Beau Roth parcouru encore quelques pas dans la rue sombre et presque déserte de ce côté où il s'engageait, avant de tomber sur son immeuble, une vieille bâtisse qui avait connu de meilleurs jours.
Il souffla un grand coup avant de prendre l'escalier. Celui-ci était baigné dans l'obscurité, mais cela ne l'empêcha pas d'esquiver la planche cassée. Il en avait pris l'habitude avec le temps. Arrivé au deuxième étage, il emprunta le couloir d'où brillait une lumière qui s'éteignait toutes les deux secondes. Dès qu'il entra, une voix fluette résonna :
— Tu es rentré.
Il pencha la tête vers l'entrée de la chambre, d'où était adossée à la porte la femme avec qui il partageait sa vie depuis près de 4ans.
— Oui.
Elle le regarda un bref moment avant de venir vers lui.
— Qu'a dit ton amie ?
Son ton était légèrement irrité et il savait que cela était dû à son excès de jalousie.
Quand il lui avait annoncé que Lucie lui avait décroché une entrevue avec l'une de ses amies, la jeune femme était rentrée dans une colère exaspérante. Tantôt elle le boudait, tantôt elle essayait de le convaincre en lui affirmant qu'ils étaient bien comme ça.
Il se pencha pour l'embrasser sur la joue.
— Lucie a réussi à convaincre son amie de me rencontrer.
— Ah.
— Il y a à manger ? s’enquit-il en se dirigeant vers la chambre d'où elle venait de sortir
— Il y aura toujours à manger, Beau, répliqua-t-elle. Tu te donnes du mal pour nous, alors je ne permettrai jamais que tu manques de quoi manger à la maison. Allez viens, le petit dort depuis deux heures déjà. Il était fatigué à force de courir partout.
Il alla laver les mains au lavabo et enleva son haut avant de venir se mettre à table.
Elle avait préparé un (nourriture) qu'elle lui servit avec un jus d'orange. Même s'ils n'avaient pas les moyens, il ne voulait surtout pas qu'ils manquent de nourriture. Lui peut-être, mais jamais il ne permettrait qu'elle ou le petit en manque.
Elle s'assit à côté de lui, tandis qu'il s'attaquait à son repas.
— Tu as passé toute la journée avec ton amie ? demanda-t-elle soudain.
Il ne lui répondit pas tout de suite et prit soin de finir de manger avant de relever.
— Non. Et arrête de l'appeler "mon amie". C’est Lucie et tu la connais depuis près de 4ans maintenant.
— Et pourquoi tu rentres à cette heure ? Insista-t-elle en serrant un bout du tissu de sa robe, sans se préoccuper de son soulèvement.
— Maggie, tu veux bien arrêter, s’il te plait ?
Elle baissa le regard sur ses pieds, avant de le relever. Il remarqua une lueur inquiétante, cette lueur qui brillait dans son regard chaque fois qu'elle avait peur de perdre quelque chose, ou quelqu'un.
Il s'empressa de la prendre dans ses bras, avant qu'elle ne laisse couler ses larmes.
— Ce n’est pas parce que je passe la journée dehors que ça veut dire que tu vas me perdre, chuchota-t-il gentiment en lui caressant les cheveux.
— Nous avons besoin de toi.
Sa voix était cassée et bientôt elle se mit à pleurer. Il ne répondit rien et se contenta de la serrer contre lui. Maggie était fragile, ça, il l'avait remarqué dès la première fois qu'il l'avait rencontrée. Il ne voulait pas lui faire de mal, en tout cas pas consciemment. Mais elle avait un tempérament si difficile à gérer. Parfois, il se demandait comment il était arrivé à tenir jusqu’ici.
— Je veux changer notre vie. On ne peut plus vivre comme ça.
Le regard qu'elle lui lança lui donna alors l'impression d'une gifle.
— C'est chez nous ici, s'écria-t-elle en le repoussant.
— Tu n'as pas envie de vivre dans de meilleures conditions ? Regarde les murs, le plafond. Dès qu'il pleut, les chambres sont carrément inondées. Nos affaires tiennent à peine dans cet appart’, Maggie...
— Je n'ai pas envie de partir d'ici. Si c'est pour ça que tu vas rencontrer ton amie tous les jours, eh bien tu peux rester à la maison !
Ses larmes coulaient le long de ses joues creuses pour rejoindre ses lèvres sèches qui tremblaient légèrement.
— De quoi tu parles ?
— Ne fait pas semblant.
— Tout ce que je fais, c'est pour nous, Maggie. Je crois que tu ne comprends pas ça. Ça fait quatre ans qu'on est ensemble, et tu ramènes toujours Lucie dans nos discussions. Sans elle…
— Je ne veux pas parler d’elle. Et puis, je ne veux pas me disputer avec toi, Beau.
— C'est toi qui ne me laisse pas manger.
Comme il s'y attendait, elle sourit. Il lui prit les mains, qu'il serra tendrement.
— Randy doit poursuivre son cursus scolaire sans interruption et pour ça, il faut de l'argent. Beaucoup d’argent pour supporter les charges qu’implique une bonne éducation. Tu n’as pas envie de le voir s’exprimer dignement, éloquemment et ramener des notes excellentes à la maison ?
Elle touchait ses lèvres pour calmer leur tremblement et passait souvent une main dans ses cheveux roux.
— Je veux qu'il ait une bonne éducation, murmura-t-elle enfin.
— Viens un peu par ici.
Comme elle ne bougeait pas, il la tira vers lui et la prit dans ses bras.
— Tu sais que je vous aime. Jamais je ne vous abandonnerai.
— C'est vrai que tu nous aimes, convient-elle timidement.
— Tu deviens raisonnable.
Elle lui rendit son sourire et finit par se séparer de lui pour débarrasser la table. Puis elle revient et ils se dirigèrent vers la chambre.
Celle-ci était petite, au point qu'ils avaient été obligés de mettre certaines affaires dans le salon, et même d'en jeter quelques-uns, inutiles. Elle ne comportait que le lit deux places sur lequel ils dormaient tous les trois, ainsi qu'une petite armoire. Seules les affaires de la jeune femme et du petit garçon y étaient. Les siens avaient rejoint le salon lorsque Randy était né.
— Tu peux m'aider à choisir ce que je vais porter demain ?
Il sortit de la douche et la rejoignit sur le lit.
— Quoi ? Tu vas où demain ?
— C'est demain que je vais rencontrer cette femme. Monica Darcie si je me souviens bien.
— Tu ne me demandes jamais de te choisir que porter, d'habitude.
— Je veux rencontrer cette femme en pensant que c'est toi qui m'a aidé à m'habiller. Tu sais que je n'aime pas rencontrer de nouvelles personnes.
—Très bien. Je vais te voir ça.
L'aube pointait déjà son nez quand il se réveilla. Malgré la beauté du soleil et du ciel orangé, cela ne réussit pas à l'apaiser. Il avait décidé de sortir marcher un peu, quand son téléphone avait sonné. En jetant un œil sur le correspondant, il remarqua qu'il s'agissait de Lucie.
— Oui ?
— Même pas un bonjour ? Dis donc.
Sa voix était rauque, comme si elle venait de se réveiller. Il alla s'asseoir dans le fauteuil en s'adossant négligemment.