Il tourna à gauche, s’engagea dans le raccourci qui contournait la place, regarda le tracteur, en contrebas, qui ouvrait une piste à la lisière d’un champ de maïs. Étrange destinée ! Il n’aurait donc été, à l’heure du passage, au côté d’aucun de ceux qu’il avait aimés ! Son père, fusillé par les franquistes en 1939, sa mère… Ramirez buta dans une taupinière, glissa, pesa sur sa canne. Sa jambe était comme un corps étranger. Il s’arrêta. Sa mère s’était éteinte en 1958, à Santa-Maria-de-Castellet. Il l’avait su par un coup de téléphone de José, l’ancien camarade du camp de Saint-Cyprien. Au village de Santa-Maria, il y avait trois noms inscrits sur un tertre d’herbe rase : ceux de son frère Emilio et de ses parents. Un clandestin de la b***e de Carlos un jour lui en avait parlé. Il lui avai

