CHAPITRE 7 — LE SANG DES TERRES

470 Words
La bataille se scinda comme la terre que l’on frappe d’un coup de lance. Ekang avait compris que Bikok ne pouvait être vaincu en un seul point. Les stratèges ennemis cherchaient l’enlisement, la confusion, l’épuisement. Il décida donc de diviser ses forces, prenant un risque immense, mais nécessaire. Deux lieux. Deux affrontements décisifs. Deux portes vers l’annexion totale. Le premier choc eut lieu aux grottes de Akok Bekoe. Ces grottes, anciennes et profondes, étaient réputées pour être des lieux de passage entre le monde des hommes et celui des esprits. Basogo Enyegue y avait positionné ses meilleurs guerriers, convaincu que le terrain étroit annulerait la supériorité numérique d’Ongola. Les parois rocheuses résonnaient des chants de guerre et des invocations anciennes. Fuda Ewondo mena l’assaut. Dans l’ombre des grottes, le combat devint brutal, presque animal. Les lances se brisaient contre la pierre, les boucliers glissaient sur le sang. Basogo Enyegue combattait comme une tempête enfermée dans un corps humain. Chaque coup était fatal, chaque avancée arrachée au prix de vies. — Tu combats pour une terre qui a déjà choisi son maître, lança Basogo. — La terre ne choisit pas, répondit Fuda. Elle se soumet. Leur affrontement fit trembler Akok Bekoe. Pendant qu’ils s’affrontaient, Obougou tenta un rituel ancien, appelant les esprits enfermés dans la roche. Mais Ngang Medza était déjà là. Il traça des signes avec de l’argile et murmura des paroles interdites. Les esprits se turent. Basogo comprit trop tard. Lorsque Fuda Ewondo porta le coup décisif, les grottes cessèrent de résonner. Akok Bekoe tomba. Pendant ce temps, la plaine de Ngoumou devint un océan de poussière et de cris. Là, Kolo Beti affrontait Ndzié Etoa. La plaine offrait tout ce que les grottes refusaient : espace, vitesse, chaos. Les charges se succédaient, les formations se brisaient. Ndzié Etoa combattait sans peur, frappant avec une violence désordonnée mais terriblement efficace. — Tu n’unifieras rien, Ekang ! cria-t-il à travers le tumulte. Kolo Beti répondit par l’acier. Leur duel attira les regards de centaines de guerriers. Chaque choc de leurs armes semblait décider du sort de la plaine. Lorsque Kolo Beti parvint enfin à renverser son adversaire, la ligne de Bikok céda. Les villages alentours tombèrent les uns après les autres. Ngoumou, puis les terres s’étendant jusqu’aux zones actuelles de Mbalmayo, ouvrirent leurs portes ou furent prises de force. Les chefs locaux jurèrent fidélité à Ekang, conscients que résister davantage ne ferait qu’augmenter le nombre de morts. À la fin de la journée, Bikok n’existait plus en tant que royaume indépendant. Ekang observa les terres nouvellement annexées. Il n’éprouvait aucune joie. Seulement le poids d’un pouvoir qui s’étendait désormais bien au-delà de ce qu’il avait imaginé. — Ce n’est que le début, murmura-t-il. Et quelque part, dans le silence laissé par les morts, les esprits prirent note de son nom.
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