GABRIEL Le matin suivant, la ville semblait avoir repris son souffle, indifférente à la déchirure qui me rongeait. Le ciel était pâle, sans nuage, comme si le monde refusait de refléter ma tempête. Je n’ai pas envoyé la lettre. Mes doigts l’avaient tenue toute la nuit, puis reposée sur le bureau, comme si l’objet seul pouvait tenir à distance l’irréparable. Clémence arriva à l’heure habituelle, la démarche légère, un pli d’inquiétude au coin des yeux que je n’avais jamais su dissiper. Elle m’a trouvé assis près de la fenêtre, la lettre dans la main, l’air d’un homme qui porte déjà ses chaînes , sans l’avoir encore prononcées. Je l’ai regardée, longtemps. Comment lui dire que j’avais rompu un silence qui ne me appartenait plus ? Comment lui avouer que j’avais sceau et clé et que je m’app

