Elle retourna à l'étage, mais avant d'ouvrir la porte, elle tendit et entendit de petits murmures. Elle se trouvait ridicule d'avoir recours à ce genre de stratagème. Sa mère aurait certainement une crise cardiaque en se rendant compte que sa fille chérie n'avait pas laissé ses mauvaises habitudes.
Elle ouvrit donc la porte et comme elle s'avançait dans la pièce, les murmures cessèrent aussitôt. Beau se redressa et en tournant la tête, leurs regards se croisèrent.
Elle vint s'asseoir sur le canapé près d'eux.
Tommy se redressa doucement et tourna la tête vers elle. Elle lui sourit alors qu'il essayait de se redresser. Même si l'envie était forte, elle s'était promis de ne pas prendre Tommy tant que le baby-sitter ne serait pas partie. Il fallait qu'il s'habitue à son baby-sitter, même si cela allait être difficile pour eux deux.
— Vous pouvez le prendre, vous savez.
Son cœur rata un battement, comme elle ne s'attendait pas à entendre une voix. Elle avait même oublié qu'il était dans la pièce avec eux.
— Désolé, dit-il en se levant pour venir prendre le petit.
Celui-ci montra son mécontentement en pleurant, et Beau le pencha sur son épaule.
— Là, là. Dès ce soir, tu pourras être dans les bras de maman et tu verras que ce n'était pas si difficile.
— J'avais décidé de ne pas le prendre de la journée. Il devait passer cette journée uniquement dans votre bras, pour s'habituer à mon absence, avoua Monica en soupirant.
Il se tourna vers elle.
— Une fois que vous étiez dans les parages, c'était perdu d'avance, ne put-il s'empêcher de lancer.
Elle fronça les sourcils en dardant sur lui un regard perplexe. Il était resté si silencieux toute la journée, qu'elle s'était demandé s'il avait perdu sa langue. Mais l'entendre lui parler de son comportement ne lui plaisait pas. Certes, elle disait toujours qu'elle n'empêchait pas ses employés de donner leur avis, mais lui, quand il le faisait, elle avait l'impression qu'il la jugeait, et ça, ça ne lui plaisait pas du tout.
— Le repas sera servi dans quelques minutes. Vous pouvez descendre à la cuisine.
Elle se dirigea vers la sortie, lorsqu'il dit :
— Je n'ai pas très faim, je peux rester ici et continuer de m’occuper de Tommy.
— Je vais m’occuper de lui, ne vous en faites pas.
Elle venait tout juste de prendre cette décision. Peut-être parce que sa remarque lui avait plus.
— Allez-y.
Dans les escaliers, elle leva la tête vers la porte pour voir s'il venait, mais non. Elle continua néanmoins son chemin, et alla dans la salle à manger.
— Beau descendra dans un instant.
— D'accord mademoiselle Darcie. Nous le mettrons à l'aise.
***
Dans la cuisine, tout était calme. À part les bruits des fourchettes et les babillements de l'enfant, personne ne parlait.
Il ne se donnait aucune peine pour entamer la conversation. Jamais idée de se forcer à lier amitiés avec quelqu'un, lui avait traversé l'esprit, et encore moins maintenant que des règles strictes avaient été données. Il ne connaissait que trop bien la gente féminine, pour savoir que s'il se risquait à montrer un quelconque côté charmant, elles se feraient toutes des idées.
Alors, il mangeait sans relever la tête. À moins, pour veiller sur l'enfant qu'il avait déposé dans son couffin, posé au centre de l'îlot.
Ils étaient tous attablés, les filles et les chauffeurs. Le garde-corps n'était pas avec eux, naturellement.
— Alors, Beau le petit Tommy ne vous donne pas trop de mal ?
La voix de la jeune femme était calme, comme si elle voulait être prudente. Bientôt, plus aucun bruit. Les fourchettes s'étaient arrêtées à quelques mètres des bouches, comme si Ilona venait de déclencher une bombe à retardement. Il sourit intérieurement.
Il ne pensait pas faire tant d'effets ! Et puis après tout, que craignaient-ils ? Ils ne le connaissaient pas, mais l'avaient déjà jugé ?
— Tu vois bien qu'il n'a pas envie de parler, Ilona, laisse-le tranquille, intervient Alex en continuant de manger.
Là, il leva la tête sur la jeune femme. Comme si elle avait senti son regard, elle lui lança un rapide coup d'œil avant de baisser le regard sur son plat.
— Au contraire, il a été gentil avec moi.
Tous les regards se relevèrent vers lui, comme d'un commun accord.
Il déposa sa fourchette, et dit :
— Toi, c'est Ilona, ensuite Alex. Toi, tu conduis la limousine, Mayes, et toi Miles C'est bien ça ? L'effet escompté se produisit. Leur visage rayonna de joie, et ils semblèrent se détendre.
— Exactement ! s'écria Ilona en joignant les mains d'un air ravi. On était sûr que vous n'auriez gardé aucun nom, vous savez ?
Il fronça les sourcils. Si elle le disait, alors il se doutait bien qu'elles avaient parlé de lui. Bien qu'il fut curieux de connaître leur pensé sur lui, il sourit simplement.
— J'écoute avec une oreille attentive, fit-il remarquer.
— On en a la preuve ! J'espère que vous vous y plairez.
— J'espère aussi, minauda-t-il en prenant une bouchée de....
La nuit était tombée. Et avec elle, quelques brises. Le temps était légèrement frais et la température de la maison avait été rapidement réglée à bon degré. Venue l'heure du coucher, Monica se dirigea vers le salon. Elle remarqua que les volets avaient déjà été baissés, et Tommy dans son berceau. Il ne dormait pas encore, mais ne tarderait pas à accueillir Morphée.
Beau se leva du canapé et se tourna vers elle.
Il y avait toujours une tension entre eux, et il ne voulait pas que cela dure. Ce n'était pas bon signe. C'était de cette façon qu'il s'était fait renvoyer de ses autres emplois, et il ne pouvait prendre ce risque de nouveaux. C'était une grande opportunité qui s'offrait à lui et il avait intérêt à ne pas mal faire.
Lucie l'en ayant déjà averti d'ailleurs.
— Je l'ai déjà changé, informa-t-il en se dirigeant vers le berceau.
— Je vois ça.
Elle n'était pas froide, comme il l'avait pensé. Au contraire, elle parlait comme si rien ne s'était passé. Devrait-il s'en inquiéter ? Ne prenait-elle pas ce ton parce qu'elle savait qu'elle le renverrait ? Il ne savait plus sur quel pied danser. Il fallait encore qu'il aille coucher l'enfant, et après cela, ils devaient discuter. C'était ce qu'elle lui avait dit quand il était venu ce matin, et toute la journée il avait attendu ce moment où connaîtra l'avis de la jeune femme sur ses compétences.
— Venez, suivez-moi.
Elle se retourna et sortit de la pièce en prenant avec elle le couffin.