-Khadija : Que s’est-il ensuite passé ?
-Moi : Le lendemain, j’allai dans ma chambre prendre une douche et ranger mes affaires avant d’aller au boulot. Je sortie mon trolley et y rangeai quelque vêtement. Jules me regarda faire avant de dire :
-Jules : Qu’est-ce que tu fais Dieynaba ?
-Moi : Je n’en peux plus Jules. Je ne peux pas vivre comme ça. A la longue, je risque d’avoir le goitre ou la tyroïde. J’en ai par-dessus la tête de tes mensonges. Tu mens tellement que même si je devais t’apporter le Saint Coran pour jurer, tu auras le culot de poser ta main dessus.
-Jules : Où est ce que tu vas ?
-Moi : Loin de toi. Je déposerai les enfants chez ma sœur et moi j’irai chez ma tante ou ailleurs mais il est hors de question que je reste avec un mythomane.
-Jules : Tu veux divorcer, c’est ça ?
-Moi : Je ne te cache pas que cela m’a effleuré l’esprit plus d’une fois, mais je ne veux pas que les enfants souffrent à cause de moi. Alors vaut mieux que je fasse un break.
-Jules : Si tu t’en vas de chez moi Dieynaba ce sera pour toujours ; Ce n’est pas un marché ici.
Je préférai garder le silence. Je préparai les enfants, leur firent le petit déjeuner avant de les déposer à l’école. Ce jour-là, j’ai menti à ma sœur. Je n’avais pas le choix :
-Ramata : Salut sœurette. Comment vas-tu ?
-Moi : Pas très en forme. Je t’appelle pour te demander si les enfants et leurs nounous peuvent rester chez toi pour une semaine STP ? Je dois aller en mission et Jules en séminaire.
-Ramata : Bien sûr. Tu sais que c’est toujours un plaisir de les avoir à la maison.
-Moi : Merci. Je te le revaudrai.
-Ramata : Tu es sûre que ça va ?
-Moi : Oui, je suis juste un peu fatiguée.
Au moins un problème de réglé. La prochaine étape était de trouver un appartement meublé. Une de mes collègues avait un frère dans l’immobilier et ce dernier me proposa un studio meublé dans une résidence avec piscine et le prix était assez abordable. J’avais au moins une dizaine d’appels de Jules. Et au moins six messages :
-Jules : C’était pour savoir à quelle heure comptes-tu rentrer ?
-Jules : Où as-tu jeté ton téléphone ?
-Jules : Bébé ne me fais pas ça. Tu sais que je t’aime.
-Jules : Il faut qu’on parle comme les adultes que nous sommes.
-Jules : La fuite ne résout jamais rien ; Reviens je t’en prie.
-Jules : Tu es la femme de ma vie Dieynaba. Toi et toi seule.
Je ne répondis à aucun de ses textos. Ce n’était pas ce que je voulais entendre, non. Je voulais « LA VERITE ». C’est tout.
Mes migraines ne me lâchaient pas. Je dus demander la permission à mon boss pour rentrer plus tôt. J’avais mal au cœur. Le frère de ma collègue me donna rendez-vous en bas de l’immeuble. Il me fit visiter et c’était très sympa. Jules continuait de m’appeler. Je voulais que lui aussi il fasse le point sur la situation ; qu’il voie comment serait sa vie sans moi, en espérant que cela change quelque chose. J’ignore depuis quand je n’avais pas eu de moment aussi calme. D’habitude quand je rentre chez moi, je suis accueillie par le bruit des jouets des enfants. J’ai à peine le temps de me reposer. Je cours dans tous les sens, je gère le dîner et après il faut sortir ce que mes petits garnements vont mettre le lendemain, les border avant d’aller enfin me mettre au lit. Une fois au lit, il arrive que Jules ait envie de moi etc.
-Khadija : Combien de temps es-tu restée hors du domicile conjugal ?
-Moi : Une semaine et demie, semaine durant laquelle j’ai coupé les ponts avec Jules. Ensuite, j’ai fini par décrocher ses appels.
Il me proposa d’aller manger dehors avec lui et de bien vouloir l’écouter. Après tout, l’erreur est humaine, non ? J’ai donc accepté. Il a sorti le grand jeu ce soir-là. Il savait que j’adorais quand il se rasait alors il avait pris le soin d’aller chez le coiffeur avant.
Comme je ne voulais pas qu’il découvre l’endroit où je logeais, j’avais proposé que l’on se retrouve directement là-bas. Une fois à l’intérieur du resto, il me fit un signe de la main. Souleymane avait porté un Lacoste bleu de nuit qui lui allait à ravir avec un jean et des baskets. Il me tira la chaise afin que je puisse m’assoir puis s’assit à son tour :
-Jules : Tu es ravissante.
Je ne sais pas à quand remontait la dernière fois qu’il ne m’avait pas complimenté. Il ne faisait même plus attention à mes nouvelles tresses ! il avait fallu qu’il sente que je veuille me séparer de lui pour faire attention à moi ?
-Moi : Merci !
-Jules : Je te remercie d’avoir accepté mon invitation. Tu me manques terriblement Dieynaba. Je t’assure.
-Moi : Tu as dit que tu voulais me parler alors je t’écoute !
Il se gratta la tête comme s’il était embarrassé avant de poursuivre :
-Jules : Ces quelques jours passés sans toi m’ont vraiment fait réaliser combien tu comptes pour moi Dieynaba. J’ai fait le c*n, je le reconnais. Je te demande pardon.
-Moi : Donc tu reconnais m’avoir trompée avec ta stagiaire ?
-Jules : Oui mais j’y ai mis un terme. Elle m’a fait les yeux doux et idiot comme je suis, je suis tout bêtement tombé dans le panneau.
Le fait qu’il soit passé aux aveux venait de m’ôter une épine du pied. Je l’aimais même si mon intuition était toujours au rouge.
-Moi : Et que va-t-il se passer si une autre femme te fait les yeux doux hein Souleymane ? Te rends-tu compte que si tu t’étais marié tôt tu aurais pu être son père ?
-Jules : Je n’ai pas réfléchi. STP oublies cette histoire. A partir d’aujourd’hui j’aimerai que l’on efface l’ardoise et que l’on recommence à zéro. Plus de trahison, plus de prises de tête mon amour.
Que ne croirons-nous pas par amour hein ? Il avait beau me blesser, j’en étais toujours amoureuse et être là, en face de lui me rendait si vulnérable…
J’avais besoin de croire que c’était cette satanée fille qui voulait briser mon ménage et que mon mari n’y était pour rien.
Ce soir-là, je retournai dormir à la maison sans les protocoles religieux nécessaires. Après tout, personne ne savait que j’avais quitté le domicile conjugal. Nous passâmes une nuit super torride. Je passerai les détails. Il m'emmena au septième ciel quatre fois d'affilée, comme quoi les disputes ont du bon parfois.
-Khadija : Pensez-vous que cette jeune fille pourrait avoir un lien avec le meurtre de votre mari ?
-Moi : Non je ne crois pas. Elle est jeune et ce genre de fille s’attache facilement mais tourne la page également très vite. A l’heure qu’il est, elle doit sûrement être en train de s’amouracher du mari d’une autre !
-Khadija : Donc tout est revenu à la normale après cette trahison ?
-Moi : Jules faisait tout son possible pour être un bon mari. Nous sortions dîner tous les vendredis rien que lui et moi afin de forger davantage notre couple et de passer plus de temps ensemble.
A la maison, ce n’était plus trop évident car nous étions monopolisés par les enfants..
-Khadija : Je ne cesse de recevoir les même commentaires sur notre page f*******: donc je vais revenir sur un point sensible mais je n’ai pas le choix. Encore une fois, quand tu as découvert ton mari, allongé dans la cuisine, un couteau enfoncé en plein cœur. Pourquoi n’as-tu pas immédiatement appelé la police ou les pompiers ?
-Moi : Parce que j’étais terrifiée. Pourquoi est-ce si dur à comprendre ? quand je panique, je fais n’importe quoi. Ma meilleure amie est beaucoup plus réfléchie et posée que moi raison pour laquelle c’est elle que j’ai appelé en premier.
-Khadija : Pourquoi n’as-tu pas téléphoné à ta grande sœur ou vous ne vous entendez pas bien?
Et voilà, ce fut un enchainement de questions qui me mettait super mal à l’aise :
-Moi : Ramata a sa vie de famille donc je ne voulais pas l’importuner. Maty sait comment gérer ce genre de situation.
-Khadija : Ah oui ? Et qu’a -t-elle fait à son arrivée ?
-Moi : Elle m’a d’abord demandé de me calmer avant d’appeler la police. Elle a essayé de garder son sang-froid pour que je ne panique pas encore plus.
-Khadija : Ta meilleure amie n’est pas mariée ?
-Moi : Non elle ne l’est plus. Est-ce important ?
-Khadija : Non. Je suis juste curieuse. Défaut professionnel, désolée. Faisons une petite pause. Nous reviendrons après la page publicitaire.
Je me rendis aux toilettes me rafraichir un peu. Mon téléphone se mit à vibrer. C’était Coumba, la petite sœur de Jules:
-Moi : Hello ma puce ça va ?
-Coumba (d’un ton sec) : Non ça ne va pas ! Dieyna, tu veux salir le nom de mon frère c’est ça ?
-Moi : Non. Comment peux-tu penser cela ?
-Coumba : Jules était un homme bien et il ne t’aurait jamais fait autant de mal. Pourquoi racontes-tu tous ces mensonges ?
-Moi : Coumba, je te jure que tout ce que je viens de raconter est vraie ! Je n’ai rien inventé du tout.
-Coumba: Oulimata avait raison sur ton sujet. Tu es vraiment mauvaise et ingrate. Nous t’avons toujours bien accueilli et traitée et c’est ainsi que nous rend l’appareil ? En salissant la réputation de notre famille ?
-Moi : Coumba tes propos me blessent, je te jure. Dis moi pourquoi j’inventerai tout ça hein ? Il est et reste le père de mes enfants. Je ne pouvais pas permettre que le monde entier me montre du doigt ! Les gens ont besoin de savoir ce que j’endurai !
-Coumba : Tout tourne autour de ta personne ! Donc tu préfères te mettre à dos ta belle-famille pour que le monde entier ait une bonne opinion de ta personne ? Chapeau !
J’espère pour toi que maman n’est pas en train de t’écouter, car elle risquerait de faire un arrêt cardiaque. Elle souffre déjà assez comme ça.
-Moi : Je pensais que tu serais de mon côté comme tu l’as toujours été mais ce n’est visiblement pas le cas !
-Coumba : Tu aurais dû nous demander notre avis avant d’exposer la vie de mon frère. Tu n’avais pas le droit Dieynaba. Il va être détesté à cause de toi.
-Moi : Et moi hein ? Que je sois détestée ne vous importune pas ?
-Coumba : Toi tu es vivante ! mon frère est mort ! Tu entends ? MORT !
-Moi : Tu penses que je n’en suis pas consciente hein ? Je te signale que je suis celle qui dormait tous les jours à ses côtés !
-Coumba : Ca ne compte plus, aujourd’hui tu es celle qui a mordu la main qui te nourrissait !
J’entendis Khadija frapper à la porte. J’imagine qu’elle devait s’inquiéter comme je n’étais toujours pas sortie des toilettes :
-Khadija : Tout va bien là-dedans ?
J’avais les larmes aux yeux. Coumba était encore au bout du fil car je l’entendais respirer. Mais je ne pouvais plus continuer :
-Moi : Oui Khadija, je sors comme ça, j’avais un appel.
-Coumba : Je te laisse, apparemment tu dois continuer à mordiller le corps de mon frère. CIAO !