Chapitre IV

807 Words
IVLes choses s’accéléraient. Tandis qu’ils couraient vers la pointe rocheuse, la femme s’arrêta près d’une Citroën bleu marine. JG pensa un instant qu’elle voulait peut-être s’esquiver aussi. Il eut un geste comme pour la retenir. — N’ayez crainte ! Je veux seulement prendre mon portable pour appeler le SAMU. Elle composait un numéro et expliquait brièvement la situation tandis qu’ils repartaient au pas de course pour arriver enfin au bord de la plate-forme rocheuse. Parmi les curieux qui s’étaient maintenant rassemblés, ils se frayèrent un passage vers le rebord dominant la mer. Tout demeurait pétrifié dans la lumière éblouissante de midi, exactement comme l’avait vu JG, environ deux minutes plus tôt. En fond sonore, dans les graves, le bruit des vagues et, très haut dans les aigus, le piaillement hystérique des goélands. En bas, les bateaux semblaient rester sur place, peut-être pour mieux observer la scène de l’accident. Dans ce décor de tragédie, toujours inerte, suspendu à son harnais, le grimpeur, les bras en croix, tournait lentement dans le vide. On devinait dans le lointain le battement des pales d’un hélicoptère qui se rapprochait. Depuis que l’accident s’était produit, il s’était écoulé moins de cinq minutes, mais cela semblait dans un temps différent et désordonné où la pensée perdait ses repères. Jean-Gabriel revint en arrière et, au-dessus des touristes rangés en demi-cercle, chercha encore une fois Nancy du regard. Comment pouvait-elle ainsi demeurer invisible ? Le promontoire vers la croix de Lorraine était à présent désert sous un soleil de plomb. Un instant, il revit la silhouette gracieuse tandis qu’ils gravissaient ensemble le chemin. En un éclair, il croisa son regard violet quand elle se penchait vers lui et lui criait de faire attention. Mais l’infirmière qui avait maintenant mesuré la gravité de la situation lui parlait : — Je vais essayer de descendre pour me rapprocher. Vous pouvez m’aider ? Comme son mari voulait s’interposer, elle le rassura d’un geste et prit la main de Jean-Gabriel qu’elle jugeait apparemment plus souple et plus apte à la retenir. Puis elle descendit avec difficulté de deux mètres environ, avant de s’avouer incapable d’aller plus loin : — Je ne peux pas. C’est trop difficile pour moi… — Tu vois bien que c’est trop dangereux, ça va faire deux blessés au lieu d’un, ou encore pire. Remonte ! Et en plus, les secours arrivent. Aidée par les deux hommes, elle se hissa de nouveau à leur côté. — Je suis désolée, c’est au-dessus de mes forces. Mais, d’après ce que j’ai pu voir, il a l’air très mal en point. Quelqu’un lui tendit une paire de jumelles qu’elle braqua aussitôt sur le blessé. — Oh ! C’est presque un gosse ! C’est désolant, ils sont tellement imprudents ! À nouveau, les événements se précipitaient. L’hélicoptère qu’on entendait arriver depuis quelques instants se posait juste derrière le groupe des curieux qui s’écartaient devant un médecin approchant à longues enjambées, suivi d’un infirmier. — Anjalbert, médecin urgentiste. Qui est-ce qui m’a appelé ? — C’est moi, je suis infirmière – elle ajouta comme si c’était important – à Nantes. Le bruit du rotor obligeait à crier et, tandis qu’il mourait dans une espèce de gémissement, on entendait aussi les klaxons de plusieurs véhicules de pompiers. L’infirmière montra du doigt le grimpeur toujours dans sa position pitoyable. — Il est tombé et il a perdu connaissance. Je ne peux pas vous en dire plus, je n’ai pas pu m’approcher. — Heureusement, vous risquiez de tomber aussi. Et ça n’aurait rien arrangé. — Ah, tu vois… C’était le cri du cœur du mari que les pompiers faisaient reculer en même temps que les touristes, dégageant ainsi un périmètre de sécurité pour mettre en place leur matériel de secours. En plus du médecin du SAMU, il y avait maintenant les pompiers que l’hélicoptère de la Marine Nationale avait alertés. JG se tourna vers l’infirmière restée à côté de lui. À un homme en uniforme qui voulait les éloigner, il expliqua leur présence comme témoins. — C’est moi qui ai cherché du secours et c’est cette dame qui a appelé le SAMU. Mais je voudrais… — OK, restez par là, s’il vous plaît. Il dut s’écarter. On avait très rapidement installé des treuils, visiblement les pompiers avaient l’habitude de ce genre d’accident, et deux hommes descendaient déjà le long de la paroi. JG les regardait en même temps qu’il examinait la foule rassemblée où il n’arrivait pas à comprendre l’absence de Nancy. Un nœud douloureux commençait à se former dans son estomac. — C’est bon, remontez-le ! L’ordre était crachoté par une radio et l’on vit se rapprocher lentement le grimpeur inanimé. Il fut déposé sur une civière avec toutes les précautions requises pour éviter d’aggraver son état. Et comme on défaisait son harnais pour glisser un coussin gonflable sous son côté gauche, le médecin s’exclama : — Arrêtez ! Il faut soigner, il y a une blessure qui saigne abondamment… Hé ! Il y a quelque chose là… merde alors ! On dirait une blessure par balle ! Soulevez doucement. Il se pencha plus près et examina longuement la blessure. — OK, posez-le sur le côté… oui, comme ça. Bon, ben, y a aucun doute. Donc je lui fais juste de quoi supporter le transport et on l’évacue tout de suite sur La Cavale Blanche. Un des pompiers demanda : — Les flics vont arriver, on ne les attend pas ? — Ah non, il est encore vivant, pas question de prendre des risques en perdant du temps ! On stoppe l’hémorragie et on évacue.
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