me disent que ce sont deux personnes qui se chamaillent. Ils ne méritent pas cela. Je vous demande de faire un effort svp, ne serait-ce que pour eux. Jules : Satou, je te remercie d’avoir pris le temps de nous parler de tout cela. Je ne suis pas du genre à crier ou autre, c’est plutôt elle. J’ai beau la sermonner mais elle ne comprend rien. Aujourd’hui plus que jamais, je suis convaincue que tu es une personne magnifique et mes enfants ont beaucoup de chance de t’avoir. Continue à prendre bien soin d’eux, parce que leurs mères n’a pas la fibre maternelle. Je ne sais pas si tu l’as remarqué. Bon faut que je file. Merci encore pour tout. Jules et Satou sortirent précipitamment du salon. Pendant ce temps-là, je restai sur mon lit à changer de chaine chaque minute. J’entendais les enfants rirent et jouer avec leurs nounous de l’autre côté. Je sortis de ma chambre pour câliner mes enfants et voir s’ils avaient mangé : -Moi : Que voulez-vous manger mes amours ? -Alioune : Satou nous a fait des œufs maman. C’était trop bon. J'avais à peine digéré le fait qu'elle ait osé venir m'interpellé hier, qu'elle se permit de toucher à ma ration sans me demander l'autorisation: -Moi : Qui t’as donné l’autorisation de faire des œufs hein ? Tu te donnes trop d’aise toi ! Ici la maitresse de maison c’est moi ! Alioune décida de prendre sa défense : -Alioune : Maman c’est moi qui lui ai demandé de m’en faire. Il ne faut pas être fâchée contre elle stp. -Moi : Aller dans votre chambre svp. Je dois parler à Satou ! -Satou : Tata je suis désolée. Ils avaient faim et vous n’étiez pas encore réveillée. -Moi : Je ne sais pas ce que tu cherches à faire mais ce sont mes enfants. Je les ai porté neuf mois durant alors je ne te laisserai pas les éloigner de moi ! Ma patience a des limites, hors de ma vue. Il me fallait impérativement quitter l’environnement toxique dans lequel je vivais alors je me rendis dans un hôtel de la place. Je réservai une chambre et payai pour avoir l’accès à la piscine et au restaurant. J’y restai pratiquement jusqu’au soir. J’avais appelé à la maison afin de donner des directives quant au dîner. Jules rentra tôt et en profita pour passer du temps avec mes enfants. Satou, qui craignait de bientôt perdre sa place, interpella mon mari à nouveau, une fois les enfants couchés : -Satou : Tonton, je ne veux pas donner l’impression de tout le temps pleurnicher, mais je sens que tata va me renvoyer. Elle n’a pas aimé le fait que je lui donne des conseils car elle ne cesse de me rappeler à l’ordre et de mal me traiter. -Jules : Ecoutes moi bien, c’est moi et moi seul qui te rénuméres alors c’est à moi de valider ou non ton renvoi. Et je ne l’accepterai pas, sois-en assurée. -Satou : Merci beaucoup tonton. -Jules : De rien. Quand j’entrai chez moi, Satou et Jules étaient tous les deux dans le salon en train de regarder la TV. Je dis bonsoir avant de jeter un regard menaçant à la nounou. Je trouvai qu’elle se donnait trop de grands airs. Satou n’était pas n’importe quelle nounou ! C’est une intellectuelle. Elle avait son baccalauréat mais fut obligée d’abandonner ses études pour aider son père qui s’est retrouvé avec deux glaucomes et ne pouvant plus travailler. Elle est assez jolie et s’habillait bien. -Khadija : Hum on sent de la jalousie dans l’air. Moi je trouve que ce n’était pas très gentil de s’acharner sur elle comme ça. Elle n’a fait que dire la pure vérité. Te qualifierais-tu de bonne mère ? Cette question me mit très mal à l’aise. J’avais l’impression que Khadija cherchait à remettre mon rôle de mère en question : -Moi : Nous sommes ici pour parler de mon défunt mari alors je ne répondrai pas à aucune autre question ! Tu t’éloignes du sujet-là !
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