Chapitre 4

612 Words
Chapitre 4 Darius franchit le seuil de la chambre et s’immobilisa. Le jeune homme reposait sur le lit, la peau luisante d’onguents végétaux dont l’odeur emplissait l’air. Le roi s’approcha, se penchant à peine, autant pour observer que pour respirer cette fragrance persistante qui l’avait troublé depuis la falaise. Les traits du blessé retinrent aussitôt son attention. Son visage, plus fin que celui de la plupart des garçons qu’il avait connus, dessinait des lignes nettes et délicates. Les sourcils sombres encadraient harmonieusement son front, et ses cils longs adoucissaient l’ensemble, donnant à ses traits une douceur inattendue. Darius se remémora l’instant où ces paupières s’étaient ouvertes, révélant des yeux vert profond, d’une intensité presque irréelle. Ce regard l’avait fixé sans trembler, exigeant des réponses sur le sort des femmes et des enfants. Des yeux pareils étaient rares, d’un vert si dense qu’il semblait contenir des forêts entières. Il regretta qu’ils soient clos à présent. Son attention glissa vers le nez fin, puis s’attarda sur la bouche, paisible, détendue par le sommeil forcé. Quelque chose dans cet équilibre de traits éveillait en lui une fascination qu’il ne s’expliquait pas. Agacé par cette dérive, Darius appela Zeus intérieurement, lui ordonnant d’analyser avec précision, de confirmer ou d’infirmer ce que ses instincts suggéraient. Il se força à reprendre contenance, mais l’évidence demeurait : cette odeur singulière était toujours là, puissante, enivrante, unique. Ses yeux descendirent vers le torse du blessé. Les vêtements ensanglantés avaient disparu, remplacés par un simple drap posé sur sa poitrine. Pourtant, un détail l’assaillit, un malaise diffus, comme une discordance. Il jura à voix basse. Sa main s’éleva malgré lui, hésitante, attirée par le tissu. Il ne comprenait pas ce qui le poussait à agir ainsi. Peut-être voulait-il seulement dissiper un doute absurde, né de ces traits trop délicats pour l’image qu’il s’était faite d’un jeune guerrier. C’était insensé. Cette impulsion ne lui ressemblait pas. Elle appartenait davantage à Zeus qu’à lui. Il effleura le drap, puis se ravisa brusquement, se reprochant intérieurement ce geste déplacé. Il se traita de fou, fulminant contre son propre esprit et contre son loup, qu’il accusa de nourrir cette confusion. Zeus, loin de se taire, redoubla d’insistance, poussant Darius à nouveau vers le drap. Le roi céda un instant, tira légèrement sur le tissu… et se figea. La porte s’ouvrit à la volée. La guérisseuse se tenait là, les sourcils froncés, visiblement surprise de le trouver si près du lit. — Votre Majesté… que se passe-t-il ici ? Darius gronda intérieurement, reprit son souffle et, sans lâcher le drap, feignit de le repositionner correctement. — Je voulais m’assurer de son état. Il était couvert de sang lorsque je l’ai amené. Je me demandais jusqu’où allaient ses blessures. La guérisseuse répondit calmement qu’elle n’avait retiré que ce qui entravait les soins, rien de plus. Elle ajouta qu’il restait plusieurs plaies sérieuses à traiter et qu’elle devait agir sans délai. Pour cela, elle avait besoin de rester seule avec son patient. Darius tenta de poser une question, hésita, puis s’interrompit, incapable de formuler clairement ce qui le tourmentait. La guérisseuse, pressée, l’invita à se retirer afin de poursuivre son travail. Le roi acquiesça, le visage fermé, et sortit sans un mot de plus. Il se rendit compte qu’il n’avait cessé de penser à ce blessé comme à un garçon, sans jamais oser remettre cette certitude en question. Demander confirmation aurait été humiliant. Il se contenterait donc de supporter ce doute, aussi irritant qu’absurde. Restée seule, Tarah observa un instant la porte refermée, puis tourna son regard vers le jeune homme inconscient. Un sourire doux éclaira son visage. — Il t’a retrouvé, murmura-t-elle. Désormais, tu n’es plus seul.
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