chapitre 3

3757 Words
Le message resta affiché sur l’écran du téléphone de Léo comme une brûlure lente : > "Arrête de chercher des réponses. Ce que tu ignores peut encore te protéger." Il relut la phrase plusieurs fois, espérant y déceler une faille, un indice, quelque chose. Rien. Pas même une signature. L’expéditeur restait anonyme. Il copia le message, mais hésita à l’envoyer à Fresh ou Gabriel. Quelque chose lui disait que cette affaire dépassait le simple cadre d’un message bizarre. Il glissa lentement le téléphone dans sa poche, ses pensées en alerte. — C’était quoi ce message ? insista Fresh, inquiet. Léo le regarda, puis balaya la cour d’un regard rapide. Autour d’eux, les élèves semblaient vaquer à leurs activités. Certains couraient sur la piste, d'autres discutaient ou regardaient leur montre connectée. Tout paraissait normal. Beaucoup trop normal. — Un avertissement, répondit-il enfin. Anonyme. — Tu penses que c’est en lien avec Luna ? Ou avec la bombe ? Léo hésita. — Je sais pas. Mais quelqu’un nous observe. Et pas seulement à cause de ce qui s’est passé au stadium. Fresh croisa les bras, son regard dur. — Faut qu’on reste vigilants. À deux, on est plus forts. — Non. À trois, corrigea Léo. On doit en parler à Gabriel ce soir. --- La journée continua comme un rêve éveillé. Léo assista à des cours de stratégie d’entreprise, d’analyse de crise, et même à un atelier de rhétorique animé par une ancienne conseillère politique. Tout était soigneusement orchestré, comme si chaque module avait pour but de leur apprendre à contrôler, anticiper, diriger. Mais ce n’était pas ce qui dérangeait Léo. C’était l’obsession du contrôle. Les couloirs étaient remplis de caméras. Des détecteurs thermiques balayaient discrètement les salles. Des agents en civil prenaient des notes pendant les cours. Et chaque mouvement des élèves semblait enregistré. Au déjeuner, il s’installa à une table avec Fresh et Gabriel. Le plateau en métal contenait des aliments équilibrés, servis mécaniquement. L’ambiance dans la cantine était calme, presque trop. — Je crois qu’ils analysent même la façon dont on mange, chuchota Fresh. — Tu rigoles ? répondit Gabriel en croquant dans un morceau de pain. — Pas du tout, rétorqua Léo. J’ai compté quatre caméras rien qu’au-dessus de notre table. Et regarde là-bas : cette fille, elle n’a rien dit depuis qu’elle est entrée. Elle observe tout le monde. Ils tournèrent légèrement la tête. Une élève aux cheveux bruns et à l’uniforme impeccable était assise seule, le regard neutre. Elle tenait son couteau et sa fourchette comme si elle obéissait à un protocole. Et pourtant, elle ne mangeait pas. — Elle fait partie du décor ou quoi ? murmura Gabriel. Léo fronça les sourcils. La fille leva subitement les yeux dans leur direction, comme si elle avait entendu. Et elle sourit. Un sourire bref, mais précis. Comme un message. — Ok. Ça, c’est flippant, dit Fresh en reposant son verre d’eau. — On doit savoir dans quoi on a mis les pieds, murmura Léo. — C’est pas nous qui avons mis les pieds ici. C’est eux qui nous ont poussés dedans, ajouta Gabriel. --- Après le déjeuner, ils eurent une période libre. Chose rare. Léo en profita pour marcher seul jusqu’à l’espace vert derrière le bâtiment administratif. Là, il trouva un petit banc de pierre, caché derrière une haie parfaitement taillée. Il s’assit, sortit son téléphone, et ouvrit la conversation avec Luna. Toujours rien. Aucune réponse. Il hésita, puis tapa un nouveau message. > « Je sais que ton père ne veut pas que tu parles de lui. Mais moi, j’ai le droit de savoir ce qui s’est passé. On était ensemble, Luna. Tu me dois au moins une réponse. » Il n’appuya pas tout de suite sur « envoyer ». Il fixa l’écran. Hésita. Puis referma l’application sans l’envoyer. Il ne voulait pas paraître désespéré. Pas encore. Un bruissement dans les feuillages le fit se lever brusquement. Il se retourna. Personne. Mais quand il reprit sa place sur le banc, il découvrit un petit papier plié en deux, posé juste à côté. Il le saisit, le cœur battant. Il était écrit, à la main, avec une encre noire : > « Arrête de creuser. Tu n’es pas prêt pour ce que tu trouveras. » Aucune signature. Aucune trace. Mais cette fois, ce n’était pas numérique. Quelqu’un s’approchait de lui physiquement. Il se releva lentement, regarda autour de lui, mais la haie était dense, et aucun mouvement ne trahissait une présence. Il rangea le mot dans sa poche. Ce soir, il en parlerait à Gabriel. Et à Fresh. Plus question de garder ça pour lui. S’ils voulaient découvrir la vérité, ils allaient devoir se serrer les coudes. Et ne plus faire confiance à personne. Le reste de la journée passa dans un flou étrange. Léo se sentait constamment surveillé, ses pas épiés. Les yeux des autres élèves étaient comme des microscopes, et chaque conversation semblait chargée de sous-entendus. À chaque coin de couloir, il avait l’impression qu’un regard perçant se fixait sur lui, analysant chaque geste, chaque parole. Quand la fin de la journée arriva, Léo se précipita vers le lieu de rendez-vous habituel. Le parking des voitures, là où il retrouverait Fresh et Gabriel. Il ne pouvait plus rester sans en parler. Ce qu’il avait découvert, ces messages, ces avertissements, tout ça n’était plus une simple coïncidence. Quelque chose de plus grand, plus sombre, se mettait en place. Il arriva au coin de la rue, où une voiture noire attendait. Fresh était déjà à l’intérieur, ses yeux scrutant les alentours. Il sembla relâcher un peu de pression en voyant Léo approcher. — Alors, t’as trouvé quoi ? demanda-t-il, les sourcils froncés. Léo se glissa dans la voiture. Gabriel était assis à côté de Fresh, ses bras croisés. Le regard inquiet, il attendait la réponse. — Il y a quelque chose de très étrange ici, répondit Léo, la voix basse. Ce ne sont pas que des surveillances, des caméras ou des mesures de sécurité. C’est comme si on nous manipulait pour nous faire croire qu’on est à l’abri. — Quoi, tu veux dire qu'on est juste des pions ? s’interrogea Gabriel, son ton nerveux trahissant son inquiétude. Léo hocha la tête. — Oui. Et je pense qu’on n’est pas les seuls à avoir reçu des messages. Quelqu’un ici veut que l’on arrête de creuser, mais c’est trop tard. Je sais qu’on est dans une sorte de jeu, mais je n’ai pas encore vu le but. Fresh soupira. — Ok. Donc on attend qu’ils nous fassent une offre qu’on ne pourra pas refuser ? Parce que là, c’est un peu flippant, non ? — Ce que je sais, c’est que ce n’est pas un accident qu’on soit ici, coupa Léo. Quelqu’un a décidé de nous amener ici. Et je parie que ce n’est pas une coïncidence si Luna, elle aussi, a été tirée dans tout ça. Son père est sûrement impliqué. Mais le pire, c’est qu’ils semblent savoir tout de nous. Tout. Il marqua une pause, cherchant ses mots. — Quelqu’un ici joue dans l’ombre, et on est les pions d’un échiquier qu’on ne comprend même pas. Les deux autres le fixèrent, gravement. — Si ce que tu dis est vrai, on doit trouver une solution, dit Gabriel. Et vite. Je ne sais pas pour vous, mais j’ai pas envie de finir comme les autres, juste des pièces sur un tableau de contrôle. Fresh se tourna vers Léo. — Et Luna ? Tu veux qu’on fasse quelque chose à propos d’elle ? Parce qu’elle nous fait bien comprendre qu’elle aussi a ses secrets. J’ai pas confiance. Léo garda les yeux fixés sur la route, ses pensées tournées vers la jeune femme. Il n’avait pas eu le courage de lui envoyer son dernier message, mais il savait qu’il fallait en savoir plus sur elle. Après tout, elle était aussi un pion dans cette histoire, mais un pion qui semblait détient des clés cruciales. — On va la revoir, répondit-il d’un ton ferme. Pas ce soir, mais demain. Elle sait plus qu’elle ne le laisse entendre, et je veux comprendre. Le reste du trajet se fit en silence, chacun absorbé par ses pensées, les visages marqués par les révélations récentes. Ils arrivèrent à la maison de Gabriel sans échanger un mot. Léo s’éclipsa rapidement dans sa chambre, prit son téléphone et regarda à nouveau le message de Luna, toujours non envoyé. Il hésita longuement. Chaque fois qu’il voulait appuyer sur le bouton d’envoi, une nouvelle pensée le freinait. Ce message risquait de tout changer. Mais la vérité, elle, n’attendrait pas. Finalement, il se résolut à l’envoyer. > « Luna, je t’ai laissé un message plus tôt, mais je pense que tu es la seule personne qui puisse m’aider à comprendre ce qui se passe ici. On doit parler. » Il fixa l'écran, attendant, une boule dans le ventre. Quelques secondes passèrent avant que la réponse n’arrive. > « Ne cherche pas. C’est trop dangereux. » Léo sentit un frisson lui parcourir l’échine. Cette fois, il n’était plus seul à porter le fardeau. Quelqu’un d’autre, quelque part dans l'ombre, était là, et il voulait l’empêcher de découvrir ce qui se cachait vraiment sous cette façade d’Académie prestigieuse. Il posa son téléphone sur la table et regarda la fenêtre. La nuit venait de tomber, mais Léo savait que les ténèbres de cette affaire ne feraient que grandir. Ce qui avait commencé comme une simple mission, une exploration d’un monde inconnu, devenait désormais une lutte pour la survie. Léo n’était plus qu’un pion dans un jeu dangereux, mais il comptait bien changer les règles. --- Le lendemain, après un long moment d’hésitation, il se rendit de bonne heure à l’Académie, espérant croiser Luna. Il n’était pas sûr de la manière de procéder. Mais il savait qu'il devait agir avant que l’ombre ne l’avale tout entier. Quand il aperçut Luna dans la cour, elle était seule. Il s’avança sans détour, se frayant un chemin à travers la foule d’étudiants. Elle se tourna lentement en le voyant approcher, son visage toujours aussi impassible. — Tu sais pourquoi je suis là, Luna, dit-il, sans préambule. Tu es la seule à pouvoir m’aider à comprendre ce qui se passe ici. Et je compte bien savoir la vérité. Elle le regarda un instant, puis tourna la tête vers la porte de l’Académie. — Il est trop tard pour ça, murmura-t-elle. Tu n’es plus en sécurité. Ni toi, ni personne. Léo fixa Luna, abasourdi par ses mots. — Qu’est-ce que tu veux dire par “plus en sécurité” ? Qui nous menace, Luna ? Elle détourna le regard, puis attrapa doucement le poignet de Léo et l'entraîna vers un coin isolé du bâtiment, à l’abri des oreilles curieuses. — Il y a des choses que tu ne comprends pas encore, souffla-t-elle. Cette école... elle n’est pas ce qu’elle semble être. Mon père m’a placée ici non pas pour mes études, mais pour surveiller certaines personnes. Dont toi. Léo recula d’un pas, le cœur battant à tout rompre. — Me surveiller ? Mais pourquoi ? Qu’est-ce que j’ai à voir avec tout ça ? — Je n’ai pas toutes les réponses. Mais je sais que ton père, Jordan, possède des entreprises qui dérangent beaucoup de monde. Et que certaines personnes, très haut placées, craignent que tu hérites un jour de ce pouvoir. Ils t’observent. Ils veulent contrôler ce que tu deviens. Léo sentit la colère lui monter à la gorge. — Mon père ne m’a jamais parlé de tout ça ! Je pensais que c’était un homme d’affaires comme un autre ! — Justement. Ce qu’il te cache est peut-être encore plus dangereux que ce qu’il montre. Ton père est au cœur d’un réseau de pouvoir, et toi, tu es une pièce-clé. S’ils peuvent t’influencer, te manipuler, ils s’assureront que tu ne sois jamais une menace. Léo inspira profondément, tentant de maîtriser la tempête dans son esprit. — Et toi, Luna ? Tu fais partie de ce système ? Elle le fixa longuement, puis hocha lentement la tête. — Mon père travaille pour eux. Il m’a dit de t’approcher. D’apprendre à te connaître. De gagner ta confiance. Et je l’ai fait. Mais ce que je n’avais pas prévu, c’est de m’attacher à toi. Un silence lourd s’installa. — Alors tu m’as menti depuis le début, dit Léo, amer. — Oui, admit-elle, la voix brisée. Mais pas sur tout. J’essaie de t’aider, même si je n’ai plus beaucoup de temps. Ils savent que je suis allée trop loin. Je risque gros en te parlant. Léo serra les poings. — Tu dois tout me dire. Je veux savoir qui ils sont. Ce qu’ils veulent exactement. Luna jeta un regard derrière elle, comme si elle craignait qu’on les surprenne. — Il y a une réunion secrète prévue ce soir. Dans l’un des anciens entrepôts près du port. Mon père y sera. D’autres aussi. Si tu veux des réponses, c’est là-bas que tu dois aller. Mais fais attention... s’ils te repèrent, ils ne te laisseront pas partir. — Je viendrai, répondit Léo sans hésiter. Je ne peux plus fuir. Pas maintenant. Luna posa une main sur son bras. — Sois prudent, Léo. Et n’en parle à personne. Pas même à Fresh. Pas même à Gabriel. Léo hocha la tête, mais au fond de lui, il savait qu’il n’irait pas seul. --- Le soir venu, dans la chambre qu’il partageait avec son frère, Léo faisait les cent pas, le cœur lourd. Il ne voulait pas trahir la confiance de Luna… mais il ne pouvait pas partir à une réunion secrète sans prévenir ses alliés les plus proches. Il attrapa son téléphone, tapa rapidement un message et l’envoya à Fresh. > « Rejoins-moi dehors, seul. C’est urgent. » Quelques minutes plus tard, Fresh surgit derrière le portail de la maison, le visage inquiet. — Qu’est-ce qu’il y a ? demanda-t-il. Léo lui raconta tout. Luna, son aveu, la réunion, les risques. Fresh resta silencieux un moment, puis souffla : — On n’a pas le choix. On doit y aller. Mais pas sans Gabriel. — Luna m’a dit de ne prévenir personne. — Tu veux crever seul dans un entrepôt à cause de tes principes ? Gabriel est ton frère. Et moi, ton ami. On sera discrets, promis. Mais on te laisse pas y aller tout seul. Léo hésita une seconde, puis hocha la tête. Quelques instants plus tard, les trois garçons, habillés en noir, s’éclipsèrent dans la nuit en direction du port. Le quartier du port de Ligther était plongé dans l’obscurité. Seuls les lampadaires grésillants et quelques néons rouges éclairaient les docks déserts. Léo, Fresh et Gabriel marchaient à pas feutrés entre les entrepôts silencieux, guidés par l’adresse que Luna lui avait envoyée plus tôt dans l’après-midi. — C’est là, murmura Léo en pointant du doigt un vieux bâtiment couvert de tôle rouillée, un numéro à moitié effacé au-dessus de la porte. Gabriel fronça les sourcils. — Tu es sûr que c’est une bonne idée ? Si Luna dit vrai, ce qu’on va découvrir là-dedans pourrait mettre en danger toute notre famille. — Justement, répliqua Léo. Je ne peux plus ignorer ce qu’il se passe. Papa nous a caché trop de choses. Si on veut protéger notre avenir, il faut comprendre contre qui on se bat. Fresh hocha la tête en silence. Il n’avait pas l’habitude d’être sérieux, mais ce soir, quelque chose dans l’air l’avait changé. Ils contournèrent le bâtiment et découvrirent une porte latérale entrouverte. Une lumière faible filtrait à travers l’ouverture. Léo s’y glissa en premier, suivi de ses deux complices. Ils traversèrent un couloir sombre avant d’arriver dans une grande salle. Une vingtaine de personnes étaient réunies autour d’une grande table circulaire. Des visages graves, des costumes sombres, des murmures étouffés. Au centre, un homme parlait d’une voix calme mais autoritaire. Léo le reconnut aussitôt : c’était le père de Luna. — …nous devons renforcer notre contrôle sur les entreprises de la ville. Jordan Leger refuse de coopérer. Il protège ses fils. Et si nous ne faisons rien, ils finiront par nous échapper. Gabriel pâlit en entendant le nom de leur père. Fresh jura à voix basse. — Qui sont ces gens ? souffla-t-il. — Un genre de conseil de l’ombre, murmura Léo. Des décideurs. Peut-être même des criminels. Ils veulent tout contrôler. Un autre homme prit la parole. Il portait une cicatrice sur le visage et un regard froid comme l’acier. — Il faut aller plus loin. Nous avons les moyens d’effrayer Jordan. S’il ne plie pas, alors nous frapperons là où ça fait mal : ses fils. Un frisson parcourut l’échine de Léo. Gabriel posa la main sur son épaule. — Il faut sortir d’ici. Maintenant. Mais au moment où ils se retournèrent, une main se referma sur l’épaule de Fresh. Un garde, visiblement posté à l’entrée arrière, les avait repérés. — Qu’est-ce que vous faites là ?! cria-t-il. Le silence tomba dans la pièce. Tous les regards se tournèrent vers eux. Léo sentit son cœur exploser dans sa poitrine. — Courez ! hurla-t-il. Les garçons se mirent à courir à toute vitesse dans le couloir, poursuivis par deux hommes. Des coups de feu résonnèrent dans le bâtiment, les balles sifflant à quelques centimètres de leurs têtes. Ils réussirent à sortir par la même porte qu’ils avaient utilisée pour entrer. Léo attrapa un vieux conteneur pour le bloquer derrière eux. — Par ici ! cria Gabriel. Ils dévalèrent les ruelles sombres du port, le souffle court, les muscles en feu. Ils ne s’arrêtèrent qu’une fois arrivés à la zone résidentielle de Ligther, haletants, recouverts de sueur. — C’était… c’était quoi ça ? souffla Fresh, les yeux écarquillés. — Ce n’était que le début, répondit Léo. Maintenant on sait à quoi on fait face. Et on ne peut plus faire marche arrière. --- Dans le silence qui suivit, Gabriel prit la parole : — Papa doit savoir. Il est en danger. Et nous aussi. Léo secoua la tête. — Non. Il doit nous faire confiance cette fois. Il a protégé ce secret trop longtemps. Maintenant, c’est à notre tour de protéger notre famille. Le lendemain matin, la maison des Leger semblait calme, presque paisible. Mais derrière cette façade, les cœurs étaient en ébullition. Léo, Gabriel et Fresh s’étaient couchés tard, épuisés par leur fuite. Ils avaient dormi peu et mal. Dans la cuisine, Jordan lisait le journal, les traits tirés, une tasse de café à la main. Elise préparait des œufs en silence. Léo descendit, les mains dans les poches, l’air grave. Gabriel le suivait de près. Fresh, qui avait passé la nuit chez eux, entra à son tour. — Vous avez l’air fatigués, fit remarquer Elise. Quelque chose ne va pas ? Léo prit une grande inspiration. Il échangea un regard avec Gabriel, puis avec Fresh. — Papa, faut qu’on te parle. Jordan leva les yeux. Son regard devint soudain plus attentif. — On t’écoute. Léo s’installa en face de lui. — On sait que tu nous caches quelque chose. Ce que tu fais. Les ennemis que tu as. Hier soir, on est allés dans un entrepôt au port. On a surpris une réunion. Des gens parlaient de toi… et de nous. Jordan pâlit légèrement. Sa mâchoire se crispa. — Tu n’aurais pas dû y aller. — On devait savoir, répliqua Gabriel. Ils veulent te forcer à céder. Et s’ils ne réussissent pas… ils veulent s’en prendre à nous. Un silence tendu s’installa. Elise s’arrêta de remuer ses œufs. Jordan posa sa tasse. — Depuis longtemps, je suis au courant de ces réunions. Je ne fais pas que gérer mes entreprises, les garçons. Je protège ce quartier. J’ai refusé de me soumettre à ceux qui veulent tout contrôler à Ligther. Ce groupe, on l’appelle le Consortium. Ce sont des hommes d’affaires, des corrompus, des financiers… et certains anciens amis. — Lucky en faisait partie ? demanda Fresh. Jordan hocha la tête, lentement. — Oui. Et ton père, Fresh. Il a travaillé pour eux pendant un temps. Fresh tressaillit. — Tu veux dire… qu’il a été avec eux ? — Pas exactement. Il les a approchés, mais il s’est vite rendu compte de ce qu’ils étaient vraiment. Il a tout quitté. C’est pour ça que je lui fais confiance. Et c’est pour ça qu’ils nous surveillent tous. Léo baissa les yeux. — Et Luna ? Elle est mêlée à tout ça aussi ? Jordan hésita, puis répondit : — Son père est un membre influent du Consortium. Mais je ne sais pas si elle est au courant de tout. Elle pourrait être en danger, elle aussi. Gabriel frappa du poing sur la table. — Alors on fait quoi ? On ne peut pas juste attendre qu’ils viennent nous faire du mal. — Non, répondit Jordan. On va prendre les devants. Il se leva, l’air déterminé. — Je vous ai trop tenus à l’écart. Il est temps que vous sachiez tout. Et que vous appreniez à vous défendre. Pas seulement avec vos poings, mais avec vos têtes. Parce que ce qui arrive, c’est une guerre… et elle ne se gagne pas qu’en se battant. Elle se gagne en étant plus malin. Léo et Gabriel échangèrent un regard. Pour la première fois, leur père ne leur parlait plus comme à des enfants. Il les traitait en hommes. Fresh se leva aussi. — Je suis avec vous. Jusqu’au bout. Elise s’approcha lentement et posa une main sur l’épaule de Jordan. — Alors faisons-le ensemble. --- Quelques heures plus tard, au lycée, Léo retrouva Luna. Elle semblait nerveuse, regardant sans cesse autour d’elle. — Est-ce que tout va bien ? lui demanda-t-il doucement. Elle hocha la tête. — Mon père… il devient étrange. Je crois qu’il sait que je te parle. Léo la fixa, sérieux. — Si tu veux que je sois honnête avec toi, Luna, il faut que toi aussi tu le sois avec moi. Tu savais pour ses réunions ? Elle baissa les yeux. — Pas tout. Juste… qu’il dirige quelque chose de plus grand. Il m’a toujours dit de ne pas poser de questions. — C’est peut-être le moment d’en poser. Elle releva la tête, hésita… puis soupira. — D’accord. Je veux t’aider, Léo. Mais promets-moi une chose. — Laquelle ? — Que tu ne me laisseras pas seule. Peu importe ce qu’on découvre. Léo lui tendit la main. — Promis. Et dans ce serrement, il y avait plus qu’un accord. Il y avait une promesse de loyauté… et peut-être, les premières lueurs d’un sentiment plus fort.
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