4. Saint Soleil

1629 Words
4. Saint SoleilJe vais vous raconter l’histoire de notre Saint Soleil. Saint Soleil décida un jour de prendre femme. Il voulait épouser une jeune fille qui n’était autre que Sainte Lune. Alors, chaque matin, il partait pour chasser et revenait portant un cerf sur le dos. Il passait chaque fois devant Sainte Lune et elle commençait à se lasser de son manège. Elle se demandait ce qu’il faisait. Alors, elle décida de verser sur son chemin l’eau du nixtamal*. A son retour, Saint Soleil passa par là et glissa sur l’eau du nixtamal. Il se retrouva les quatre fers en l’air. Sainte Lune s’aperçut alors que ce n’était que la peau d’un cerf qu’il portait sur son dos. Alors elle le vida de sa chair et de ses os. Saint Soleil devint tout triste. – Ah ! Quel tour elle m’a joué ! Mais elle ne perd rien pour attendre, se lamentait-il. Il se transforma en colibri et vint voler à côté de la porte de la maison où la jeune fille était assise. Elle était en train de regarder une fleur quand elle vit l’oiseau. – Papa, viens, il y a un oiseau. Prends ta sarbacane, dit-elle à son père. Le père répondit alors : – Ah ! Laisse-le, va donc savoir qui ça peut être. Mais la jeune fille insista : – Tire-le avec ta sarbacane, s’il te plaît. Le père finit par tirer sur l’oiseau. Le colibri tomba à terre. Il était comme évanoui. Le père alla le ramasser. Il le déposa à côté de la jeune fille qui était toute contente. L’oiseau pleurait comme une madeleine. Le soir, la jeune fille alla se coucher dans sa chambre. Le père dormait déjà dans la sienne. Elle entendit le colibri qui continuait de pleurer. – Mon pauvre colibri, lui dit-elle, et elle le déposa dans une pièce. Mais il ne cessait de pleurer. « Que peut-il bien vouloir ? » se demanda-t-elle. Et elle finit par le prendre avec elle dans sa chambre. L’oiseau cessa alors de pleurer. La jeune fille s’endormit. Elle se réveilla en sursaut sentant qu’un homme était à ses côtés. C’était Saint Soleil. La jeune fille prit peur. – Je t’ai joué un tour moi aussi. Et maintenant, il faut que nous partions, lui dit Saint Soleil. – Mais, mon père va nous tuer, dit-elle. – Nous partirons, qu’il le veuille ou non, répondit Saint Soleil. – Non, je ne veux pas, affirma-t-elle. Mais il insista : – Partons. – Mais comment ferons-nous pour sortir ? Mon père nous verra dans son miroir magique, dit-elle. – Nous verrons bien ce que pourra lui montrer son miroir, répondit le Soleil. – Mais il a aussi sa sarbacane, il pourrait nous aspirer avec, dit-elle. – Nous allons nous en occuper, ajouta-t-il, et ils sortirent. Ils ramassèrent un morceau de charbon avec lequel ils noircirent presque tout le miroir du père. Seul un tout petit coin du miroir avait été oublié. Saint Soleil s’empara ensuite de la sarbacane et fourra un piment dedans. – Maintenant, partons, dit Saint Soleil. Crache. Et elle cracha au beau milieu de sa chambre. Si son père venait à l’appeler pendant la nuit, le crachat lui répondrait : « Je suis là », et le père retournerait se coucher. C’est bien ce qui se passa plusieurs fois dans la nuit. Mais à l’aube, la salive sécha et ne put plus répondre. « Où est-elle passée ? » se demanda le père. En ouvrant la porte de la chambre, il découvrit qu’elle n’y était pas. « Ah ! Où est-elle donc ? Se pourrait-il que ce soit à cause de celui que j’ai tiré à la sarbacane hier ? » se demanda-t-il en allant chercher son miroir magique. Il vit alors que son miroir était tout noir sauf un tout petit coin. Il put voir que sa fille et Saint Soleil volaient par-dessus les mers. – Attendez voir, je vais vous aspirer, dit-il en saisissant sa sarbacane. Il eut le souffle coupé à la première aspiration. C’était le piment. Il tomba raide. On aurait pu le croire mort, mais au bout d’un moment, il se mit à tousser. Il toussait à perdre haleine et gémissait. Il était bien triste. « Je vais en parler à l’Orage », pensa-t-il. Il y alla de suite. – Saint Orage, écoutez-moi. Faites mal à ces méchants qui voyagent au-dessus des mers. Tuez-les donc car ils se sont très mal comportés, ils m’ont fait beaucoup de mal. Et l’Orage obéit au roi. Saint Soleil et sa compagne étaient alors à bord d’un canoë. Il monta sur le dos d’une tortue et dit à Sainte Lune de monter sur celui d’un crabe. – Ton père veut nous tuer, il a demandé l’aide de l’Orage, expliqua-t-il. L’Orage arriva et décocha un éclair mais Saint Soleil, à cheval sur la tortue, plongea au fond de l’eau. Sainte Lune n’avait pas une monture aussi rapide : elle n’eut pas le temps de descendre jusqu’au fond et mourut. Saint Soleil ressortit de l’eau et chercha en vain son épouse. – Je vais demander l’aide de la libellule, dit-il. La libellule repêcha tout, le sang, la chair, les os de Sainte Lune, tout. Saint Soleil en remplit treize caisses. Il les porta jusqu’à ce qu’il croise un homme. – Rends-moi service, lui dit-il, garde-moi ce chargement pendant une semaine. L’homme accepta. Pendant toute la semaine, l’homme fut dérangé par le bruit qui venait des caisses. Il se demandait ce qu’elles pouvaient contenir. Quand Saint Soleil arriva, il lui dit : – Ouf ! Il était temps que tu arrives, tu aurais pu te dépêcher. Je n’ai pas pu fermer l’œil à cause de ce chargement que tu m’as laissé. – Excuse-moi, dit Saint Soleil, je vais m’en occuper. Et il ouvrit une première caisse où il trouva des serpents. Il ouvrit la deuxième : des lézards. Dans la troisième, des crapauds. Des araignées sortirent d’une autre. Toutes les bestioles que nous avons aujourd’hui sortirent de là. Saint Soleil prit peur et fondit en larmes. Il ne trouvait pas sa femme. Mais enfin, en ouvrant la treizième caisse, il la trouva assise au fond. Elle était toute petite. – Voilà ma femme ! s’exclama-t-il tout content, en l’aidant à sortir de la caisse. Les bestioles aussi sortirent. Il en tua beaucoup et les autres s’enfuirent. Saint Soleil vit que sa femme respirait mais qu’elle ne pouvait ni parler ni se lever. « Elle est malade », se dit-il et il demanda l’aide du cerf. – Voilà ce que tu vas faire : prends ton élan et passe en courant le plus vite possible au-dessus d’elle. C’est ce que fit le cerf et aussitôt Sainte Lune fut guérie. Ils s’en allèrent tous les deux et il recommença à chasser. Mais il devint jaloux. Il croyait que sa femme le trompait pendant qu’il sortait. Alors, à son retour, il la battait. Tandis qu’elle pleurait au bord de l’eau, Sainte Lune vit venir à elle un jeune garçon. C’était un ange du diable. – Pourquoi pleures-tu ? lui demanda-t-il. – Ce n’est rien, je pleure parce que mon mari me bat. Il croit que je me comporte mal. Il croit que je suis une mauvaise femme. – Mon père est au courant, dit le jeune garçon. Viens, allons le voir. – Mais mon mari va me tuer, répondit-elle. – Mais non, lui affirma l’ange du diable, tu n’as qu’à fermer les yeux. Elle ferma les yeux et quand elle les rouvrit, elle était en compagnie du diable. Pendant ce temps, Saint Soleil attendait sa femme, mais comme il ne la voyait pas revenir, il décida d’aller voir à la rivière. Elle n’y était pas. Le serpent qui était là lui dit : – Je sais qui l’a enlevée. Elle est partie avec le diable. – Mais comment faire pour aller la chercher ? gémit Saint Soleil. C’est alors qu’il se transforma en cadavre d’animal mort. Il puait. L’urubu** qui n’est autre que l’ange du diable vint alors. Il se posa près de la charogne avec l’idée de la manger. Mais tout à coup, la charogne reprit sa forme humaine et attrapa l’urubu. – C’est toi qui as enlevé ma femme ! cria-t-il. – C’est mon père qui me l’a demandé, répondit l’urubu. – Eh bien, tu vas me conduire là où tu l’as emmenée, dit alors Saint Soleil. – Bien, répondit l’oiseau et il le conduisit à la maison de son père. Mais ils trouvèrent la porte close. Le diable s’était enfermé dans sa chambre avec l’épouse de Saint Soleil. Saint Soleil établit alors un plan pour récupérer sa femme. Il envoya au diable un mal de dent. Il prit treize grains de maïs rouge et les troua tous les treize avec une aiguille. Puis il prit treize roseaux, il les perça de son aiguille et les jeta sur le toit de la maison du diable. Saint Soleil se mit à jouer du violon puis de la marimba***. Il jouait pour que le diable sache que quelqu’un était là. Il pensait qu’on finirait par lui demander de l’aide. Le diable qui se tordait de douleur hurlait. – Il faut faire quelque chose, demande donc à cet homme qui joue dehors de venir, il peut peut-être me guérir, dit-il à l’ange. Saint Soleil refusa. Il dit qu’il n’y pouvait rien. L’ange alla donner la réponse à son père et s’en revint. Il menaça Saint Soleil : – Rends-nous ce service, dit-il, ou tu le paieras cher. – Bah, je vais peut-être y aller, répondit alors Saint Soleil. L’ange insista, implorant. – Dépêche-toi, viens voir mon père, il va mourir. – C’est bon, je vais y aller, dit alors Saint Soleil. L’ange lui demanda de réciter ses prières en dehors de la chambre. – Comment pourrais-je savoir de quoi il souffre, il faut que vous m’ouvriez la chambre, demanda le Soleil en ouvrant une porte. – Restez là où vous êtes ! ordonna l’ange. – Mais il faut que je le voie de près pour pouvoir dire les prières qui le guériront, insista Saint Soleil en ouvrant une deuxième porte. – Cette fois-ci, récitez vos prières, dit l’ange. – Mais il faut que je sois à ses côtés pour le guérir et il ouvrit la dernière porte. Comme il entrait, il vit que sa femme était là, avec le diable. Il soigna le diable. Il le débarrassa de son mal de dent puis il appela sa femme. – Comment es-tu venue jusque-là ? lui demanda-t-il. – C’est l’urubu qui m’a amenée, répondit-elle. – Bien, partons maintenant, dit Saint Soleil et ils sortirent. Saint Soleil dit au jeune garçon-urubu : – Tu vas nous ramener là où tu nous as pris, sinon je te tue ici-même. L’ange du diable accepta et les ramena chez eux. La femme était revenue enceinte et Saint Soleil se mit à donner des coups de pied dans le ventre de sa femme. C’est comme ça que naquirent à nouveau toutes les bestioles, les araignées, les crapauds, les scorpions. Mais Saint Soleil les tua aussitôt. C’est aussi comme ça que naquit le mal de dent. Il naquit dans la bouche du diable qui avait mal agi en volant la femme de Saint Soleil.
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