Période actuelleIl est impossible d’établir des généralités concernant les Mayas actuels. Leurs différences sont bien trop importantes : ils vivent sur un territoire couvrant cinq pays distincts dont les politiques indigénistes et les situations démographiques divergent. Au Mexique, par exemple, les Mayas représentent 80 % de la population du Yucatan mais au niveau national, ils ne constituent que 2 % de la population ; alors qu’au Guatemala, les Mayas sont près de 6 000 000, soit 60 % de la population nationale. Interviennent également les guerres et conflits internes de chaque pays où les Mayas se trouvent inévitablement impliqués. On se souviendra, entre autres, de la grande violence que connaît le Guatemala à partir de 1963 (naissance de la guérilla) qui trouve son paroxysme entre 1980 et 1990 avec les affrontements des troupes gouvernementales et des guérilleros. Des villages entiers sont rasés, les champs dévastés ou brûlés, les villageois indiens assassinés.
Les Mayas, comme à l’époque préhispanique, sont des paysans et le maïs constitue la base de leur alimentation. Ils s’intègrent peu à peu à l’Etat national et sont nombreux à accéder à l’enseignement secondaire et, dans quelques cas, à l’enseignement supérieur. Aujourd’hui, on trouve des Mayas parmi les instituteurs, les écrivains, les comptables, les avocats, les députés… Beaucoup demeurent néanmoins confinés dans la pauvreté et l’analphabétisme.
L’agriculture s’est également développée et, outre le maïs, les agriculteurs mayas se consacrent aussi à des cultures d’exportation plus rentables telle que celle des légumes ou du café. Si la tortilla et les haricots rouges constituent toujours la base de l’alimentation, de nouveaux aliments sont apparus à leurs côtés, parmi lesquels les inévitables coca-cola et chips.
Même s’ils vivent en communautés villageoises dont l’origine remonte à l’époque de la colonie, ils ont pris l’habitude de se déplacer pour des raisons politiques (dans le cas du Guatemala, à cause des persécutions pendant l’époque de violence) ou économiques. Il n’est pas rare de trouver des groupes mayas vivant dans les capitales ou dans les grandes villes latino-américaines mais aussi en Californie ! Ils s’adaptent, résistent, créent des stratégies de travail et de vie communautaire ; ils défendent leurs traditions sans renoncer à la modernité. C’est au cœur de cette réalité qu’il faut aujourd’hui situer la parole des Mayas : une parole traditionnelle mais également capable d’intégrer des éléments émanant d’autres cultures. Cette parole plonge ses racines tantôt dans les traditions préhispaniques, tantôt dans celles de la colonisation. Elle intègre même parfois les apports ou les confusions que ne manque pas de drainer l’époque de mondialisation dans laquelle ils se trouvent plongés en tant qu’acteurs.
C’est pourquoi, dans certains récits, les divinités locales, les Seigneurs des montagnes qui entourent le village demandent, d’une part, aux villageois de respecter certains rites avant de cultiver le maïs sur les coteaux et, d’autre part, aux ingénieurs de faire des sacrifices pour obtenir l’autorisation de construire des routes. Il ne faudra pas non plus s’étonner de voir certaines divinités auxquelles tout le monde croit et demande des faveurs, comme dans le cas de Maximon, porter différents noms : le grand-père, l’Ange, l’Eclair… mais aussi le Docteur, le Souterrain, l’Extraterrestre ou encore l’Astrologue.
Perla PETRICH
Au commencement