la terroriser.
En remémorant ce spectacle terrible et stupéfiant, elle crut avoir vu sa sœur Emma se profiler devant elle, mais sous un autre aspect similaire à celui d’un fantôme fugace tel un poisson dans l’eau.
Elle a eu beau essayer de répondre à une avalanche de questions qu’elle s’était posées, elle n’est pas parvenue à obtenir de réponse tangible ni convaincante.
A force de se concentrer sur ses réflexions interminables, elle s’embarqua dans un processus si labyrinthique et inextricable que son esprit troublé devînt confus et incohérent. Afin de faire l’économie de son énergie vitale et de préserver le chargement de ses batteries, elle se résolut à éteindre son abat-jour pour essayer de plonger dans un sommeil doux et paisible.
Mais sa tension constante l’en empêcha et elle resta éveillée contre son gré et pendant presque toute la nuit avec les yeux ouverts dans l’obscurité ambiante. Ce n’était qu’à la fin du dernier quart de la nuit qu’elle trouva le sommeil quand ses yeux se mirent à picoter, ses paupières à s’alourdir et ses bâillements à se succéder.
L’absence de Sophie avait laissé un vide apparent dans l’entreprise. Mateo, se trouva débordé car aucun de ses employés n’avait les capacités suffisantes pour prendre au moins provisoirement le relai et assurer la bonne marche du service.
Afin de sauvegarder la qualité des services offerts aux clients et de ne pas assister à une certaine régression dans le rendement, le traiteur fit appel à sa fille Laura qui est devenue sa secrétaire intérimaire.
Grâce à son esprit lucide, à son intelligence et à la formation qu’elle avait reçue dans le domaine de l’entreprenariat, elle a pu s’acquitter à merveille de sa mission et mettre à flot l’entreprise.
Avec sa présence, certains employés qui passaient leur temps à ébruiter des ragots, ont été remis à leur place. S’apercevant du dépassement important du seuil de rentabilité et de la mise à niveau de la qualité des services opérés par sa fille, Mateo, qui voulait que la situation financière de son entreprise s’améliorât de plus en plus, lui exprima son émerveillement et sa satisfaction des changements positifs auxquels, elle a procédé depuis sa désignation à ce poste clé de secrétaire.
Pour mettre en valeur le travail de Sophie et faire reconnaître les résultats positifs de ses efforts, Laura avoua à son père que c’était grâce aux cours d’initiation reçus auprès de sa secrétaire qu’elle savait comment motiver et faire impliquer le personnel et encore moins pouvoir gérer son revenu pendant les périodes économiques austères et pallier aux situations de crises particulières et passagères.
Un jour, en début de semaine, alors qu’elle s’affairait dans son bureau, le téléphone sonna et Laura décrocha. C’était une voix étrange, mais douce et suave qu’elle n’a jamais entendue auparavant.
— Allô, bureau de l’entreprise du traiteur Mateo, la secrétaire Laura est à l’appareil.
— C’est Milo, le fils des Louis. Bonjour mademoiselle ou madame.
— Mademoiselle, monsieur, dit-elle. En quoi me vaut l’honneur de cet appel ? dit-il.
— Je viens d’appeler monsieur Mateo sur son portable, mais je suis tombé sur le répondeur.
— Le patron n’est pas joignable pour le moment, monsieur Milo, dit-elle. Mais si vous avez un message, je peux le prendre. Je suis sa secrétaire personnelle et sa fille.
— Ah, quel plaisir de te connaître, dit-il. Ton père m’a longuement parlé de toi et il n’a pas menti. D’après ce qu’il m’a raconté à ton sujet, j’ai l’impression que tu incarnes vraiment le portrait type d’une fille intelligente et douée de capacités et de bon sens.
— Merci de ces paroles, si nobles et éthérées, qui vont droit au cœur, dit-elle. Mon père m’a souvent parlé de vous et de vos affaires qui vont à merveille.
— Merci en retour de l’intérêt que vous portez tous à mes produits. Si jamais, tu désires quoi que ce soit, tu seras la bienvenue dans ma bijouterie. Nous avons les meilleurs joyaux qui puissent faire de toi la princesse la plus élégante.
— Chic alors ! dit-elle en lui faisant un sourire béat et épanoui qui se comprend en quelque sorte à travers le son modulé de sa voix.
— Alors, prends le temps de venir nous voir, dit-il, nous aurons toute l’amabilité de t’accueillir à bras ouverts.
— Je prendrai le temps qu’il faudrait pour faire un tour à votre bijouterie, dit-elle. Mais, à propos de votre appel, dites-moi, monsieur, ce que vous voulez dire à mon père si ce n’est pas une affaire privée.
— Non, non, ça n’a rien de privé, dit-il. Je voudrais seulement lui dire que puisque la sortie en forêt, prévue pour ce dimanche passé, n’a pas eu lieu à cause de l’incapacité physique de Sophie, j’ai décidé d’organiser une réception chez moi à la maison et j’ai besoin de vos services. J’aimerais bien que tu sois, toi, aussi présente parmi mes invités.
Au cours de cette conversation téléphonique, Mateo rentra de la ville et il passa directement à son bureau pour déposer sa mallette et se mettre au travail, mais, attiré par la voix de sa fille qui parlait au téléphone, il s’en est sortie, séance tenante et alla la voir.
Dès qu’elle a vu son père atterrir dans son bureau, elle demanda à son correspondant :
— Monsieur Milo, veuillez rester en ligne et ne raccrochez pas, mon père vient d’arriver. Si vous voulez, je vous le passe.
— Ok, merci, dit-il. Je suis content qu’il soit rentré à point nommé, j’ai vraiment besoin de lui parler.
— C’est monsieur Milo? dit-il.
— Oui, c’est bien lui. Tenez, dit-elle en lui tendant le combiné, il est encore en ligne.
— Allô, monsieur Milo, Tout va bien ?
— Absolument, dit-il.
— Excuse-moi de ne pas avoir répondu à votre appel, dit Mateo, mon téléphone a été mis sur mode vibreur et je n’ai pas pu me rendre compte de votre appel.
— Tu étais en voyage, je suppose, dit Milo.
— Non, j’étais voir ma secrétaire chez elle.
— Alors, dis-moi, comment va-t-elle ? demanda Milo.
— Elle va bien maintenant et dans deux jours, elle sera disponible pour reprendre son travail, dit Mateo.
— C’est une bonne nouvelle, je suis content de son rétablissement, dit Milo. Dans ce cas, elle sera parmi nous, d’abord à la réception, puis à la forêt lors de notre prochaine sortie.
— Espérons qu’il n’y aura pas d’évènement fâcheux cette fois-ci, dit le traiteur.
— J’ai l’impression que notre pique-n***e se déroulera dans de bonnes conditions, dit-il avant de raccrocher.
En écoutant toute la conversation entre le fils des Louis et son père, Laura avait compris que son père portait une attention particulière à sa secrétaire plutôt qu’à sa tante à elle, qui vivait dans des illusions. Afin de s’en assurer, elle lui posa la question de savoir s’il existait une certaine alchimie entre eux.
Et Mateo de répondre :
— Je pense, ma fille, que Sophie sera d’ici peu la femme de ma vie. Je suis très attaché à elle et je l’aime de tout mon cœur. Même si je ne lui ai pas encore déclaré ma flamme amoureuse pour lui faire savoir mes vrais sentiments, j’ai l’impression que, elle aussi, sent quelque chose pour moi.
— Moi, cher papa, je n’ai aucune objection et je te jure que je ne m’opposerai jamais à tes projets de mariage. Si tu sens le besoin de refaire ta vie avec une autre femme, tu as toutes les raisons du monde de ne rien craindre. Ma mère, qui a disparu depuis longtemps, ne pourra en aucun cas représenter une embûche dans tes choix. Personne ne sait si elle est morte ou vivante ou si un jour elle réapparaîtra.
— Même si elle revient, dit-il, je ne pense pas que j’aurai encore le désir et l’envie de me remettre avec elle. Tout est d’ores et déjà terminé entre nous. La page de cette vie conjugale, chancelante et boiteuse à l’époque, est tournée à tout jamais. Que tes frères et encore moins ta tante ne m’en veuillent pas si je veux redonner un nouveau sens à ma vie.
— Mes frères, tu les connais, mon petit papa, dit-elle. Je pense qu’ils vont accepter le fait accompli et qu’ils ne diront pas non à ce mariage. Quant à ma tante, je suis sûre qu’elle va piquer une crise de nerf et qu’elle va mettre des mains et des pieds pour t’embrouiller l’esprit avec ses discours moralisateurs et faire en sorte que la cérémonie du mariage n’aura pas lieu.
— Cette psychopathe ne me fait pas peur, dit-il. Si tu savais, l’autre jour elle m’a menacé de divulguer un secret au public et moi, je ne sais pas de quoi elle parle.
— Ce ne peut être qu’un secret de polichinelle, dit-elle. Laisse-la divaguer. C’est tout ce qu’elle peut faire pour surmonter ses peines et sa mélancolie. Cette femme ne se rend pas compte que ses facéties ne peuvent susciter que le rire et l’ironie. C’est dommage pour elle.
Mateo n’a jamais pensé que sa fille se rangerait à ses côtés dans ce genre de projets et il se réjouit de lui dire en substance :
— Je suis tellement fier de toi, ma fille, et je ne te souhaite que le meilleur. Ta présence à l’entreprise était pour moi une occasion d’en savoir plus sur ton caractère et de connaître ta manière de concevoir les choses. Pour toi, je suis rassuré que tu feras une carrière brillante et tu auras une vie des plus meilleure. Pour ce qui est de tes frères, j’ai peur qu’ils ne soient pas victimes de la déperdition scolaire. Pendant les jours de convalescence de Sophie, ils sont restés livrés à eux-mêmes et je ne pense pas que ta tante ait pris la peine de superviser au moins leurs études.
— Ma tante ne peut pas faire grand-chose à ce sujet. Ces derniers temps, elle paraît très occupée et je ne sais pas ce qu’elle est en train de manigancer avec le jardinier. Leurs rapports sont devenus de plus en plus étroits. Nous devons savoir ce qu’ils nous cachent avant qu’ils ne nous prennent de court.
— Qu’est ce qu’ils ont à nous cacher ces deux là si ce n’est pas un sentiment d’amour qui les rapproche l’un de l’autre ? dit-t-il.
— Si c’est le cas, dit-elle, nous devons nous en réjouir.
— J’ai peur que ça ne soit pas autre chose, dit-il. A mes yeux, l’être humain dans sa totalité est semblable en certains points à un océan. Il est d’une profondeur inouïe qu’on ne peut explorer et en toucher le fond qu’à la seule condition d’être un scaphandrier invétéré. J’ai l’impression que ta tante et le jardinier ne sont que des cachotiers qui cachent leur vrai visage derrière un rideau de fer opaque. De mon vivant, j’ai toujours peur des bombes à retardements. J’ignore jusqu’à ce jour ce qui s’est produit dans ma vie conjugale. Avec une femme comme ta mère, il pourrait se produire des choses inimaginables. Ces derniers temps ce jardinier ne m’inspire plus confiance. Il est devenu un vrai imposteur et duplice qu’il faut surveiller de près
— Comme quoi, cher papa ? demanda-t-elle. En te faisant des soucis, tu es en train de semer le doute au fin fond de mon âme et d’ébranler ma confiance.
— Sois forte ma fille, dit-il, et ne te formalise pas trop de mes soupçons infondés.
Pour changer de sujet, Mateo revint à la question de l’appel de tout à l’heure passé par le fils des Louis et posa à sa fille la question de savoir comment Milou s’est-il comporté avec elle au téléphone.
Ne voulant pas faire part à son père de la manière dont elle a perçu sa voix douce et ses mots nobles, Laura resta silencieuse et pour noyer le poisson, elle esquissa en guise de réponse un sourire béat qui en dit long sur son émerveillement.
Afin de ne pas l’intriguer par ce genre de questions inhabituelles, Mateo n’insista pas assez pour lui soutirer quelques impressions et dit :
— Milo est un homme d’affaire généreux et bienveillant. Il s’active dans la production et la commercialisation des joyaux. Ses bijouteries sont les meilleurs magasins qui grouillent en permanence d’acheteurs qui sont pour la plus part des couples nouvellement fiancés, des filles et des femmes. Si tu veux faire un tour pour t’acheter un truc, je peux t’emmener là-bas. Je connais l’endroit et la majorité des vendeurs me connaissent. Qu’en penses-tu.
— J’aimerais bien que tu sois avec moi pour me tenir compagnie.
— Ok, je le ferai le jour où nous aurons le temps suffisant. Maintenant, je dois te laisser. J’ai des choses à régler avec les fournisseurs. N’oublie pas de préparer toutes les factures que nos clients devront nous payer.
— Rassure-toi, cher papa, tout sera régler ce jour même.
IX
La visite de courtoisie effectuée par Mateo, qui voulait s’enquérir de l’état de santé de sa secrétaire, avait laissé un impact positif sur Sophie et sa mère Lena. Son père Julien, qui travaillait comme chauffeur de la maison de Milo, s’est beaucoup réjouis de cet acte bienveillant et généreux et regretta son absence lors de l’arrivée du traiteur.
Par un soir, alors que ses parents voulaient trancher avec elle au sujet de sa relation avec son patron, Sophie, qui se préparait à reprendre son travail aux côtés de Mateo, montra une certaine réticence au sujet de ce que certains de ses collègues considéraient comme étant un début d’une relation idyllique.
Son père, qui avait l’habitude de croire aux bruits de couloir, lui posa la question de savoir si vraiment ce patron occupait une place importante dans sa vie ou ce qui se disait n’était rien que des ragots. Et Sophie de répondre :
— Absolument, petit papa, dit-elle, cet homme signifie beaucoup de choses pour moi, mais, à présent, il reste à mes yeux mon patron et toute relation, qui puisse exister entre nous, n’est pour l’instant que purement professionnelle. Si certains employés voient les choses autrement, moi, je pense qu’ils se trompent lourdement.
— Ton père et moi, dit sa mère, sommes dans l’expectative et souhaitons que les promesses de cet homme soient réalisables.
— Je n’ai pas parlé de promesses, maman, dit-elle. Je ne sais pas pourquoi tu me fais dire ce que je n’ai pas dit. Ne soit pas si expéditive et garde les pieds sur terre. Tes ambitions démesurées n’ont rien à voir avec la réalité et encore moins elles ne s’apparentent pas à mes intentions. Alors, pour sortir de la confusion qui t’aveugle, tu feras mieux de mettre un peu d’ordre dans tes idées.
— Ne sois pas si dure avec ta maman, dit son père. Tu la connais mieux que personne. C’est le type de femme qui se laisse séduire par ses rêves et cette manière de vivre ne fait mal à personne.
— Qu’elle continue à rêver ! dit Sophie. En procédant de la sorte, elle ne tient pas la baguette magique pour changer le cours des choses.
— Je ne change pas le cours des choses, ma fille, dit sa maman, mais je crois que je n’aie pas tort de penser aux meilleures perspectives pour ton avenir et de te souhaiter une vie brillante. Si tu comptes te marier pour faire des enfants prépare-toi le terrain avant de planter le décor. Cette façon d’agir est une œuvre de longue haleine.
— Ta mère a raison, ma fille, ajouta son père. Concentre-toi un peu sur l’essentiel et n’accorde pas beaucoup de temps à ce qui est accessoire et contingent. Ta mère vient de me dire que ton patron t’a chargée de t’occuper de ses enfants en dépit de la présence de leur tante qui se croit être la maîtresse de maison. Cela veut dire à mon sens qu’il est en train d’aménager le terrain pour s’approcher encore plus de toi. Pense à ta vie et profite de cette opportunité pour gagner à tout jamais son estime et encore moins son amour.
— Tes exhortations, cher papa, dans certains domaines, m’étaient toujours d’une grande utilité, mais s’agissant de ma vie privée, je ne pense pas que le moment soit opportun pour vous de me prodiguer des conseils prématurés. En tant que parents, vous avez toutes les raisons de vous porter à mon secours à chaque fois que vous me voyez patauger dans une situation inconfortable et embarrassante. Ce droit d’agir au nom des liens de sang, qui nous unissent, je vous l’accorde avec plaisir, mais concernant mon cas personnel, je vous conjure de me laisser réfléchir et de ne vous aviser pas de me mettre la pression.
— Que tu le veuilles ou non, ma fille, dit sa mère, nous sommes censés connaitre la particularité du terrain de jeu où tu t’engages et encore moins le type de personne avec qui tu as envie de faire ta vie. Ne le prends pas mal si nos actes de parents soucieux te paraissent en porte-à-faux avec les tiens.
— Changeons de sujet, maman, veux-tu ? Tu sais très bien que mon attention est à présent focalisée sur autre chose qui vaut mille fois plus que les racontars des uns et des autres. Je n’ai pas de compte à rendre à qui que ce soit.
— C’est toi qui sais, ma fille, dit son père. Vu ton intelligence et ton esprit lucide, nous ne saurions pas être de vrais connaisseurs en matière de rapport relationnel pour pouvoir te juger sur tes actes et contredire tes initiatives.
Afin de sortir de ce type de dialogue infructueux, Sophie demanda à sa mère de lui préparer un café bien corsé et se tourna vers son père :
— Comment est ce que tu es, cher papa, chez la maison des Louis ?
— Disons que je suis plus ou moins à l’aise dans ce travail. Etre chauffeur suppose de la patience et du sang froid. Ma relation avec les employés est bonne jusqu’à ce jour bien que parfois, il m’arrive de me fâcher contre le majordome Tony. Cet homme se croit être capable de faire le beau et le mauvais temps. A travers son langage grossier et écœurant, je ne ressens que de la haine et de l’antipathie.
— Ne bouscule pas la ruche et continue de faire ton travail, cher papa. Moi, je vais en toucher un mot à monsieur Milo pour qu’il le remette à sa place. Si tu fais ton travail correctement, tu n’as rien à craindre. Tony n’est pas Milo et quoi qu’il dise, le dernier mot revient au patron.
Après quelques instants, Lena apporta le café sur un plateau et se mit à servir sa fille et son mari. Sophie qui en savoura le bon goût, remercia sa mère avant de reprendre la conversation et dire à son père :
— Milo est un grand homme et je ne pense pas qu’il descendra au niveau le plus bas pour écouter les balivernes de son majordome.
Lena, qui ne savait pas de quoi était-il question se versa une tasse de café et tendit l’oreille à la suite de la conversation, tenue entre son mari et sa fille. Quand elle parvint à savoir de quoi s’agissait-il, Elle dit à sa fille :
— Avec ce majordome, qui n’en finit guère de se targuer du peu de liberté et de pouvoir dont il dispose, ton père, qui adopte une attitude victimaire, se plaint matin et soir et dès sa rentrée à la maison de la duplicité ostentatoire affichée par cet homme servile et obséquieux.
— Et ta relation avec les autres employés de la maison, comment est-elle ? demanda Sophie.
— Elle est mi-figue, mi raisin et ça ne pourrait pas être autrement. Certaines gens, si madrés et malicieux soient-ils, qui veulent gagner l’estime des uns et des autres, usent souvent d’une hypocrisie démesurée dans leurs rapports quotidiens avec autrui. Quant à moi, je ne sais pas si j’en fais partie ou pas.
— Un hypocrite, quoi qu’il en soit, restera toujours comme tel et sa vie ne prendra que de mauvaises tournures, dit sa femme. Alors, fais en sorte que ta conduite au sein de cette maison soit honnête et irréprochable.
— Maman a raison, papa, si tu veux garder ton respect ainsi que celui des autres, offre-toi la possibilité de te comporter de la façon la plus adéquate et appropriée.
— Je n’ai jamais cessé, ma fille, de rectifier ma conduite et de me remettre de mes fautes à chaque fois qu’il fallait. Travailler aux côtés des gens qui feignent d’ignorer la moindre règle de respect et encore moins de civilité, n’est pas une chose aisée. Mais, si ça se trouve, il faut faire avec et continuer son petit bonhomme de chemin.
— C’est une question d’habitude, dit Lena. Tu n’es pas le seul à avoir des ennuis dans le milieu où tu travailles. Moi, aussi, j’en ai autant que toi, mais je fais en sorte de les dépasser et de faire comme si rien n’était. Le travail à la clinique ne diffère pas assez de celui des entreprises ou des autres établissements concernant les problèmes rencontrés dans le déroulement des services. Quoi qu’il en soit, il n’est pas des plus difficiles à faire. Mais il exige autant de patience que de vigilance et de professionnalisme. Je pense que Sophie est tout à fait d’accord avec moi.
— Dans chaque domaine de travail, dit Sophie, il existe, qu’on le veuille ou non, des problèmes inhérents dont on ne peut jamais se débarrasser définitivement et en un coup de baguette magique. Les rapports entre employés affectés dans une boîte ou dans un service donné sont la chose la plus difficile à gérer. Cela dit, il faut qu’on cesse de pleurnicher comme une madeleine et prendre à bras-le-corps nos responsabilités.
— C’est vraiment l’attitude la plus judicieuse et convenable qu’il faut adopter pour s’y prendre avec le monde du travail, ajouta son père. Dorénavant, moi, je ferai encore plus de mon mieux pour être l’homme le plus placide, doux et encore moins stoïque et inébranlable face à l’adversité sous toutes ses formes.
— Si tu arrives à te maintenir dans les rangs de ce type de personne, dit Sophie, ta vie s’épanouira comme une fleur qui s’ouvrira aux rayons de soleil levant, libérant les scarabées couverts de pollen.
— C’est une belle comparaison, ma fille, dit-il. Qui de nous ne souhaite pas que sa vie soit ainsi ?
— Il n’y a pas de doute que tout un chacun aspire au meilleur de lui-même, ajouta sa mère.
— Alors aspirons ensemble à ce qui pourrait faire notre bonheur, dit Sophie, qui s’excusa auprès de ses parents d’avoir interrompu la conversation pour aller ranger sa garde-robe dans sa chambre et préparer les vêtements qu’elle devra porter au travail.
Julien et Lena restèrent à discuter des choses de la vie. D’un sujet qui les amena à un autre, ils ont évoqué le devenir d’Emma qui a disparu de la surface de la terre depuis belle lurette sans plus donner signe de vie.
Etant allongée dans chambre au moment où l’on parlait d’elle,, Layla, les yeux grands ouverts, le regard rivé vers le plafond, les mains croisées sur la poitrine et les jambes légèrement écartées et bien tendues, était plongée dans ses réflexions interminables quand le téléphone sonna.
En décrochant avec méfiance et angoisse, elle tomba sur la voix tranchante du même homme et dit :
— Qu’est ce que tu veux ? Pourquoi tu ne te montre pas ?
— J’ai des engagements envers ta sœur et je ne peux pas trahir sa confiance en agissant à l’encontre de ses consignes.
— De quelle sœur tu parles ? dit-elle. Tu n’es qu’une chiffe molle qui ne me fait pas peur avec cette voix étrange qui ressemble à celle d’un homme de caverne.
— Fais gaffe à ce que tu dis et garde-toi de ménager ton langage, dit l’homme inconnu. En te comportement avec moi de cette manière si grossière, tu risques de le payer cher. Moi, en tant que messager, je ne suis pour rien dans ta relation conflictuelle avec ta sœur. Ma mission ne consiste qu’à transmettre ce que tu dois savoir.
— Qu’est ce que je dois savoir de ce que vous savez, tous les deux, cette g***e, qui se prend pour ma sœur, et toi, le s******d et l’homme inconnu. Combien elle te donne pour que tu viennes perturber mon sommeil au milieu de la nuit avec tes appels à la c*n. Est-ce que tu n’as pas honte de porter atteinte à l’intégrité morale d’une femme qui ne t’a jamais fait de mal ? Est-ce que tu n’a pas honte de te soumettre au bon vouloir de cette trainée qui a bafoué tous mes droits à l’héritage parental ? A ta place, je n’aurais pas accepté de vendre ma dignité moyennant je ne sais quel prix.
— Cesse de me prodiguer ce genre de propos moralisants, dit-il. Je ne suis pas ton élève ou ton enfant. Je t’ai appelée pour deux choses.
— Alors qu’est ce que c’est ? Dis-le une fois pour toute, dit-elle, la voix enrouée et le cœur serré.
— Parmi les dernières volontés de ta sœur, je te rappelle que si tu t’avises de divulguer ses secrets au public et encore moins à Mateo et aux enfants, ta vie deviendra un enfer.
— Est-ce que cette g***e est morte ? demanda-t-elle.
— Ce n’est pas important, dit-il en éclatant de rire.
— N’essaye pas de me jouer sur les nerfs, tu n’y arriveras pas. Tu n’es rien qu’un imposteur et un hypocrite effronté et sans scrupule. En agissant au nom d’une traînée qui m’a dépouillé de mes biens, tu finiras tes derniers jours dans le pétrin. Si j’avais su où tu te caches, je t’aurais déjà envoyé deux de mes hommes pour te lyncher.
— Aucun des tes hommes ne sera capable de se mesurer à moi en quoi que ce soit. Je suis invincible, sauvage et barbare. Ne sois pas naïve. Un homme de mon envergure n’agit jamais seul. Il est toujours soutenu et appuyé de tous les côtés et aucun mal de quelque provenance que ce soit ne pourra jamais l’atteindre. Je crois que je suis on ne peut plus clair et net. Alors ne te jette pas dans la gueule du loup. Tu as intérêt à te plier à ma volonté et ne faire que ce que je veux, moi.
— Que vous aillez brûler en enfer, tes acolytes et toi ! dit-elle en lui raccrochant au nez.
Cet appel téléphonique avait mis Layla dans tous ses états. L’homme inconnu, qui l’avait harcelée pour la deuxième fois, lui avait semé le doute et la suspicion dans le cerveau sur la mort de sa sœur dont elle a aperçu