IIITout le monde se retournait maintenant et regardait sans comprendre cet homme criant et gesticulant qui courait dans leur direction. Pour lui, c’était un de ces cauchemars où on court et on n’avance pas, on crie mais la voix se heurte à un écran invisible. D’une part, il commençait à s’inquiéter de n’apercevoir nulle part Nancy. De l’autre, il avait envie de bousculer tous ces gens qui posaient sur lui des regards vides ou déjà agacés parce qu’il les dérangeait.
En plein soleil, sur ce promontoire d’où on contemplait les îles dans le lointain brumeux, tout semblait s’être figé et la vie, prendre un relief surprenant, comme quand on se réveille soudain sans plus savoir vraiment pourquoi on est là.
Il s’arrêta de courir. Les bruits d’une activité normale revenaient lentement. Il nota, au loin, le ronflement de l’hélicoptère qui s’en allait maintenant vers Brest.
— Attendez !
Des groupes s’éloignaient devant lui, inquiets peut-être à la vue de cet énergumène et craignant déjà des ennuis. Du geste, il voulut les retenir tandis qu’il reprenait son souffle et tâchait encore d’identifier Nancy au milieu de la foule.
— Écoutez… Non, ne partez pas ! Il y a eu un accident… quelqu’un qui est tombé… là-bas.
Il montrait du doigt la direction des Tas de Pois.
— Y a-t-il un médecin parmi vous ?
Quelqu’un s’avança qui semblait avoir compris.
— Un accident de la route ?
— Non, pas du tout. Une chute. Quelqu’un qui faisait de l’escalade et qui a dévissé. Là-bas, à cent mètres à peine. Mais d’ici, c’est vrai qu’on ne voit rien.
Ceux qui avaient entendu commençaient à presser le pas dans la direction indiquée par Jean-Gabriel. Comme une vague qui reflue, la foule massée au pied de la croix de Lorraine et au bord de la falaise changea de direction pour migrer maintenant vers le lieu de l’accident. Il soupçonna que certains espéraient déjà filmer ou prendre encore des photos. Il insista :
— S’il vous plaît ! Personne n’est médecin ici ?
Il suivait maintenant le mouvement des curieux qui s’éloignaient sans plus s’intéresser au paysage. Prêt à s’énerver, il prit par le bras un homme qui passait à côté de lui sans lui prêter la moindre attention.
— Hé ! Qu’est-ce que c’est que ces manières ?
— Excusez-moi, il y a quelqu’un qui…
L’autre le dévisageait.
— Non rien, excusez-moi…
Désemparé, il lâcha le bras de cet homme qui sembla littéralement prendre la fuite. D’un coup d’œil circulaire, il vérifia encore que Nancy restait en dehors de son champ de vision.
— Je ne suis pas médecin, je suis infirmière. Si je peux faire quelque chose en attendant mieux…
C’était une petite femme brune, au regard éveillé. Une cinquantaine d’années peut-être. Il la trouva immédiatement sympathique, tant son comportement contrastait avec celui des autres.
— Je vous remercie. Oui, si vous voulez venir…
JG allait l’entraîner à sa suite quand il avisa l’homme juste à côté qui semblait encore méfiant.
— Qu’est-ce que vous voulez ?
La femme se tourna vers celui qui semblait être son mari.
— Laisse. Ce monsieur a besoin d’aide. Il y a eu un accident. Je dois y aller.
— Ah ! Très bien.