Chapitre 2
Peu de temps auparavant…
Sur la route menant au royaume de Cordon, Darius avançait à cheval aux côtés de son commandant, Gédéon. Le souverain, dont la réputation de cruauté traversait les frontières, aperçut alors, au pied d’une falaise abrupte, une scène qui capta aussitôt toute son attention : un combat inégal opposant un jeune combattant solitaire à une horde de barbares.
Le roi ralentit instinctivement l’allure. Son regard acéré suivit les gestes du frêle adversaire, trop mince, trop petit pour survivre longtemps face à de telles créatures. Quelque chose, pourtant, le dérangeait chez ce garçon. Une impression diffuse, impossible à nommer, qui s’accrochait à son esprit.
Gédéon observa la scène à son tour, l’air sombre. Il rompit le silence d’une voix grave, soulignant que le combat durait déjà depuis trop longtemps et que, vu la constitution du jeune homme, l’issue semblait inévitable. À ses yeux, la mort du combattant n’était plus qu’une question de minutes.
Darius ne répondit pas. Ses yeux gris, durs et calculateurs, restaient fixés sur la silhouette qui refusait de tomber. Une odeur âcre monta jusqu’à lui, le faisant froncer les sourcils.
La plupart du sang répandu provenait des barbares déjà terrassés par le jeune épéiste. Pourtant, sous cette senteur violente, une autre fragrance, plus subtile, plus troublante, se démarquait. Elle attira l’attention de Darius avec une insistance presque dérangeante.
Gédéon, de plus en plus tendu, murmura que le garçon était condamné. Leur incapacité à intervenir le rongeait, car leurs capes militaires, marquées du sceau royal, rendaient toute action impossible sans exposer Cordon à de graves représailles.
Un peu plus tôt, Gédéon avait perçu une présence inquiétante : une magie sombre, appartenant à une sorcière malveillante, rôdait dans les environs. Il était convaincu qu’au moindre faux pas, cette entité ferait du royaume une cible.
Il pressa son roi de partir, l’angoisse serrant sa poitrine à mesure que l’aura obscure gagnait en intensité. Chaque seconde passée sur ces terres augmentait le danger.
Mais Darius demeurait muet, comme sourd aux avertissements. Gédéon pesta intérieurement, cherchant désespérément un moyen de le détourner de cette scène.
Soudain, un grondement enthousiaste échappa au roi. Il observait les déplacements du jeune combattant avec une fascination évidente. Malgré sa taille modeste, le garçon se mouvait avec une rapidité stupéfiante. Là où les barbares se contentaient de charges brutales, lui calculait, anticipait, exploitait chaque ouverture avec intelligence.
Gédéon tenta de raisonner son souverain, affirmant que ce guerrier inattendu semblait capable de renverser la situation sans aide extérieure. Il insista de nouveau pour qu’ils s’éloignent, suppliant presque, affirmant sentir la menace magique se rapprocher dangereusement.
À sa grande inquiétude, Darius se contenta de sourire, sans détourner les yeux du combat. Le maniement précis de l’épée, la discipline du garçon, tout trahissait un entraînement rigoureux.
Le roi finit par parler, affirmant qu’il refusait d’assister passivement à la mort d’un tel combattant. Selon lui, laisser périr une telle valeur serait un gâchis impardonnable, surtout s’il pouvait intervenir.
Avant même que Gédéon n’ait le temps de protester ou de rappeler le danger imminent, Darius avait déjà pris sa décision. Il sauta de son cheval et fondit vers la mêlée.
En quelques instants, le dernier barbare fut mis en pièces sous ses coups impitoyables. Darius atterrit devant le jeune combattant, qui avait fermé les yeux, résigné, attendant manifestement le coup fatal.
La voix du roi résonna, profonde et ferme, louant le courage du garçon tout en lui rappelant qu’on ne devait jamais accepter la mort tant que la vie persistait.
Les paupières du jeune homme se soulevèrent lentement, dévoilant des yeux verts d’une clarté saisissante. Leur éclat frappa Darius de plein fouet, provoquant en lui un frisson inattendu.
À cette distance, il ne douta plus. Le parfum étrange qui l’avait troublé auparavant émanait bien de ce corps épuisé.
L’incrédulité lui échappa dans un murmure tandis qu’il inspirait à nouveau cette senteur envoûtante.
Il n’eut cependant pas le loisir d’analyser cette révélation. Le garçon s’effondra soudainement, vidé de ses forces, et Darius le rattrapa juste à temps.
Le blessé rouvrit brièvement les yeux, laissant échapper un gémissement sous l’assaut de la douleur qui parcourait ses plaies.
Darius se pencha vers lui et lui parla d’une voix étonnamment douce, lui assurant qu’il avait survécu et qu’il ne le laisserait pas succomber.
Un sourire discret étira ses lèvres lorsqu’il sentit le corps du garçon se détendre, soulagé.
Il le souleva ensuite pour le porter jusqu’à son cheval. Mais à peine eut-il fait quelques pas que le jeune combattant se débattit faiblement, cherchant à s’échapper.
Darius resserra aussitôt sa prise, le réprimandant avec fermeté, l’avertissant que ses blessures s’aggraveraient s’il continuait.
D’une voix rauque, chargée d’angoisse, le garçon demanda des nouvelles des femmes et des enfants.
Le roi le rassura, affirmant qu’ils étaient hors de danger et l’exhortant à se concentrer sur sa survie.
À ces mots, le jeune homme perdit connaissance.
Darius observa longuement son visage inerte. Malgré la crasse et le sang, ses traits restaient étonnamment délicats, presque trop fins pour un homme. Il était indéniablement beau.
Une voix résonna alors dans son esprit.
Il la fit taire aussitôt, irrité, imposant le silence à son loup intérieur, Zeus.