Les minutes qui suivirent consistaient à ma condamnation. Tout le monde fit heureux d’entendre que j’en avais pour 20 ans. « Sorcière ! » criaient-ils. « Tu mérites l’enfer ». Toute ma vie me défila ; comment ai-je pu en arriver là ? Tout ce que j’ai construit durant des années venaient de s’écrouler. Je n’avais plus rien ; pas de mari, pas d’enfant, pas de liberté. En cet instant précis, je compris pourquoi les gens se suicidaient. L’impression que continuer de vivre ne sert plus à rien ; une grosse boule de haine, de colère et de tristesse dans le cœur qui ne cesse de grossir ; la douleur est beaucoup trop forte. Et là je me dis qu’en finir c’est mieux.
Les policiers m’emmenèrent dans la voiture pour la prison centrale. Le long du chemin, j’étais comme tétanisée, je n’y croyais pas. Moi, en prison ! Le « si je savais ! » est tellement douloureux ; un instant où je me demandais pourquoi je n’avais pas passé mon chemin ce jour-là, pourquoi je n’étais pas remontée dans la chambre ? Pourquoi j’ai épousée cet homme, ce monstre ? Qui fait ça à la mère de ses enfants ? 20 ans de mariage ? 20 ans ? Et il ose se débarrasser de moi comme une mal propre. Me disais-je intérieurement. Et nous arrivâmes en prison.
- Bonjour la nouvelle ! je suis la directrice de la prison. Donc tu es ici sous ma responsabilité. Tu ne seras pas traitée comme une reine, mais plutôt comme la p**e et meurtrière que tu es. Ton mari m’a demandé de m’occuper de toi et je ne vais pas me gêner. Don tu n’as pas intérêt à me mettre en colère. Si tu es obéissante et tu fais tous qu’on te dit de faire, les choses se passeront bien, et tu passeras tes 20 ans tranquillement. Mais tu essaies de me taper sur les nerfs, je ferai en sorte que tes instants ici soient un véritable enfer. Vraiment qu’est-ce que nous cherchons, nous les femmes ? tu as un mari riche et généreux qui t’aime, vous avez des enfants, vous êtes heureux, mais tu trouves quand même les moyens d’écarter les jambes à son meilleur ami ? c’était quoi le problème ? il n’assurait pas au lit ?
- Je ne vous permets pas de me parler de la sorte, vous ne savez pas ce qui s’est passé.
- Nous savons tous ce qui s’est passé, t’es une prostituée.
- Seul Dieu connaît la vérité ! dis-je au bord des larmes.
- Ravale tes larmes des crocodiles ! Meurtrière ! Rosa ! Emmène là dans sa cellule et donne-lui l’uniforme
- Je suis innocente ! je ne mérite pas ce traitement ! je ne mérite pas d’être ici ! dis-je en pleurant
- C’est ici la place des racailles. dit-elle
Rosa, une des gardes m’emmena dans ma cellule ; une petite chambre. Il y avait une autre fille, beaucoup plus jeune que moi.
- Tiens ! C’est ton uniforme, portes-la toute de suite ! Les autres sont dans la cour au fond du couloir, tu peux y aller si tu veux.
- D’accord
- Je préfère te prévenir ta vie va pas être facile dans cet endroit. Ce n’est pas une place pour les gens habitués au luxe comme toi. Dit Rosa avant de s’en aller.
- T’inquiètes pas, tu vas vite t’habituer aux mauvaises humeurs des gardes et des autres détenues. Dit ma compagne de cellule
- …
- Je comprends que tu sois horrifiée, tout le monde a eu ce sentiment en venant en prison.
- Je suis innocente, je ne mérite pas d’être ici.
- D’abord sèche tes larmes avant que les autres n’arrivent. Si tu veux survivre en prison faut être une dure à cuir, sinon tu seras le ponching Ball de tout le monde ici. Je sais que c’est dur d’être accusé à tort, mais ne montre pas tes faiblesses ici. Tu me comprends ?
- Oui ! mais ça ne sert à rien. Je n’ai même plus envie de vivre.
- De quoi on t’a accusé ?
- D’un meurtre.
- De qui ?
- De l’ami de mon mari. C’est lui qui l’a tué, et m’a fait porter le chapeau. Il a monté une histoire pour me faire couler. C’est un homme très puissant. Et la seule personne qui aurait pu m’aider, c’était mon frère ! mais il est mort ? dis-je en pleurant.
- Calme-toi. Dit-elle en me prenant dans ses bras.
Je pleurai un bon coup. Je versai une quantité de larmes sur son épaule ; j’en avais vraiment besoin. Une épaule pour pleurer. Je me demandai qui était cette jeune femme si gentille, si douce, comment était-elle arriver ici.
- Merci. Dis-je
- Pourquoi ?
- Pour m’avoir prise dans tes bras. J’en avais vraiment besoin. Depuis la succession de ces évènements, je me sens si seule. Ils ne m’ont même pas autorisée à voir mes enfants.
- Tu dois t’habituer à ça. Et ne pas perdre espoir. Tu sais personne sur terre n’est éternelle, personne n’a un pouvoir éternel, les rois se font renverser, tel est la loi de la nature. Seul Dieu est indétrônable. Espère qu’un jour, tu pourras serer tes enfants contre ton cœur.
- Merci de me réconforter. Et toi, tu as des enfants ?
- Non
- Comment t’es-tu retrouvée ici ?
- J’ai tué le mari de ma petite sœur
- Pour de vrai ?
- Oui
- Pourquoi ? tu n’as pas l’air d’une meurtrière
- Eh bien ! parfois les gens nous poussent à faire des choses dont on ne se serait jamais cru capable
- Qu’est-ce qu’il a fait ?
- Il a tué ma sœur
- Quel monstre ! pourquoi ?
- Tu l’as dit, un monstre ! il la battait constamment, il ne travaillait pas, c’est ma sœur qui nourrissait leur maison, payait le loyer, les frais scolaires des enfants, etc. tous ce qu’il savait faire c’était boire l’alcool avec l’argent de ma sœur et la battre. Il la battait même devant les enfants
- Pourquoi ne l’a-t-il pas quitté ?
- Je ne sais répondre à cette question et je ne peux compter le nombre des fois que je l’ai emmené à moitié morte à l’hôpital. Je lui ai interdit cette relation, mais à chaque fois elle y retournait ; la dernière fois je lui ai dit que s’il rentrait dans son foyer toxique, elle devrait m’oublier. Et elle a choisi son mari. Une semaine après, un hôpital m’appelle pour me dire que ma sœur est à la morgue et que je devais aller signer le certificat de décès. Cet enfoiré n’a même pas eu le courage de venir contempler son œuvre.
- Il s’était enfoui ?
- Non ! Il était tranquillement chez lui en train de siroter une bière.
- C’est là que tu l’as tué ?
- Non ! les médecins avaient déjà alerté la police pour leur signaler un meurtre. Ils sont allés l’arrêter chez lui après que j’ai signé des papiers pour la plainte.
- Et qui avait emmené ta sœur à l’hôpital ?
- L’une de ses voisines. Tu t’en rends compte ? il l’avait sauvagement battue et laissée pour morte à la maison. Il était allé s’acheter une bière comme si de ne rien n’était. Comment peut-on être aussi inhumain ? ma sœur ne méritait pas ça. Peut-être qu’il croyait qu’elle allait se relever comme les fois antérieurs. Mais ça ne s’est pas passé comme ça. Le pire c’est qu’il ne regrettait même pas. Je n’aurai jamais dû la laisser avec cet homme, j’aurai dû la protéger, même de force.
- Ne penses pas que c’est de ta faute, ta sœur a choisie de rester avec cet homme malgré tout ce qu’il lui faisait subir. C’était son choix à elle.
- Je devais la protéger. Depuis la mort de nos parents j’avais promis la protéger. Nos parents sont morts quand j’avais 10 ans et ma sœur 5 ans. La famille nous a mises à la rue ; personne ne voulait prendre soin de nous. Nous avons grandi dans la rue, j’ai volé et fait de tas de choses indignes pour que ma sœur soit à l’aise. Je me suis même prostituée, j’ai vendu de la d****e, pour qu’elle puisse étudier, je voulais qu’elle réussisse, que nos parents là-haut soient fiers. Mais elle a toujours fait qu’à sa tête. Maintenant elle est morte, tous les efforts fournis n’ont servi à rien.
- Je suis vraiment désolée. Ça doit être une peine immense.
- Après l’enterrement de ma sœur il y a eu un procès. Ce monstre a été condamné à 25 ans de prison sans remise de peine.
- Mais c’est une bonne chose
- Oui ! sauf qu’après un mois il était libre
- Comment ça ?
- La police l’a libérée après un mois de prison, je ne sais pas ce qui s’est passé, je suis même allée voir la police, personne n’a pu me dire quelque chose de concret. La justice dans ce pays n’existe pas.
- Qu’a-t-il fait ? il a payé ou comment ?
- Je n’en sais rien ! j’ai passé des mois à payer des avocats, faire des appels et consorts mais rien, un policier a osé me dire que je devais m’y faire c’est tout. Sans compter qu’après la mort de ma sœur, il n’a pas voulu s’occuper de leurs enfants.
- C’est horrible ce qui t’es arrivé
- Je ne pouvais plus supporter le fait qu’il soit libre sans encombre alors que ma sœur pourrit sous terre. Je suis allée le voir chez lui tard la nuit avec deux gros bras que j’avais payés. Les deux gars l’ont maitrisé et je l’ai tué, j’ai fait en sorte que sa mort soit lente et douloureuse, puis je suis allée me rendre à la police.
- Et les enfants ?
- Je les avais déposés dans un orphelinat des sœurs avant d’aller chez leur père. Je ne suis pas fière de ce que j’ai fait, j’aurai dû laisser Dieu nous venger, maintenant ces enfants sont seuls au monde, j’en ai pour vingt ans.
- Tu vois ? toi aussi tu pleures, pleurer n’est pas synonyme de faiblesse, des fois ça soulage. Je ne connais même pas ton nom ?
- Jennifer. Tu peux m’appeler Jenna. Et toi ?
- Moi c’est Annie. Je suis ravie de faire ta connaissance, je me sens moins seule maintenant
- Moi aussi ! c’est la première fois que je parle de mes problèmes, je me sens vraiment soulagée
- T’es là depuis combien de temps ?
- Ça fait cinq ans que je suis là
Parler avec Jenna me fit un grand bien, c’est comme si on venait de m’enlever un grand poids ; c’est une très bonne thérapie. On entendit le bruit d’une sonnette, Jenna me signifia que les autres détenues rentraient dans leurs cellules. Quelques temps après, elles entrèrent accompagnées de beaucoup de bruit. Les gardes criaient sur les unes,…
- Oh ! qu’est-ce que je vois ! une nouvelle ! S’étonna une détenue
- Jenna a une nouvelle copine ! dit une autre détenue
- Alors la vieille ! qu’as-tu-fait pour atterrir ici ? dit la première
- Occupe-toi de tes affaires face de rat. Dit Jenna. Tu n’aimeras sûrement pas avoir une autre cicatrice dans le visage
- Rigole bien chérie, je vais prendre ma revanche, je vais commencer par ta petite copine. Dit la première
- Trycida, tu n’as pas intérêt à la toucher
- Sinon quoi ?
- Tu sais bien ce que je vais te faire
- Jenna tu n’as pas à te disputer à cause de moi. Dis-je
- T’inquiètes, je fais qu’une bouchée des rapaces. Dit Jenna
- Ahahahhahahahah !!!! fais attention à mes griffes. Dit Trycida
- Eh dégagez de là ! dans vos cellules ! cria un garde, oui un garde, un homme. Toi la nouvelle ! tu arrives aujourd’hui et tu veux déjà créer une bagarre, fait attention à ne pas aller dans la salle de correction. Il paraitrait que tu es la femme d’un sénateur.
- Ahahhahahahahahaha !!! (rire des autres détenues)
- T’inquiètes pas je vais bien m’occuper de toi comme un vrai époux, t’as trompé ton mari parce que tu n’étais pas satisfaite, moi je vais te satisfaire ma poule
- Ahahahahahahahaha !!!! (rire des autres détenues)
- Faut bien la prendre sergent ! cria Trycida.
- Sergent OKUM vous allez trop loin ! répliqua Jenna
- La ferme ! allez tous dans vos cellules. Extinction des feux
Je ne pu retenir mes larmes ce soir-là, je m’affalai sur mon lit, mes larmes coulaient comme si on avait ouvert un robinet, Jenna tentait tant bien que mal à me consoler pendant que les autres se moquaient. C’est en prison que je compris que les personnes qui peuvent vous aimer, vous aider quand tout le monde vous tourne le dos, ne viennent pas toujours de la famille. Il y a des rencontres exceptionnelles que nous pouvons faire et se demander comment est-ce possible ? Dans une impasse où les membres de ta famille sont incapables de t’aider, un inconnu le fait. C’est pourquoi il faut toujours entretenir les différentes relations que nous avons, car on ne sait jamais. On ne sait jamais qui nous viendra en aide au moment voulu. Nous pouvons miser sur une personne, mais être déçu et surpris de voir que la personne que nous ne considérions même pas nous aider. Je pense que c’est un mystère de la nature, les rencontres que nous devons obligatoirement faire, des bons comme des mauvais.
En ce temps je regrettais le fait d’avoir tenu tête à mon mari, mais aujourd’hui je ne suis plus du tout du même avis. Que serait devenu notre mariage ? Aurais-je pu supporter le fait de vivre avec un assassin ? Aurais-je pu regarder les enfants KIESE dans les yeux tout en sachant l’assassin de leur père ? Je crois que non. J’avais pris la meilleure décision de ma vie mais je ne le savais pas encore. Quelqu’un m’a dit une fois : parfois tu dois passer par des moments très difficiles avant de gouter au bonheur ; c’était mon père. D’ailleurs, je pensai à lui, comment a-t-il pris la nouvelle ? Avec sa maladie ? Comment va-t-il ? Pourrais-je encore le voir ? Si je dois sortir de la prison, dans 20 ans, sera-t-il vivant ? Et mes enfants, vont-ils me rejeter ? Telles étaient mes pensées. Je n’arrivais toujours pas à accepter le fait que j’étais condamnée. J’avais une douleur immense ; mes souvenirs de jeune fille me revenaient et je me disais que j’aurais pu épouser un autre homme, pourquoi avais-je choisi ce monstre. Je n’arrivais même plus à prononcer son nom.
Les lumières éteintes, toutes les autres dormaient, moi non. C’était impossible pour moi de dormir. Je n’avais qu’une idée en tête : en finir. La base du lit était faite en ressort, je retournai la mousse pour avoir accès aux ressorts métalliques, je remarquai un ressort entrecoupé, je l’approchai de mon bras droit puis de mon bras gauche pour cisailler mes veines ; c’était douloureux, mais pas aussi douloureux que ce que j’avais dans le cœur. Pendant que le sang coulait abondamment de mes veines, je me mis sur mon lit pour attendre le moment fatidique qui allait m’emmener auprès de mes ancêtres. J’adressai une prière à Dieu :
- Je meurs Seigneur, ne me refuses pas ton royaume ; j’ai toujours fait l’effort d’être une enfant modèle, mais aujourd’hui c’est au-dessus de mes forces, le suicide est un péché je le sais mais je n’en peux plus de tout ce qui m’arrive, je ne peux plus supporter Seigneur, je n’ai plus de force ; pourquoi ça doit m’arriver, qu’ai-je fait ? toute ma vie je pris soin de marcher dans la droiture, j’ai aidé tellement des gens sans rien attendre en retour, j’ai fait le bien. Aie pitié de mon âme, et accueille-moi dans ton paradis. Protège mes enfants, et fait qu’un jour qu’ils sachent la vérité. Protège aussi ma famille. Amen