Ils descendirent l'escalier et traversèrent la pièce de vie. Elle avança encore un peu, avant qu'ils ne tombent sur un escalier. Il souleva un sourcil, incrédule.
Il se doutait bien que l'escalier qui menait dans le salon ne pouvait pas être le seul qui conduirait dans les autres appartements de la maison. Mais il ne s'était pas douté de trouver un escalier aussi gigantesque de ce côté-ci.
Ils arrivèrent à l'étage, et elle s'arrêta devant une porte blanche, puis l'ouvrit. Elle s'effaça à l'intérieur pour le laisser passé, et quand il entra, il cilla à plusieurs reprises.
C'était une chambre, et de toute évidence la tienne.
Elle était grande, plus grande que le salon qu'ils venaient de quitter. La pièce était peinte en blanc.
Il fit coucher Tommy dans le berceau en bois, et ferma la moustiquaire. L'enfant ne tarda pas à s'endormir. Comme il y avait un tabouret près du berceau, il lança un regard à Monica, et comme elle ne répondit rien, il le prit pour un oui. Il s'assit donc soigneusement, comme si le moindre mouvement aurait pu briser la chaise.
Puis il se pencha sur le berceau et se mit à le balancer doucement. Tommy émit un babillement et ouvrit délicatement les yeux avant de les refermer.
Bientôt, quelques bruits semblables à des ronflements tintèrent le silence de la pièce.
— Venez, on doit parler à présent.
Elle prit le baby phone et se dirigea vers la sortie. Ensemble, ils descendirent en silence et elle se dirigea vers le salon principal.
— Asseyez-vous, je vous prie.
Elle prit place en face de lui, et croisa les pieds.
— Nous ferons le point de la journée, comme je vous en aie informé.
Il hocha la tête.
— Pour résumer le tout, sachez que vous en êtes sortis avec Tommy, mais pas totalement.
Il le savait ça, qu'il ne s'était pas pris exactement comme il le fallait. Avec toute cette pression comment aurait-il pu ?
— Comme par exemple le fait que vous ne lui avez pas chanté une berceuse ou fait une lecture avant qu'il s'endorme, continua-t-elle. Ou encore le fait que vous lui parliez très peu pendant que vous lui donniez son bain.
Ce doit être un moment de complicité entre vous et lui, il doit pouvoir connaître votre voix dans tous les moments, ce sentir en sûreté.
Elle s'arrêta pour vérifier qu'il la suivait.
— Comme je l'ai dit, vous vous y êtes pas mal pris. Je suis satisfaite car je pense que vous ferez mieux les prochaines fois, n'est-ce pas Beau ?
— Je ferai mieux la prochaine fois, approuva-t-il avec conviction.
Elle se leva avec énergie et lissa sa robe. Il se leva à son tour.
— À demain donc.
Elle lui tendit la main, qu'il serra dans la tienne. Puis elle le raccompagna à la porte.
*
— Papa !
Beau souleva Randy en l'air en imitant le bruit d'un avion qui décolle.
— Plus haut ! Maman, viens me voir, je suis un avion !
— Dans quelques années, tu piloteras un avion, mais ce ne sera pas toi ! Se moqua gentiment Beau en se dirigeant vers la cuisine.
— Tu veux voir ce que je t'ai apporté ?
L'enfant gesticula en réponse et Beau le déposa par terre avant de défaire le sac qu'il avait ramené.
— Du jus de pomme, … waouh !
— Va le montrer à maman avant qu'elle nous gronde.
Aussi vite que lui permirent ses jambes, l’enfant courut vers la cuisine. La voix de Maggie lui parvient faiblement, beaucoup trop faiblement pour que cela le rassure.
Quand l'enfant reparut devant lui, à l'embrasure de la porte, les yeux remplis de larmes, Beau se précipita à l'intérieur.
— Maggie !
— Ce n'est rien, je me suis juste coupée.
— Dépose ce maudit couteau.
La jeune femme contempla le couteau d'où coulait un peu de sang, puis sur son doigt ensanglanté. Un sourire diabolique élargit ses lèvres gercées, et elle lui tendit le couteau.
— Tu es très habile avec les couteaux. Je ne crois pas que ce soit un accident. Si ?
— C'était un accident.
La peau pâle de la jeune femme le fit tressaillir d'inquiétude. Chaque fois qu'il la voyait, il se disait qu'elle pourrait bien être morte, qu'il n'en saurait rien.
— Je n'étais même pas avec elle ! Je ne veux plus que tu te tailles.
— Je ne le ferais plus, si tu arrêtais de la voir.
Elle le regardait droit dans les yeux, ses pupilles vert citron reflétant la douleur et en même temps une colère farouche. Il souffla et prit sa seconde main pour la posée sur le mouchoir.
— Viens, on va faire un pansement.
Elle le suivit dans la chambre, et il sortit du placard une boîte à pharmacie. Après lui avoir bandé la blessure, il caressa un moment la b***e, avant de l'attirer à lui pour déposer un b****r sur sa tempe.
— Ça te dirait qu'on aille bronzer à la plage demain ? lança-t-il soudain.
Maggie le regarda sans comprendre un moment, avant que son visage se renfrogne.
— Non.
Puis, elle retira sa main avant de sortir de la chambre. Elle récupéra le paquet qu'il avait laissé sur le guéridon, et se dirigea dans la cuisine.
— Tu as besoin de soleil. Tu es trop pâle.
— Merci.
— Tu sais bien ce que je veux dire.
— En effet.
Il tendit la main pour lui prendre le bras, mais elle esquiva.
— On ira tous les trois, ça ne te dit pas ?
— Non.
Il s'appuya contre le plancher qui servait d'îlot, et piocha quelques carottes.
— Si tu n'en retrouve pas dans ton assiette, ne t'en plaint pas.
Il sourit et lança dans l'air un morceau qu'il rattrapa avec agilité dans sa bouche.
— Je sais que j'en trouverai, répliqua-t-il malicieusement.
La jeune femme sourit pour la première fois depuis deux jours. C'était un exploit !
Après quelques minutes de silence, elle leva les yeux vers lui, puis tout en se mordant l'intérieur de la joue, elle demanda :
— Comment a été ton premier jour ?
— Je croyais que tu ne le demanderais jamais, avoua-t-il sincèrement.
Elle haussa les épaules.
— C'est la moindre des choses.
— En bref, ça c'est bien déroulé. Le bébé est un petit ange, je n'ai presque eu aucun mal avec lui. À la fin de la journée, mon employeur m'a complimenté sur ce que j'ai fait, mais elle m’a aussi reproché certains trucs.
— Ah.
— Oui, ah, dit-il en piochant encore dans le saladier.
Il le lui tendit, et elle ouvrit la bouche.
— Merci, murmura-t-elle.
— Je vais rejoindre Randy.
Il sortait de la cuisine, quand la petite masse lui rentra dedans. Beau le souleva de terre et le porta dans ses bras en lui ébouriffant les cheveux.
— Papa ? Maman va bien ?
— Oui. Papa a embrassé le bobo de maman, et maman est guérie.
— Le repas est prêt, déclara la voix de Maggie derrière eux.
— On arrive tout de suite, chef.