1676Je me souviens, je suis dans les combles du château. Je voulais fuir la couleur du ciel d’automne. C’était l’endroit le plus sombre du château, le plus intimiste aussi, et je savais que je n’y serais pas dérangé, personne n’y venait jamais, seules, quelques araignées y avaient élues domicile et quelques rats perdus dans les dédales de mon illustre demeure s’y retrouvaient de temps en temps. J’avais gravi les marches usées, j’entendais le bruit de mes pas résonner, j’avais senti un froid sournois s’infiltrer en moi, j’avais ouvert la lourde porte grinçante. Je pénétrais la pénombre. J’habitue peu à peu mes yeux à ce nouvel environnement. J’ai du papier, un encrier, des plumes. J’allume alors les quelques bougies que j’y avais laissé la dernière fois alors en proie à une angoisse douloureuse, et au milieu des formes vacillantes, je veux écrire mon premier poème.
Mais les flammes attirent mon attention, je n’arrive pas à détourner le regard de leur danse ensorcelante, surnaturelle. Un craquement me sort de ma transe hypnotique. J’essaie de m’appliquer, je pense à tous ceux que j’ai lus dans notre bibliothèque, aux sonnets de Shakespeare, et cela même si je ne comprenais pas encore l’atticisme de son écriture. Je dois trouver quelque chose à raconter, je regarde autour de moi, des vieux manuscrits, des vieux tableaux, des malles, du bois pourri, l’humidité qui désagrège les murs, pas de bruit. Pas une once de vie. J’ai l’impression d’être dans un cachot dont j’aurais la clef. Mais ma tourmente intestine m’aura fait oublier cette clef. Et alors que j’entends la triste musique de la pluie qui tombe, c’est comme le prélude à un requiem pour mon âme. Je regarde encore autour de moi. J’ai comme un pressentiment désagréable que je ne m’explique pas. Je commence à noircir une feuille de papier et je débute ma poésie ainsi : « L’espoir est mort. »