Point de vue de Skander
Olympe, Alpha, Lundi soir, 11 c°
Bâtiment centrale d’OMEGA
« - Mmh… Il ne m’a pas loupé. » Je me redresse avec beaucoup de difficulté tout en glissant douloureusement ma main droite sur mon cou.
« - À peine arrivé et tu te retrouves déjà à l’infirmerie. » Me lance le toubib de tout à l’heure.
« - Oh, vous êtes là ! » Je le remarque enfin.
« - Oui, j’ai du boulot. » Il m’informe.
« - Les fioles de sang ? Avouez, vous êtes un vampire. » Je me permets de le taquiner un peu.
« - Si seulement. » Il souffle avant de me tourner le dos. « - Pourquoi cacher votre identité ? » Il me questionne soudainement.
« - Comment ? » Je vérifie instinctivement si mon masque est toujours sur mon visage.
« - Nous n’avons pas pu le retirer. » Il me partage alors qu’il note je ne sais quoi sur des fiches.
« - Oui. » Je ne sais pas quoi lui répondre.
« - Reposez-vous, je reviens dans une heure. » Il me conseille en me faisant face.
« - Oui… merci. » Je dis d’une petite voix. « - Excusez-moi, mais où sommes-nous ? Je ne reconnais pas les lieux. » Je lui demande.
« - Nous sommes à l’étage des laboratoires. Je reviens. » Il finit avant de quitter la pièce.
Je me laisse tomber sur le matelas. Je ferme les yeux, essayant de me reposer un peu plus. J’essaye de remettre de l’ordre dans ma tête et dans la chronologie des événements. Je devrais éviter de les chercher et me la fermer. Je viens sûrement de me faire deux ennemis. Ils vont sûrement tenter de m’éliminer dès le début.
Je passe lentement ma main sur la peau de mon cou. Ça me servira d’avertissement. Ayant du mal à me rendormir, je décide d’inspecter les lieux. Je me redresse avant de sortir du lit. Rien de bien différent, une grande pièce blanche meublée de machines. Le designer manquait cruellement d’imagination et de créativité.
Je me dirige vers le bureau du médecin. Je tombe sur des documents. Je me permets de jeter un coup d’œil sur ces fiches. Je reconnais mon numéro d’admission sur le papier, 404. Les cases sont à moitié remplies. Le médecin n’a sûrement pas encore fini d’analyser mon sang.
L’ennui me prend et la fatigue aussi. Je retourne à ma place. Je m’allonge et remonte la couverture sur mon corps. Je ferme les yeux, le ventre encore vide. Je leur ferai payer ça. Ils ont gâché la seule occasion que j’avais pour me remplir l’estomac.
Olympe, Alpha, Mardi, 15°C
Bâtiment central d’OMEGA
Je suis actuellement en train de manger le tout premier vrai repas de ma vie. Je ne pensais pas que le pain pouvait être aussi bon. C’est la toute première fois que je mange un pain chaud, à la fois croustillant et moelleux. J’ai l’impression que la mie fond délicatement sur ma langue.
« - C’est moi où il chiale en mangeant un simple bout de pain ? » Lance le fameux Tim, incitant les autres à se moquer de moi.
« - Tu devrais faire de même, Simplet. » Je lui réponds. « - C’est sûrement le dernier pain chaud que tu mangeras avant ta mort. » Je lui rappelle.
« - Tu me menaces ? » Il abat son poing sur la table qu’il occupe avec ses amis.
« - Non, je te préviens. » Je le confronte ouvertement.
« - Ce qu’il s’est passé hier ne t’a pas servi de leçon ? » Il pousse sa chaise avant de se diriger vers moi comme un prédateur prêt à se jeter sur sa proie.
« - Tu crois que ta petite caresse va me faire peur ? » Je me lève à mon tour.
« - Je vais te tuer ! » Il me crache agressivement.
« - Essaie pour voir. » Je le provoque tout en me rapprochant.
« - T’es mort, minus ! » Il attrape violemment le haut de mon crâne de sa large main.
La fin est proche, me lance la petite voix dans ma tête.
« - ASSEZ ! » Une voix grave et autoritaire se répand comme un rugissement bestial dans la pièce.
Nous nous figeons tous les deux dans le temps. Tim et moi, nous nous fixons silencieusement. Le jeune homme plante ses yeux dans les miens. Il ne cherche je ne sais quoi dans mon regard avant de détourner son attention sur autre chose. Je fais de même, ne comprenant pas trop son geste.
Je suis son regard et tombe sur la bête féroce qui a réussi à calmer tout le monde en un seul mot. Le lion a rugi et le bas peuple s’est tu. Je tombe sur un corps athlétique, de larges épaules et des bras parfaitement sculptés dans la roche. Je continue le chemin jusqu’à sa mâchoire carrée habillée d’une barbe fournie. Nos yeux se connectent une fraction de seconde avant que je ne jette un coup d’œil à sa chevelure. Rares sont les hommes qui portent aussi bien une telle longueur. Le roi porte parfaitement sa crinière.
« - J’en ai plus que marre de votre raffut. » Il grogne tout en abattant violemment sa main sur la table.
« - Pourquoi tu t’excites, la tête à coiffer ? » Les mots sortent de ma bouche sans que je puisse rien contrôler.
« - La tête à coiffer ! » Explose de rire le jeune homme assis à côté du Roi Lion sous tension.
Au vu de la ressemblance, ce jeune damoiseau doit être son petit frère. C’est la toute première fois que deux frères sont convoqués pour une seule et même partie. Le plus vieux me foudroie du regard avant de faire signe à son frère de se taire à son tour.
« - Des frères. » Je me contente de dire, la main de Tim encore sur mon crâne.
« - Qu’est-ce que tu cherches ? » Me lance la crinière.
« - La paix dans le monde. » Je réponds volontairement à côté.
« - Il se fout carrément de toi. » Commente le jeune frère.
« - C’est donc vous, les Murray ? » J’attends une confirmation.
Tim me relâche alors que les deux frères prennent soudainement un air un peu plus sérieux. Je pense que j’ai touché un point sensible. Il est strictement interdit de décliner son identité avant le début de la partie. Cette règle a été mise en place pour éviter toute prise de parti ou alliance avant le début du jeu.
Mais ils n’ont jamais dit qu’on avait l’interdiction de dévoiler les identités de nos adversaires.
« - Comment est-ce possible ? » Tim me questionne.
« La liste des convocations était sur toutes les tables des toubibs qui se chargent des prélèvements.» C’est ce que j’aurais répondu si j’étais bête.
« - J’ai deviné. » Je conclus avec un petit ricanement avant de leur tourner le dos. « - Je vous laisse les gars ! » Je fuis lâchement le danger.
À seulement trois pas de la grande porte, le son de chaises qui tombent au sol brise le silence que j’ai laissé derrière moi. Je déglutis difficilement avant de fermer les yeux.
« - Attrapez-le. » Ordonne le roi.
Et ça recommence...