Chapitre 3

2944 Words
Chapitre 3 Anna Maintenue sur une table en pierre, ma sœur se trouvait à mes côtés. Protégée par l’épaisseur de ses vêtements et de son long manteau de cuir, les effets des rayons UV ne furent une torture que pour moi. Arrivant à garder les yeux ouverts, je pouvais enfin la regarder. Les traits tirés. Sa mâchoire serrée creusait ses joues. Sa chevelure rassemblait dans un chignon ne laissa aucune mèche se dérober ce qui raffermit plus encore son apparence. Elle s’était maquillée simplement. Un simple coup de crayon autour de ses yeux et du mascara noircissant plus encore son regard émeraude, similaire au mien. Tout en elle était différent. Sa froideur et son indifférence furent suffisantes pour me brutaliser. Elle n’avait pas besoin d’objets tranchants. Elle n’avait qu’à me regarder comme elle le faisait. — Qu’est-ce qui est arrivé à Melinda ? Lui demandai-je ce qui attira son regard. Après cette nuit, je n’ai jamais osé lui rendre visite. — Pourquoi me demandes-tu cela ? Chercha-t-elle à comprendre. — Parce qu’elle était ma nièce, dis-je en la dévisageant. — Elle est morte aujourd’hui. Tout le reste importe peu. — A moi ça m’importe, dis-je avec sincérité. — Elle est morte de vieillesse, tout simplement, m’avoua ma sœur avec une fausse indifférence. Auprès de son fils et de sa fille. — Comment s’appelaient-ils ? — Alessandro et Tea. — Tu les as connus ? — Non, dit-elle. Pour elle, j’étais morte et il était préférable de le rester. — Alors comment sais-tu ce qu’elle est devenue ? — J’ai continué de veiller sur elle afin de m’assurer qu’elle ne manque de rien et surtout qu’elle soit toujours bien traitée. C’est la sœur de maman qui a pris soin d’elle après cette nuit. — Adélaïde ? Sylvia acquiesça d’un hochement de tête. — Elle est donc partie vivre en France. J’en ai fait de même. Je ne voulais pas qu’elle soit trop loin de moi, même si j’ai fini par m’éloigner d’elle petit à petit. Des pas se firent entendre et toute émotion disparue. — Lucius est en chemin. — Sylvia, je t’en prie, ne me fais pas ça, tremblotai-je en songeant à ce qu’il pourrait me faire. Je ne pourrai pas supporter de redevenir celle que j’étais autrefois. Tu le vois. Tu le sais. Je ne suis plus rien de ce monstre sanguinaire. Je suis redevenue moi. Tu n’es pas en train de condamner le vampire cruel et machiavélique que j’étais autrefois. Osant prendre sa main posée près de la mienne, je serrais vigoureusement ses doigts dans l’espoir qu’un simple contact puisse raviver celle avec qui j’avais grandi. Je pensais qu’elle se détournerait, voire même qu’elle me repousserait. Au lieu de cela, son regard resta figé sur nos doigts entrelacés. Elle serra et desserra les dents, sachant qu’elle devait me rejeter. Avec son pouce, elle caressa le revers de ma main. — Tu m’as manqué, lui avouai-je. Ses yeux émeraude se plongèrent dans les miens quand elle se jeta à mon cou pour enfoncer la lame de son poignard contre ma nuque. — Ne me touche pas ! S’écria-t-elle. Tu penses sincèrement que ces faibles paroles peuvent avoir le moindre impact sur moi ? (Son rire me glaça l’échine). Nous verrons si tu seras plus encline à pardonner lorsque tu auras tout perdu. La porte grinça pour dévoiler Lucius accompagné de Jean. Leur pouvoir envahit toute la pièce au point de me sentir oppressée. Je tournai mon regard vers eux. — Tu n’es pas aussi forte que tu le crois, commença Lucius à l’attention de mon aînée. — Je ne t’ai pas demandé ton avis alors la ferme, répliqua-t-elle sèchement. — Amour, si j’ai un conseil à te donner c’est de ne pas te montrer offensante envers Lucius, lui conseilla-t-il en posant ses doigts sur ses épaules. Parfaitement apprêté, Jean était un ravissement pour les yeux. Avec sa chevelure châtain reposant sur ses épaules, qu’il pouvait de temps à autre rassembler dans un élastique et ses vêtements luxueux parfaitement assortis, Jean avait tous les artifices pour être considéré comme un bel homme. Tout en lui transpirait l’argent. Autrefois, je n’étais attirée que les hommes dont l’apparence était irréprochable, à la Jared. Mais les choses étaient différentes à présent. J’appréciais toute forme de simplicité, y compris au niveau de l’apparence. Nick était un bel homme, mais il n’avait pas besoin d’artifice supplémentaire pour accroître sa beauté. Son intérieur dégageait une aura lumineuse qui l’embellissait plus encore. A mon sens, Jean était d’ailleurs bien trop apprêté pour la situation. Venir dans un costume bleu argenté pour rencontrer une prisonnière dans une cellule miteuse qui n’eut pas le loisir de prendre une douche depuis son arrivée, était une forme d’extravagance. — Bonjour Mademoiselle Andolini, me salua Jean bien trop chaleureusement pour que ce soit sincère. — Tu n’es qu’un connard ! Ma remarque me valut de prendre son poing en pleine figure. — Commence ton travail Lucius, trancha Jean d’une voix autoritaire. Le sorcier sortit ses jouets fétiches en argent, pointus et tranchants et vint se placer derrière moi. En dépit de la peur que je ressentais, je me renfermai sur moi-même pour ne pas laisser son pouvoir m’atteindre. La douleur débuta quand il enfonça la première tige en argent dans mon crâne. Je resserrai vigoureusement ma poigne sur la table en contenant un gémissement plaintif. Ses incantations incompréhensibles débutèrent et le tintement de sa voix s’imprégna dans mon esprit. Il se propagea en moi tel un liquide dans mes veines pour s’attaquer à la partie la plus fragile de mon être. Mon âme. Il me mettait à l’épreuve, arrivait par à-coup pour me soumettre à sa volonté. Paralysée sous l’effet de sa magie, j’avais la sensation de ne plus contrôler mon propre corps. — Tu ne pourras pas me combattre plus longtemps, Anna. Sa voix raisonna dans mon esprit sans pouvoir le repousser. Des goûtes de sueur perlèrent mon front, tandis que tout mon corps commença à gesticuler, prise de convulsions. — Bon tu ne me laisses pas d’autre option, me déclara-t-il. Il récupéra la seringue contenant de l’argent sous forme liquide pour l’enfoncer dans ma nuque. — Tu me vois navré d’employer de telles pratiques, mais… — Allez-vous faire foutre, crachai-je avec le peu de force me restant tandis que le liquide dégoulina en moi. Prise de spasme soudainement, je ne contrôlais plus mon geste. Tout mon sang se fit dévorer par l’argent jusqu’à se propager dans toutes mes articulations au point de me paralyser. Puis, survint une deuxième tige. Une troisième. Une quatrième. Là tout devint incontrôlable. Un hurlement s’extirpa d’entre mes lèvres tant la douleur fut abominable. Mon corps ne m’appartenait plus. — Libère l’animal. Suis tes instincts. Cesse cette bataille contre toi-même… — Je ne renoncerai pas, lui assurai-je. Une lumière éblouissante se dégagea du bout de ses doigts pour se répondre et glisser dans chacun de mes pores. Ses incantations se firent plus dures et plus violentes. Sa voix grave se mélangea aux tintements de mes beuglements qui se firent de plus en plus bestiaux. Le vampire, dans le but de me protéger, me posséda pour tenter d’atténuer la douleur. Je tentais de me défaire de mes liens, mais c’était un combat interne. Toutes tentatives pour me mouvoir furent un échec. Je n’arrivais pas à bouger. J’étais figée sur ma place. Puis sans que je ne comprenne, mes mains bougèrent. Mes liens furent défaits et je me redressai abruptement. Que se passe-t-il ? Paniquai-je. Quittant la table sur laquelle j’étais allongée, je m’installais devant Lucius et le regardais longuement. Je voulais le frapper, le ruer de coups, mais j’étais dans une cellule, enfermée dans mon propre corps. A travers ses lunettes, je pouvais voir mes yeux révulsés, mes crocs sortis prêts à attaquer la première proie possible et mes pommettes veineuses dévoilant l’animal. Qu’a-t-il fait de moi ? — Tu es sûre qu’elle est inoffensive pour nous ? Se soucia ma sœur, peu rassurée de se trouver en ma présence sans que je ne sois attachée. Lucius se contenta d’acquiescer d’un hochement de tête avant de lui adresser un sourire machiavélique. — Demande-lui ce que tu souhaites. Elle obtempèrera à chacune de tes requêtes, lui promit-il. Ma sœur quitta les bras de Jean pour tourner autour de moi. Elle me toisa d’un regard inquisiteur. Cherchant une faille, un signe qui lui attesterait que j’étais un danger pour elle. Ainsi, elle n’hésita pas à me gifler lourdement, ce qui manqua de me décrocher la mâchoire. Et pourtant, mon corps resta de marbre. — Lorsqu’un vampire est sous mon emprise, il ne ressent aucune douleur, aucun mal. C’est pourquoi c’est un être si redoutable. Il peut tout surmonter. Brûlure. Coupure. Torture. Argent. Qu’importe sa blessure, rien ne peut l’arrêter. Il combattra jusqu’à ce que mort s’en suive. — Et son esprit reste à l’intérieur ? — Anna est consciente de ce qu’il se passe. Elle te voit et t’entend. Mais elle n’a aucun moyen d’agir. Je pourrais l’enfermer dans la noirceur si je le souhaitais. — Est-ce que ça peut le tuer ? — C’est une possibilité, mais ce n’est encore jamais arrivé. Une adolescente d’à peine quinze ans fut subitement amenée par deux vampires appartenant à la garde de Jean. Poussée au centre de la pièce sans le moindre ménagement, la jeune fille tomba lourdement en frappant la tête la première. L’odeur du sang se fit sentir aussitôt. Recroquevillée sur elle-même, elle pleura à chaude larme, totalement effrayée de se retrouver ici. Ma sœur marcha dans sa direction d’un pas rapide avant de l’attraper violemment par les cheveux pour la redresser. Je voulais m’avancer pour la protéger. Seulement, mon corps n’était plus mien. Comment ma sœur pouvait-elle faire cela ? C’était une enfant, une gamine, pourquoi vouloir que je la malmène ainsi ? — Tue-la, exigea ma sœur. L’horreur me gagna à l’entente de sa requête. Refusant cette possibilité, je n’hésitais pas à débuter un combat interne pour ne pas les laisser détruire une vie. — NON ! M’écriai-je, ce qui fit reculer aussitôt mes agresseurs. Les yeux rivés sur ma sœur, je me sentais trembloter tandis que mes poings restaient serrés au point de faire saigner les paumes de mes mains. Prise de spasme. Je me sentis trembloter de toute part. — Qu’est-ce qui se passe ? Ne comprit pas Sylvia. — Quelle force, s’impressionna Lucius en tournant autour de moi les mains cachées dans son dos. Elle est véritablement le vampire le plus puissant que j’ai eu la chance de rencontrer. (Il se plaça dans mon champ de vision pour mieux m’analyser). J’aime beaucoup les challenges, tu sais ? Se réjouit-il. Ramenez-la dans sa cellule. Je vais devoir me montrer plus… novateur. **** Nick Figé devant la pluie venant s’abattre en trombe sur la mer méditerranée, j’observais le tonnerre frapper avec véhémence, comme s’il ne pouvait plus se contenir après des semaines de silence. Les nuages noircissaient et plongeaient la ville plus profondément encore dans la morosité. Je n’aimais pas la pluie, même si elle était nécessaire. Elle enlaidissait les lieux dans laquelle elle se trouvait, au point de les rendre méconnaissables. De mon côté, je préférais la beauté d’une terre enneigée ou d’une plage ensoleillée plutôt qu’avoir à supporter les tourments d’un orage dévastateur. Et pourtant, les nuages dégageaient une telle puissance. Rien qu’à imaginer la quantité d’eau contenue dans l’épicentre était, dès plus impressionnant. Toutes les lumières du domaine étaient allumées. Ici, l’économie d’énergie n’existait pas. Retournant sur le canapé de cuir devant la télévision, ma fille dormait à poing ferma. Sa joue reposait sur son oreiller et son doudou. Admiratif face à elle, je n’arrivais toujours pas à réaliser que j’avais pu engendrer une merveillosité. Avec sa chevelure brune s’étalant sur son dos et son visage angélique, je me retrouvais totalement subjugué par ma progéniture. Toute la journée fut un tourbillon d’activités plus qu’éreintante. En parfait papa, je m’étais bien évidemment couvert de ridicule pour le bonheur de ma fille, ce qui avait attiré la moquerie de Logan et Nina. Il n’y eut qu’Alicia qui s’en garda, vu qu’elle se retrouvait pour son frère dans la même situation. A mesure où les jours s’écoulaient, un changement opérait en elle. La jeune femme brisée retrouvait peu à peu son sourire et pas uniquement en présence de son frère qu’elle voulait préserver du monde extérieur. Elle redevenait blagueuse, enthousiaste et surtout heureuse. Après avoir brutalisée et violée par Léo – l’ex amant vampire de sa mère – Alicia était en train de redevenir elle-même. Comment ? Grâce à Sébastian. Ce dernier lui avait montré un autre monde. Son monde. Où la violence, l’immoralité et la monstruosité n’existait pas. Il lui prouva que le Conseil était protecteur et surtout qu’il faisait partie des valeureux. Pourtant je ne l’appréciais guère. Le fait qu’il soit l’ancien d’Anna ne me rendit guère objectif, mais il avait su montrer sa valeur. Il fut le soutien principal d’Alicia jusqu’à ce qu’elle finisse par s’amouracher de lui. Tous vivaient leur propre histoire. Ilena auprès de Tom. Mon meilleur ami, Logan était totalement épris de Nina. Quant à Alicia, elle vivait le parfait amour avec Sébastian. Même s’ils étaient ma famille, voir des couples heureux, s’aimant éperdument me rappelèrent inexorablement ce que je n’avais plus. Anna m’avait été arrachée. Des talons aiguilles attirèrent mon attention. Je levais les yeux pour découvrir une blonde à la démarche fluide et rapide qui traversa le salon avant de s’arrêter devant moi. Je crus un instant qu’elle était un vampire. Seulement, depuis mon arrivée ici, j’avais constaté que les vampires ne se souciaient guère de ma présence et surtout ne prenaient pas la peine de m’accorder le moindre regard. Pour eux, je n’étais qu’un humain, qui n’avait pas la place qu’il méritait. Être en plus le petit ami d’Anna attirait bien souvent la jalousie voire même de la haine. — Bonsoir, me salua-t-elle. — Bonsoir, dis-je quelque peu surpris. — Vous êtes… un humain, n’est-ce pas ? — Oui, ça ne se voit pas ? Demandai-je avec une pointe d’ironie. — C’est assez évident à vrai dire. Les vampires ne prennent rarement le temps de répondre à mon « bonjour » d’habitude. Enfin à l’exception des Le Blanc et d’une jolie rousse, me rétorqua-t-elle avec un sourire au coin des lèvres. Je suis Samantha Gauthier. — Nick Castle, me présentai-je en tenant ma main vers elle. — C’est votre fille ? Me demanda-t-elle en se mettant à genou pour mieux l’observer. — Oui, dis-je fièrement. Pourquoi ne vous ai-je jamais vu au Manoir avant aujourd’hui ? — Disons que j’avais besoin d’un peu de normalité. Nous revenons de notre voyage à Hawaï. — Hawaï ? Dis-je avec une pointe de nostalgie. Vous avez beaucoup de chance, c’est très beau. — Vous vous y êtes déjà rendu ? — Pour ma lune de miel. C’était il y a plusieurs années maintenant. Mon cœur s’emballa dans ma poitrine à cette pensée. Cette époque d’insouciance me manquait. Il était tellement rassurant par moment de ne pas avoir conscience du monde se trouvant autour de nous. En plus des craintes que faisaient naître l’avenir pour ma fille, je devais maintenant m’inquiéter du monde des vampires qui contenaient ses propres règles, ses propres doctrines et surtout ses propres dangers. Lorsque j’avais rencontré Anna, je n’avais pas cru une seule seconde qu’elle puisse représenter tant de choses : le bien, le mal, la sensibilité, la crainte, la générosité, la destruction, l’espoir, la haine, l’amour. — Ma fille va être très heureuse de savoir qu’une petite fille de son âge se trouve au Manoir. — Puis-je vous demander pourquoi une humaine et une enfant se trouvent ici ? — Quelles sont vos raisons ? Me rétorqua-t-elle quelque peu sur la défensive. — La femme que j’aime, Anna, s’est faite emprisonnée par Jean, le fils de Louis. (Elle acquiesça). Qu’en est-il de vous ? — Disons que je partage le même ADN que la famille Le Blanc, déclara-t-elle ce qui me prit par surprise. Les Le Blanc se sont toujours efforcés de garder une distance certaine avec leur famille humaine, mais il était très important pour eux de veiller sur nous. — Il s’est passé quelque chose dans ce cas ? — Mon mari était… v*****t, admit-elle difficilement. Mon oncle Louis est intervenu. Il lui a mis la raclée de sa vie avant de m’amener ici, dans sa demeure avec ma fille. En dépit du temps écoulé, les yeux de Samantha dégageaient toujours une souffrance certaine que les années ne pourraient jamais guérir totalement. — Ma chance a été d’avoir trois oncles et deux tantes d’un peu plus de deux mille ans, dit-elle sur le ton de l’humour pour ne pas dévoiler sa gêne. Bien sûr, ça a nettement réduit mes relations humaines, mais au moins j’ai trouvé un lieu sans danger pour ma fille. — Ce n’est pas trop étrange d’éduquer son enfant dans un milieu pareil ? Ça éveille énormément de questionnement à ma fille. Même si les vampires sont similaires à nous en apparence, elle comprend bien qu’ils ont quelque chose de différent. Notamment dans la démarche, la posture ou leur façon de s’habiller. — Au début, c’était très compliqué. Marcus a tout fait pour nous faciliter la tâche. Jusqu’à ce qu’il décide de nous construire notre propre maison dans les jardins du Manoir, éloigné de l’étrangeté de leur monde. D’ailleurs, si vous voulez un peu vous éloigner des vampires, vous êtes le bienvenu, me proposa-t-elle avec sympathie. J’acquiesçai, réjoui par cette perspective. — C’est une très bonne idée, lui confirmai-je. — Alors prévoyons-nous cela demain, si ça vous dit ? — Avec plaisir. — A demain dans ce cas, me dit-elle. — A demain. Nous éloigner de tout cela, même si c’était pour un instant éphémère nous ferait le plus grand bien. Surtout pour Emma. Je ne pouvais pas lui dire ce que les vampires représentaient. Je craignais qu’elle se remémore le souvenir de sa mère se faisant attaquer par… Dimitri. Jamais, nous n’avions évoqué ce moment. Elle me parlait pourtant régulièrement de Sarah. Je me demandais parfois si elle n’avait pas préféré enfouir ce souvenir afin d’atténuer ses peines. Seulement, je savais que toute douleur enfouie finissait un jour ou l’autre par ressortir, et des fois de la plus mauvaise des façons. Mais comment évoquer cela à une enfant ? L’enveloppant de mes bras pour la ramener dans son lit, j’eus un sourire lorsque dans un gémissement elle reposa sa joue contre mon torse. Dire qu’à une époque, elle tenait dans mes deux mains. Maintenant, ses jambes et ses bras débordaient. Du bout des lèvres, je l’embrassai sur le front. Traversant les couloirs pour me retrouver devant la porte de sa chambre, à seulement quelques pas de la mienne. Je poussai la porte avec le bout de mon pied. L’allongeant dans son lit, elle resta attachée à son doudou. — Bonne nuit mon bébé, murmurai-je avant de rabattre la couverture pour la maintenir bien au chaud. Sur le point de fermer la porte derrière moi, je l’entendis : — Papa ? Sa voix endormie me réchauffa le cœur. Elle était tellement adorable. — Que se passe-t-il mon cœur ? — Anna est rentrée ? Percevant toute la douleur dans sa question, je ne pus me résoudre à la laisser se rendormir toute seule. Ainsi, je vins prendre place à ses côtés au point qu’elle ne vienne se caler dans mes bras. — Où est-elle papa ? — C’est compliqué, soufflai-je ne sachant pas quoi lui dire. Je ne voulais pas lui mentir ouvertement, mais en même temps je ne pouvais pas lui dire la vérité. — Elle… elle est partie… rejoindre maman ? Se peina-t-elle la gorge nouée par l’émotion. — Non, lui assurai-je en la resserrant plus ardemment. — Elle va revenir, hein ? — Je l’espère mon cœur. — Pourquoi est-ce qu’elle est partie ? Elle nous aime plus ? — Tu crois vraiment qu’elle puisse cesser de t’aimer toi, lui soufflai-je lui caressant sa joue portant une succession de larmes. Anna est partie parce qu’elle n’a pas le choix. Mais où qu’elle est, quoiqu’elle fasse, je sais que tu es toujours dans son cœur. — Ça me rend triste qu’elle ne soit plus là.
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