-Alors ne pars pas.
Je ne peux pas faire plus et je ne peux pas faire mieux. Finalement je ne suis pas si peu sociable que ça ou alors c'est ce garçon qui est magique. Une chose est sûre, il a touché mon âme au plus profond. À l'origine c'était pourtant un journée banale, je sortais de la fac et je suis venue me détendre pour la fin des premiers partiels en bouquinant à mon café préféré. Je n'aurais pas cru tomber sur lui. Ne sachant que faire d'autre, je finis mon café et reprends ma lecture. Oui je sais, j'aurais pu continuer la conversation et en apprendre d'avantage sur lui mais je vous l'ai dit je ne suis pas douée pour cela. J'ai fait ma béat pour au moins deux ans, même si je sens que ça n'est pas terminé. Alors que je me plonge à nouveau dans mon roman, je me sens propulsée à la place de l'héroïne. Je compatis à son malheur et pleure avec elle. Il doit me prendre pour une pauvre fille qui pleure pour un rien mais pour le coup je m'en fiche. Mon livre passe avant. Quand je l'eus terminé, quelle ne fut pas ma surprise de voir qu'en fait il est vivant ! Ensuite comme à mon habitude je ferme le livre avec une profonde nostalgie de l'avoir fini et je pense à l'histoire en général, ce que l'héroïne a vécu et à quelle sera la suite de son aventure. Quand je lève les yeux, il est là en train de me regarder, une bière à la main. Je ne l'ai même pas vu se lever pour commander, j'étais trop obnubilée par mon livre. Il aurait pu partir, j'aurais pu ne jamais le revoir et je ne l'aurais même pas remarqué. Quand il finit d'avaler sa gorgée, il me sourit et j'en fais de même. Si j’ai répondu à ce sourire c'est à cause de l'euphorie d'avoir fini mon livre, pas grand monde peut comprendre ce bonheur. Quand je regarde sur la table, je vois une bière posée devant moi qui m'attend sagement. Génial j'adore les bières ! Mais je ne lui ferai pas l'honneur de me laisser acheter par une simple boisson. -Tu dois avoir soif après toutes ces émotions. Je te l'offre de bon cœur, ne refuse pas, ça n'est pas bien de refuser un cadeau.
-Savais-tu que le don désintéressé n'existe pas ? L'autre attend toujours quelque chose en retour. Et faire des cadeaux à quelqu'un oblige l'autre à être redevable et le met dans une mauvaise posture et qui plus est, place l'autre entant que dominant. Je déteste devoir quelque chose à qui que ce soit et désolée mais je ne suis pas du genre soumise.
-Tu as raison tu devrais m'offrir une voiture en échange, là au moins tu serais dominante et tu n'aurais plus mauvaise conscience. La chose qui s'ensuivit fut vraiment étrange. Non je ne lui paya pas une voiture, je ne lui donna pas d'argent, des extraterrestres n'ont pas envahis le café, ni la CIA d'ailleurs. C'est pire que tout cela réuni. J'ai littéralement ris. Je venais de lui déverser ma connaissance sur les dons et les cadeaux d'un trait espérant qu'il se sente, je n'en sais rien, gêné. Ou qu'il rit en se moquant de ma désinvolture à propos de tout mais non il a fait mieux que tout ça, il est allé dans mon sens. Bravo Peter tu es décidément à la hauteur, tu es unique en ton genre, tu viens de monter en flèche dans mon estime. J'aime beaucoup son sens de la répartie, il est simple, direct et très drôle. -J'aurais jamais cru t'entendre rire ce soir.
Il me fait un grand sourire, il est fier d'avoir réussi cet exploit et surtout il est très heureux de me voir rire. Je devrais rire plus souvent si ça le rend aussi heureux. Il est tout mignon, comme un petit garçon à qui on a laissé gagner à un jeu pour grandes personnes.
-Comme quoi tout arrive. Sinon merci pour la bière mais ne te fais pas de bile tu n'auras pas ta voiture.
-Dommage, je rêvais de pouvoir frimer dans une magnifique voiture, une Gran Torino verte, comme dans le film tu sais ?
-En tout cas j'aime beaucoup ton rire. -J'espère que tu en as bien profité alors parce qu'il est rare que je ris. Je ne me souviens pas de la dernière fois que cela s'est produit.
-Je dois vraiment être exceptionnel alors.
Bon j'avoue tout, j'aurais bien aimé rire encore une fois mais il fallait que je me retienne sinon j'allais perdre toute crédibilité et dès le premier soir ce n'est pas le mieux. À la place je me contente de sourire, en secouant la tête.
-Les chevilles ça va ?
-Oui merci, je n'ai pas eu d'entorses depuis le lycée.
-T'es un comique toi en fait.
-On peut dire ça comme ça. Je lève la tête vers le ciel, il me désespère mais d’une bonne façon je dois l’admettre. Cependant je constate qu’il fait nuit et que la voûte céleste est parfaitement découverte. C'est la pleine lune, ce qui rend l'ambiance vraiment magique. Je trouve ce paysage et cet endroit vraiment très romantique, propice pour de merveilleuses rencontres comme aujourd'hui. Je regarde à l'intérieur du café et je vois que ce ne sont plus les mêmes têtes que tout à l'heure. Je regarde vers la table, là où il y avait ses amis et ne vois personne si ce n'est deux, trois filles en train de s'extasier sur le jeune serveur qui remplace la belle serveuse de tout à l'heure.
-Peter tes amis sont partis !
-Je sais, ne t'en fais pas et ce ne sont pas vraiment mes amis tu sais.
Il continue de me regarder en silence et en souriant. Le silence ne le gêne pas et c'est tant mieux parce qu'il n'a pas tort je ne suis pas très bavarde dans le fond. Même si il me donne envie de parler avec lui durant des heures. Ce n'est pas bon signe ça, je ne devrais pas le fréquenter. Il pose ses bras sur la table et appui sa tête sur ses bras tout en continuant de me regarder. J'avoue que c'est malgré tout très déstabilisant.
Je prends mon portable entre mes mains et regarde l'heure. C'est l'heure de manger ! Et comme à mon habitude à la fin de mes partiels, je me paye de quoi manger ici, un hamburger et une bière. Même si j'en ai déjà bu une, tant pis, après tout j'ai bien le droit de me relâcher mes partiels sont finis.
-Tu ne rentres pas manger chez toi ?
Je le regarde un peu désarçonnée, il ne va pas tout le temps rester avec moi quand même ? Non pas que ça me dérange mais ne serais-ce que pour lui. Il doit avoir faim et il doit attendre que je parte mais je ne vais pas partir avant un bon moment.
-Et toi ?
-Je viens de passer mes partiels donc pour fêter la fin de mon premier semestre, je m'offre un repas hamburger-bière ici.
-Je ne savais pas qu’ils faisaient à manger. Dans ce cas je vais le fêter avec toi.
Je le regarde, ne sachant quels sont ces sentiments nouveaux qui m'envahissent. Si il pouvait lire en moi, il flipperait de voir à quel point cela me rend heureuse qu'il reste avec moi. Pour la première fois depuis quatre ans je vais manger avec quelqu'un d'autre qu'avec un membre de ma famille.
-Alors je te paye le repas en dépit du fait que je ne puisse pas payer la voiture de tes rêves. Pour te remercier pour la bière et parce que c'est moi qui fête l’événement donc c'est moi qui t'invite.
-Pour la voiture tu connais ? je veux toujours l'avoir.
-Oui je connais, mais non si je t'achètes une voiture, ce qui n'arrivera pas, tant qu'à y être je me foutrais de toi en t'achetant une petite twingo verte, puisque tu veux ta voiture verte et j'y mettrais des fleurs partout.