PART 1 :
Eleana's Misery
Chapter 3 :
Day of Misery
Aujourd'hui
Allongée sur mon lit et repensant à toutes ces années, je me rends compte d'une chose. Que cette école m'a servit et m'a appris beaucoup de chose.
Je ne parle pas des points "sentimentaux", "comment être une bonne compagne" ou ce genre de choses. Je n'écoutais ces cours que pour une chose : en apprendre le plus possible sur l'ennemi.
J'ai appris à me méfier de tout, à repérer qui sont les alliés et qui ne le sont pas, à rendre nerveuse la plus dure des personnes et à taper sur les nerfs d'une centaine de personnes. J'ai aussi appris comment jouer de mes atouts. Le mien étant la vitesse, je me suis beaucoup entraînée. Même si je n'ai jamais réussi à fuir, je sais que ma vitesse est très élevée et que mon endurance me servira lorsque je m'échapperai, même si celle des loups est plus élevée que celles des humains.
Il y a mon cœur qui a également changé. Mon cœur s'est endurci. Il n'est plus vivant, il n'est plus rempli d'amour et de joie. La fille qui pensait ne jamais faire de mal à une mouche a cessé d'exister le jour où un monstre l'a kidnappée.
Je ne lui ai jamais répondu à une de ces lettre. Mise à part cette fois là. Il y a neuf mois, le jours de mon dix-septième anniversaire. Une lettre avec trois mots écrits de taille moyenne dans une écriture neutre au feutre noir.
Je te hais.
Il ne m'a plus jamais écrit ses longues lettres que je déchirais au bout de trois phrases de lecture tant je n'en avais strictement rien à faire. Les cadeaux se sont multipliés, par contre. Les meilleurs bijoux, les meilleurs vêtements... Tout le luxe qu'une femme se damnerait ne serait-ce que pour voir l'ombre de ces objets. Maintenant je sais que le diamant n'est pas assez souple pour faire des ricochets. Et puis ses petits mots d'amour qui allaient avec... Avant mes quatorze ans, il écrivait comme il écrirait à sa petite sœur préférée. Depuis mes quatorze ans, il écrit comme il écrirait à une amante. Je ne doute pas de son amour pour moi. Au moment venu, je l'userai à mon avantage.
A deux heures de mon départ, je sais que je resterai comment j'ai appris à être. Calculatrice. Chaque mot, geste, lieu, lettre... Tout sera surveillé de manière rapprochée mais discrète. Il fallait que j'en apprenne le plus sur le terrain. En sept ans et neuf mois, je connaissais cette école par cœur. Au bout de trois ans, je maitrisais le tout. Il fallait être plus audacieuse pour ce nouveau terrain inconnu,voire plus grand. Penser intelligemment, agir intelligemment. Je rentre dans la vie réelle désormais. Chacun des faits et gestes aura un impact plus sévère qu'ici. Ne pas sauter directement dans la gueule du loups. Ils n'attendent que ça. Ils faut que ça vienne. Quitte à ce que cela me prenne dix ans, vingt ans, toute ma vie. Jamais je ne cesserai de combattre pour récupérer ma liberté.
Avoir plus de tactique. Toujours petre sur ses gardes. Et, règle numéro une : je ne m'attacherai à personne.
Ils seront tous tes ennemis, Eleana. Tous des monstres. Les humains seront les amants des monstres, ce qui font d'eux des traitres. Ne te laisse pas avoir par leurs sourires chaleureux, leurs regards aimants et leurs câlins.
J'ai à présent un cœur de pierre. Un cœur qui reprendra vie lorsque je serai libre... et que je retrouverai Jimmy. Mes parents. Nora. Et Cally. Les seules personnes qui comptent à mes yeux.
Je me levai et regardai les vêtements que je portais. Les mêmes depuis sept ans et neuf mois. Les mêmes dans le sens où le haut a toujours été cette chemise grise pale aussi fade que mon âme, la jupe arrivant à mi-mollet d'un noir aussi délavé que mon esprit...
Je descendai alors et entrai dans la grande salle qui a été préparé pour mon départ. Étant LA personne la plus importante, la seule future Luna depuis cent-cinquante ans, place le plus souvent réservée par Mère-Nature pour des femmes loups-garous, une fête se tenait en mon honneur. Pour les compagnes des Bêtas, Deltas et Commandants également. Je ris intérieurement en pensant à la fête de Tara Millers et comment je l'avais gâchée. Elle avait mis sa plus belle robe, offerte par son cher Kyle McGregoy. Ses cheveux, qui avaient bien repoussé depuis l'incident qui lui avait fait perdre sa belle crinière, étaient coiffés avec luxe et élégance dans un chignon compliqué. Son maquillage était fin, sophistiqué. Son compagnon était arrivé et, lorsque leurs regards se croisèrent, des petits papillons volaient dans les airs, des cœurs sortaient de leurs yeux, les fleurs devinrent plus grosses, plus belles... Vous voyez le topo. C'était trop beau pour ne rien faire. Je voulais lui donner un cadeau d'adieu, quelque chose qui lui ferait penser à moi très souvent. Je pris le gros bol de ponch encore rempli, à bout de bras, et, tandis qu'elle se mit à courir vers son prince, je me mis sur son chemin et-
Autant dire que le final n'était pas beau à voir. Pour elle. Le bol s'est entièrement vidé sur elle, enlevant sont maquillage, sa coiffure et ruinant sa robe. Sa peau était également toute rouge et collante. Elle avait de la chance que c'était un ponch sans alcool. Alors que tout le monde se précipitait vers elle, son regard rempli de haine et de rage était pointé sur moi. Je lui fis un coucou avec le sourire qui faisait mal aux yeux tant il était effrayant et m'en allai avant que quelqu'un ne me voit.
Avec un sourire en coin, je rentrai alors dans cette petite fête qui m'était destinée et toutes les Femmes et filles présentes me regardèrent bouche-bées.
- Eleana Sands !, fit la voie déçue et résignée de Madame Sissi, à ma gauche. Je me tournai vers elle et attendis qu'elle parle.
- T-Tu vas rencontrer ton compagnon, aujourd'hui ! Un Alpha ! Et toi, alors que tu as reçu la plus belle des robes que je n'ai jamais vu de toute ma vie, tu viens avec ces vêtements sur le dos ! Et ta coiffure ! Tes cheveux sont... comme d'habitude ! Ils sont beau, certes, mais n'ont rien de spécial. Ils ne sont quasiment pas peignés ! Et tu aurais pu mettre du maquillage ! Je ne dis pas que tu n'es pas jolie, loin de là, mais tu aurais pu faire un effort !
Elle était marrante. Elle voulait tellement me dire des choses méchantes mais, mon statu l'en empêchant, elle me sortit un discours d'hypocrite.
Je ne pris la peine de sourire de mon sourire effrayant ou de faire quoi que ce soit d'autre donc je l'ignorai et allai m'asseoir sur une chaise, vers le fond de la salle.
Les filles continuaient ce qu'elles faisaient, mangeaient le banquet, buvaient des boissons, parlaient, riaient...
- Tu es trop zolie !, fit alors une petite voix à ma droite.
Ce que je vis me fis mal au cœur. Une petite fille qui semblait avoir moins de huit ans se tenait devant moi, un sourire gigantesque où l'on pouvait voir qu'il manquait deux dents et deux petites tresses sur le côté. Elle était à croquer. Mais elle était si jeune... Je lui fis un sourire, un vrai, après avoir vérifier que personne ne me regardait. Je me tournais, dos à la salle, raclai ma gorge et lui murmurai à l'oreille :
- Tu as quel âge ?
Je fus choquée du son de ma voix. Elle était douce, calme, posée... Je n'aurais supporté avoir la même voix que Tara Millers.
Elle me montra ses doigts. Six en étaient levés. Choquée, oui. Outrée, cela allait de soi. En colère, plus que jamais. Je la pris dans mes bras et la serrai fort contre moi, pensant à ses parents. Comme ils devaient être inquiets pour leur bout de choux. Elle était trop jeune, jamais elle ne se souviendra d'eux dans le futur. Son cerveau était toujours jeune, rendant plus facile la manipulation et le lavage de cerveau. Elle ne savait rien. Elle ne saura plus qui elle est vraiment. Elle deviendra ce qu'ils veulent qu'elle soit. Et cela m'effrayait.
Ressaisis-toi, Eleana ! Si une petite fille de six ans arrive déjà a te faire mal au cœur et à te faire ressentir compassion et amitié, qu'est ce que cela sera avec toutes ces personnes qui vont jouer sur la carte des émotions, plus tard ?
Non, c'était différent. Elle était humaine et n'avait rien à faire avec toutes ces histoires. Je devais intervenir. Mais comment ?
- Prénom ?, lui demandai-je tout doucement, si doucement que je cru qu'elle ne l'entendit pas.
- Aurianne Lenzsky. Où est ma maman et mon papa ?
- Comment s'appellent-ils ?, demandai-je après avoir vérifier autour de moi.
- Maman s'appelle Diana, papa s'appelle Franck !, dit-elle avec une moue triste. Elle devait être là depuis deux ou trois jours. Sinon, on aurait entendu ses cris et jamais, en presque huit ans, une humaine aussi jeune fut ramenée. La plus jeune avant elle avait neuf ans .
Elle me toucha les cheveux puis me dit :
- Tu es beaucoup jolie avec tes cheveux rouges ! Ma maman aussi a les cheveux rouges... Dis, quand je vais la voir moi ?, demanda-t-elle avec son air tout innocent de petite fille, avec espoir.
Je soupirai tandis que des murmures s'élevaient rapidement.
- L'Alpha arrive bientôt ?, demanda une fille avec trépidation.
Je levai les yeux au ciel face à cette stupide excitation générale et regardai la petite et lui murmurai à l'oreille, ma voix si basse qu'on ne pouvait l'entendre sous le brouhaha.
- Écoute, ma chérie, je vais bientôt partir. Si je le pouvais, je resterais avec toi...
Puis une idée me vint en tête.
- Tu veux garder un gros secret ?
Elle me regarda et hocha rapidement de la tête. Je remarquai que l'entrée de derrière était libre alors je pris Aurianne dans mes bras et couru jusqu'à sa chambre. Un bracelet autour de son poignet indiquait le numéro de sa chambre car elle était trop petite pour se retrouver dans cette grande école.
La chambre était quasiment identique à la mienne et un gros ours en peluche avec un cœur était posé vers le lit. Je le regardai avec dégout tandis qu'elle me dit :
- C'est le monsieur qui m'a amenée ici qui m'a donné le doudou. Le monsieur a dit que j'étais très gentille et jolie et que plus tard, on se mariera ! Moi je veux pas ! Je veux rentrer à la maison ! Le doudou est pas beau !
Je pris la petite fille pleurante dans mes bras et essayai de la calmer :
- Je le sais, ma chérie...
Je n'étais vraiment pas habituée à ma voix...
- Écoute, dis-je en la regardant dans les yeux, je vais te dire le secret.
Je pris alors un papier et un crayon et lui écrivis une lettre. A l'intérieur, j'y écrivis tout ce que je pu pour lui dire a quel point la vie allait être difficile sans lui faire peur. Je lui expliquais de ne jamais oublier ses parents, de toujours se battre et de ne jamais abandonner. Je lui expliquais comment ne pas devenir comme toutes ces filles dont leur vie ont été changé à jamais pour et par ces monstres. J'écrivis comment se comporter et lui ordonnais de réfléchir tout le temps et de courir très souvent, cela pouvait être utile.
Je n'avais plus rien à perdre. Si ces lettres étaient trouvées, soit. Ils savent tous que je ne suis pas ici par choix, de toute façon.
Je mis plus d'une demi-heure à tout écrire tandis qu'elle était assise à côté de moi et attendait patiemment. Trois feuilles remplies, recto-verso, je pliai une feuille de façon à en faire une enveloppe et écrivis dessus : Pour Aurianne, le secret d'Eleana.
Dès qu'elle saura lire, il faudra qu'elle prenne connaissance de cette lettre.
- Regarde ma chérie, lui dis-je, le secret est dans cette enveloppe. Tu veux le connaître ?
Elle hocha de la tête et essaya de la prendre mais je lui pris doucement la main et la lui caressai.
- Non, ma chérie, il faut savoir lire. Tu connais ton alphabet ?
- Oui ! A, B, C, D-
- Je te crois, mon poussin. Maintenant, il faut savoir lire. Il faut que tu apprennes vite à lire sinon tu ne pourras pas connaître le secret, d'accord ?
Elle hocha vivement de la tête tandis que je la serrai de nouveau dans mes bras.
- Tu ne le dis à personne, compris ma chérie ?, elle hocha la tête, semblant comprendre la gravité de la chose malgré son jeune âge.
- Tu vas partir ?, me demanda-t-elle avec des larmes dans les yeux.
- Oui, mon cœur. Tu en sauras plus lorsque tu liras le secret, compris ? Regarde où-est ce que je vais le placer et ne l'oublie pas.
Je cherchai alors un endroit mais rien ne pouvait cacher cette enveloppe. Alors que je marchai, le parquet grinça. Je mis de nouveau le pied dessus et il grinça encore. Je soulevai le tapis et touchai les planches. L'une d'entre elles trembla sous la main, signe qu'elle était mal mise. Je réussis facilement à la soulever et plaça l'enveloppe dessous.
- Luna, votre compagnon vous attend depuis dix minutes !, fit la voix très irrité et nerveuse de Madame Sissi en frappant à la porte.
Je remis rapidement le tapis et déverrouillai la porte. Aurianne était dans mes bras et Madame Sissi nous regardait suspicieusement. Mon regard se posa alors le verrou qui était de l'intérieur et je vis Madame Sissi sourire avec moquerie.
- Comme vous pouvez le constater, nous avons plus confiance en une petite fille de six ans présente depuis trois jours qu'en une femme de bientôt dix-huit ans présente depuis presque huit ans.
Je la regardais avec un sourcil arqué avant de hausser les épaules et de sortir avec Aurianne toujours dans mes bras. La petite blonde regarda derrière et tira la langue à Madame Sissi. Je levai ma main pour qu'elle y tape cinq et elle la frappa avec un rire. Un sourire en coin vint sur mes lèvres lorsque j'entendis Madame Sissi fulminer. Une fois arriver dans la salle de réception, toutes les filles étaient assises tandis que je cherchai des yeux le monstre que j'allais combattre pour ma liberté. Aurianne me serrait fort et je lui frottais le dos pour l'apaiser.
- Eleana...
Je me raidis au son de sa voix. La même voix que je portais dans mes souvenirs si sombres. La même voix en plus rauque et avec plus d'autorité, une vraie voix d'adulte. En même temps, ce monstre avait vingt-cinq ans, aujourd'hui. J'en ai moins de dix-huit. Je me tournai lentement et fis face à celui qui a détruit ma vie, sept ans et neuf mois plus tôt.