Suite chapitre VII

5000 Words
rien de mal qui puisse nous vexer. Je connais le caractère de Layla comme ma poche.              Quand le jardinier et Laura arrivèrent près de la voiturette, Layla n’était pas là. Bruno avait du mal à retourner à son travail et la laisser tomber et à ce propos, il s’interrogea :        —  Que faut-il faire, alors ?           — Attends-moi ici, je vais la chercher dit-elle. Je pense qu’elle aurait dû être à la cuisine.              En rentrant à la maison, Laura croisa la servante qui allait entrer dans le salon de séjour et elle l’interrogea :              Hé ! Nora, tu n’as pas vu ma tante ?        — Ta tante n’est pas là. Elle  est sortie tout à l’heure, dit Nora.        —  Mais pourquoi, diable ? demanda-t-elle. Elle vient juste de rentrer.       —  Apparemment, elle a oublié toutes ses clés au magasin de vente où elle fait habituellement ses emplettes.       —  Je ne crois pas ce que tu racontes, dit Laura. Ces clés dont tu parles, elle les avait à la main, je les ai vues tout à l’heure.       —  Avant qu’elle sorte de la maison, je l’ai entendue parler au téléphone avec je ne sais qui. Dès qu’elle avait raccroché, elle est venue me chercher pour me dire qu’elle a perdu ses clés. Comme tu me connais, Laura, moi, je ne cherche pas à comprendre ce qui ne me regarde pas ni de près ni de loin et cette façon de faire me va très bien. Je deviendrai insolente si je te dis qu’elle ment.        — Tu ne va rien dire, Nora, ma tante ne ment pas. Je te préviens, ne t’avise pas de parler d’elle à qui que ce soit et encore moins de façon négative. Si elle est sortie sans sa voiturette, c’est peut-être pour une autre raison que dont nous n’avons aucune idée. Alors, occupe-toi de tes oignons et ne tends pas l’oreille tout le temps pour écouter toutes les conversations privées qui se déroulent au sein de cette famille. Ce comportement ne te mènera nulle part et tu risques d’être découverte et mise à l’index ou plutôt expulser de cette maison. Alors va continuer ton travail et ne  pose plus de questions.             Au terme de cette conversation  mi-figue, mi-raisin, Laura alla dans sa chambre pour se changer, puis elle rejoignit le jardinier qui l’attendait encore à côté de la voiturette de sa tante à elle.              Quand elle constata qu’il avait l’air préoccupé, elle lui posa la question de savoir de quel problème s’agissait-il. Et Bruno de répondre :       — Mon problème, dit-il, c’est que cette tendeuse ne fonctionne plus comme avant. Elle doit être remplacée par une autre le plus tôt possible, sinon tout ce travail que  je fais ne sera qu’un travail bâclé ou à moitié fait. Cette machine est devenue vétuste et obsolescente. Ses lames de coupe sont endommagées et le moteur s’emballe et dégage de la fumée noire et étouffante qui pourrait polluer l’air ambiant.       — Rassure-toi, Bruno, je vais, dès aujourd’hui même, en toucher un mot à mon papa pour qu’il t’en achète une autre,  neuve et sophistiquée. Qu’est ce que tu en penses ?      — En agissant de la sorte, dit-il, tu me rendras un grand service. J’ai horreur de laisser en rade mon travail à cause du mauvais fonctionnement de cet engin  défectueux, qui me racasse en me brouillant l’esprit jour et nuit. Figure-toi que je ne dors plus à poings fermés comme avant. Il m’arrive ces derniers temps de me lever au milieu de la nuit une à deux fois pour aller aux toilettes et prendre le temps de me regarder dans la glace, ne serait ce que pour voir ces yeux rougeâtres et larmoyants, qui me piquent, faute de sommeil suffisant. Quand je reviens au lit, je me mets à battre des ailes comme un coq mal égorgé, à bouger, à remuer les pieds et à tourner pendant qu’un mélange d’idées noires et confuses  me trotte en tête.             Laura, qui était une fille intelligente et pleine de curiosité, ne laissa pas passer  ce moment opportun de poser au jardinier la question de savoir s’il était marié et avait des enfants.             Bruno, qui se montrait réticent à propos de son mariage, resta silencieux un moment avant de dire la vérité à sa manière :      — Moi, je n’ai jamais été marié officiellement, mais j’entretenais une relation amoureuse extraconjugale avec une femme qui m’aimait à la folie. Combien j’ai souhaité avoir un garçon ou une fille de ton genre qui pourra illuminer ma vie et me rendre heureux quand il le faut. Or, ce n’était pas le cas. Ma vie de manœuvrier, fantaisiste, pauvre et sans ressources avait pris une tournure particulière et comme j’étais dépassé par l’âge, je me suis résigné en fin de compte à croupir en vase clos tel un prisonnier enfermé par la faute de ses erreurs.                En l’écoutant lui raconter brièvement son histoire de fornicateur effronté qui n’avait pas la moindre honte d’empiéter sur les plates b****s d’autrui et de porter préjudice à la vie conjugale d’un couple, Laura se retourna contre lui  et le traita de personne malhonnête et à caractère indécent.              Touché au fin fond de lui-même par le revirement sévère de Laura, Bruno regretta ses actes et lui dit :        — Ne m’en veux pas trop, mademoiselle, l’erreur est humaine et même Adam en a commis une quand il avait mangé le fruit défendu de l’arbre de la connaissance du bien et du mal.            —  Ce que Adam a commis, les orthodoxes,  le qualifient de pêché originel ou péché ancestral. Et ton péché à toi de quoi peut-on le qualifier ? demanda Laura.          — Je n’en sais rien, mademoiselle Laura. Mais, pour me décharger du poids si pesant des frasques impulsives de ma conduite aberrante, je te promets que le jour de mon repos, je vais me rendre à l’église pour me confesser entre les mains d’un prêtre afin de ne plus vivre avec ce poids sur la conscience.         — Tu as intérêt à le faire, dit-elle. Si veux que je t’accompagne, je le ferai sans hésiter. Moi aussi, j’ai besoin de prier pour ma chère maman afin qu’elle revienne. Tu ne peux pas savoir combien le sentiment nostalgique de la retrouver me taraude. C’est difficile pour moi de rester frustrée de la présence de ma mère et de passer le restant de ma vie à vivre au jour le jour dans l’espoir de la revoir sans qu’un signe ne vienne me confirmer son retour.        — Prends ton mal en patience, mademoiselle Laura, dit-il. Quoi qu’il t’arrive, ne capitule pas et habitues-toi de ne jamais désespérer. La vie nous fait des surprises dont nous ne savons pas le moment exact où elles se manifestent. Ta tante n’est toujours pas revenue, qu’allons nous faire ?         —  Regarde-la qui arrive, dit-elle.         —  Excusez-moi de vous avoir laissés poireauter, dit Layla.         —  Mais qu’est ce que tu as ma tante ? On dirait que tu viens de verser de grosses larmes, tes yeux le disent. Un problème ? Raconte-moi, veux-tu ?        —  Aujourd’hui, il m’est arrivé d’assister à un truc bizarre que je n’arrive à croire mais je ne peux rien raconter. C’est un secret que personne ne doit savoir. Le jour où il aura perdu son caractère de confidentialité, il surgira en surface et nos affaires prendront à fortiori de nouvelles  tournures. Alors ne m’oblige pas, ma nièce, à te faire part  des choses qui ne sont pas bonnes à dire. Venez avec moi, j’ai encore toutes les courses dans le coffre.         —  Ouvre-moi le coffre, madame, je vais te les apporter dans ta chambre.         —  Ok, Bruno, dit-elle, mais attention aux objets fragiles qui pourraient casse facilement en cas de mouvement brusque.          —  Rassure-toi, madame, il ne leur arrive rien et ils resteront intacts.         —  Puisque tu te charge de ce travail, prends les clés pour amener la voiture à son endroit habituel et prends soin de bien fermer le coffre et les portières.                Quand il avait fini d’apporter tous les paquets dans la chambre de Layla, le jardinier se mit au volant de la voiturette, mit les contacts et démarra sans problème, mais à son arrivée à l’endroit où il devait la déposer, le cœur lui cognait dans la poitrine au moment où les freins à pieds avaient lâché.               Quand elle avait heurté le mur, le moteur coupa et la voiturette s’arrêta. Le jardinier, qui resta désemparé quelques minutes avant de descendre du véhicule remarqua que le pare choc fut endommagé.              Sans se laisser impressionner par cet incident fortuit, il alerta, séance tenante, madame Layla qui accourut vers son véhicule pour l’examiner et constater l’importance  des dégâts.               En voyant le pare choc tout cabossé, Layla qui soupira de colère et d’indignation, se tourna vers le jardinier pour lui passer un savon :      —  Tu as vu ce que tu as fait, monsieur le jardinier. Tu dois payer les pots cassés.        —   D’accord, madame Layla, dit-il. Mais ayez la décence de m’écouter. Les freins de ta voiture sont tellement défectueux qu’ils m’ont joué un tour sans que je le sache auparavant. Je présume que je suis fautif en rien qui puisse me mettre en cause.        —  Tout ce que tu dis est archi faux, dit-elle. Mois, je connais ma voiture. Je l’amène souvent chez le mécanicien pour la diagnostiquer. Ce qui vient de se produire est dû à ton manque d’attention. Depuis ton retour de l’enterrement de ta sœur, tu me parais bizarre et tu as l’esprit ailleurs. Tu n’as pas par hasard cherché à retrouver ton amour d’antan ?         —  Est-ce que tu te moques de moi, madame, en disant des choses pareilles ? dit-il.        —  De mon vivant, je n’ai jamais cherché à me moquer de qui que ce soit. Cela ne fait pas parti de mes habitudes. Tu avances des choses sur moi en faisant semblant d’ignorer ma manière d’être. Tu travailles dans cette maison, il y a belle lurette et tu te comportes cependant comme un étranger. Dis-moi que tu as bousillé ma voiture par manque de prudence et de concentration et je m’abstiens de  te tenir rigueur.       — Crois-moi, madame Layla, je ne suis pas un chauffard frivole qui ne sait que faire des accidents là où il passe. J’ai un permis de conduire qui date de plusieurs années et je n’ai pas d’antécédent dans le fait d’avoir, par exemple, renversé un passant ou heurté mon propre véhicule  ou celui d’un autre.       —  Est-ce que tu peux me montrer ce permis dont tu parles ? demanda-t-elle.      —  Oui, je peux le faire, mais laisse-moi du temps pour le chercher dans mes affaires, dit-il.      —  Ok, je te laisse le temps qu’il faudra. Ce que nous devons faire maintenant, toi et moi, c’est d’aller chez le tôlier pour faire réparer le pare choc.       — Et quelles excuses, je devrai donner au patron ou à mademoiselle Laura s’ils se rendent compte de mon absence non autorisée ?      — Détrompe-toi, Bruno, les autorisations, c’est moi qui les accorde. N’oublie pas que je suis la maîtresse de maison. Ecoute-moi,  je te préviens que si tu t’avises à ignorer ma présence dans cette maison, je te fais sauter la cervelle.      —  Avec quoi, madame ? demanda-t-il avec ironie.             Sans prendre le temps de lui répondre, Layla resta un peu pensive avant de lui dire :        — A propos, j’ai besoin d’un pistolet. Est-ce que tu peux m’aider à en avoir un ? Avec une arme, je peux me défendre et me protéger contre les assaillants de tout genre.      — A ma connaissance, Tu dois avoir un permis de port d’arme, sinon tu risques d’être arrêtée et jetée en prison pour motif : possession d’arme à feu non autorisée.      —  Ne me parle pas de ces formalités pour me mettre des bâtons dans les roues, dit-elle. Moi, je ne veux pas passer par ces acrobaties administratives pour obtenir l’autorisation d’avoir une arme. Mais, je veux seulement en dégoter une autrement et quand je l’aurai eue, je ne serai pas si bête de l’avouer aux gens à cor et  à cri.              Pour tester ses arrière-pensées ainsi que ses visées de longues portées, Le jardinier lui posa la question de savoir comment ça se fait qu’une telle idée lui vint spontanément à l’esprit ?             Et Layla de répondre :       —  Cela fait plusieurs mois que cette idée m’a effleuré l’esprit de façon itérative et comme je n’ai pas pu m’en départir pour l’abandonner en définitive, je l’ai laissée germer. Etant donné qu’à  ce moment précis, la conversation nous a entraînés à ce sujet évoqué, elle s’est manifestée d’elle-même et si fort qu’elle devienne persistante.      — Vous les riches d’aujourd’hui, vous avez toujours peur d’autrui, lança-t-il à son adresse pour voir sa réaction.      — Tout simplement parce qu’on est vulnérable. Malgré nos points forts, nous en avons d’autres qui sont faibles. C’est en raison de cette faiblesse que, moi, j’ai décidé d’avoir un revolver uniquement pour me défendre et me protéger, pas pour blesser ou tuer des gens.       — Je pense que votre raisonnement, madame, ne tient pas debout. Disposer d’une arme, même de façon licite, ne te confère pas le droit de l’utiliser sur un coup de tête et quelques soient les raisons. Alors oublie cette idée infernale et mène ta vie à l’instar du  commun des mortels,  sans peur et sans angoisse. Moi, je ne veux pas qu’on te jette dans le cachot à cause des bêtises insensées que tu peux éviter de commettre à loisir.      —  Tes leçons de moral, dit-elle, ne signifient rien pour moi. Tu feras mieux de les garder pour toi. Ma décision dans ce sens est déjà prise et quoi qu’il en soit je ne me raviserai pas.               Devant la réaction brutale et directe de Layla que n’en faisait qu’à sa tête en plusieurs situations, Bruno garda le silence et demeura figé comme un épouvantail muet et sans âme, qui n’a rien d’humain que la ressemblance.              Layla, qui ne voit en lui qu’un exécutant, l’obligea de l’accompagner à un  cabaret, appelé Les lys, situé en centre ville. Sans broncher, le jardinier accepta de répondre à son injonction en s’abstenant de tout commentaire.              Après avoir amené sa voiturette chez le tôlier et par une soirée dominicale, Layla, accompagnée de son jardinier, prit un taxi qui les amena à l’endroit indiqué.              A leur arrivée devant la porte du cabaret, elle graissa la patte à un videur en lui tendant un billet de banque, d’une valeur assez importante, qu’elle tira subrepticement de son hand bag.              En recevant cet argent, l’homme en question les a conduits dans un endroit  pour VIP et leur demanda :       —  En quoi puis-je vous aider, monsieur-dame ?       —  En une seule chose, dit Layla en reprenant confiance en elle.        —  Laquelle ?       —  Je veux que tu m’aide à prendre contact avec quelqu’un qui puisse me vendre une arme à feu.         —  Comme quoi, par exemple ? demanda le videur.         —   Je veux un revolver, dit-elle.         —   Et quoi d’autre ? demanda-t-il.       —  C’est tout ! dit-elle.             Le videur de ce cabaret, où des clients de toute catégorie affluaient en nombre important, ne connaissait qu’assez peu de trafiquants de ce genre d’arme. Mais en se souvenant d’un homme avec qui il avait beaucoup d’affinités, il demanda à Layla et à son jardinier d’attendre et fila  le chercher             La serveuse, qui s’occupait de l’endroit pour VIP, se dirigea vers la dame et son compagnon. Après un salut d’usage, elle dit :      —  Monsieur-dame que puis-je pour vous ?            Absorbée dans ses réflexions interminables, Layla ne lui accorda aucun intérêt et continua à supputer ses chances de pouvoir dégoter la personne la plus discrète, qui pourrait lui vendre le revolver de contrebande qu’elle désirait avoir.              Bruno, qui ne voulait pas laisser attendre la serveuse, fit signe à Layla  pour qu’elle exprimât sa commande.      — Excuse-moi, mademoiselle, dit-elle. Je n’ai pas fait attention à toi.       —  Pas de problème, madame, je suis à votre service, dit-elle, le sourire aux lèves.       —  Puisque, tu le dis, je pense que tu pourras m’aider, dit Layla, l’air sérieux.        —  Si tu veux que je t’apporte la lune, je n’hésiterai pas une seconde, mais ce service, madame, ne pourras pas se faire gratis.        — Arrête de me faire part de tes conditions. Moi, je comprends les choses à demi-mot et je sais où tu veux en venir, dit Layla. Alors approche-toi et tends l’oreille.       —  Ok, madame, je suis toute ouïe. Dis-moi ce que tu veux au juste ?       — Je veux que tu m’aides à entrer en contact avec un contrebandier. Je voulais dire un t********t d’arme. J’ai besoin d’un pistolet et je ne sais pas à qui m’adresser.        — Je te serai d’une grande utilité, madame, dit-elle, mais laisse-moi quelques minutes pour discuter avec mes contacts. Sous peu, je t’apporterai la réponse. Sois patiente et n’en parle à personne d’autre. Excuse-moi, je vais vous chercher votre commande d’abord,  puis je me pencherai immédiatement sur votre cas.        —  Ok, vas-y ! dit Layla en se tournant vers Bruno pour lui poser la question de savoir ce qu’il pensait du videur et de la serveuse.              Pour ne pas s’impliquer avec elle dans cette sale affaire de trafic, le jardinier lui répondit :     —  Moi, je ne connais personne dans ce cabaret parce que je n’ai jamais mis les pieds ici. En plus, je ne sais même pas comment fonctionne ce genre d’endroit et que peut-il se cacher derrière cette ambiance soit disant festive et spectaculaire. Ce tape-à-l’œil tout comme ces apparences de jeu de lumière et cette musique stridente qui fait danser et vibrer tout ce monde fou, confus et disparate de gens qui viennent se défouler et faire tout ce qui leur enchante, me décontenance et me trouble.      —  Ne sois pas si naïf, cher Bruno, dit Layla. En dépit de ce corps musclé et bien bâti, il me semble que tu sens la frousse. Qu’est ce qu’il t’arrive, bon sang. Tu n’es même pas capable de t’accorder quelques minutes pour avoir une vue d’ensemble sur ce monde qui t’embarrasse, dis-tu.              Bruno qui croyait que toutes ses réponses étaient inutiles pour Layla, garda le silence et se mit à boire la limonade qu’on lui a servie.              Après un certain laps de temps, le videur réapparut. Il se dirigea directement vers Layla pour lui dire que l’homme qu’il connaissait n’est plus de ce monde parce qu’un psychopathe de son quartier l’avait tué avec un coutelas lors d’une rixe. Pour conclure, il ajouta :       —  Je suis au regret de vous dire, monsieur-dame, que je ne connais personne d’autre qui peut vous aider à ce sujet. Si vous me laissez un peu de temps, je pourrai me débrouiller pour vous mettre en contact le moment venu avec quelqu’un d’autre qui s’y connait dans ce genre de contrebande.        —  Non, merci, dit-elle. Ne te casse pas la tête avec ce genre de choses qui ne font pas partie à ce que je pense de tes attributions de videur. Excuse-nous de vous avoir dérangé.        —  Vos désirs sont des ordres, madame. C’est avec les gens comme vous que notre vie prenne de l’importance. Sans vos pourboires qui me permettent de joindre les deux bouts, je n’aurai pas pu survivre à mes crises financières car le salaire que je touche  s’avère trop insuffisant  pour  me maintenir  à flot.               Layla, qui ne supporta pas ce genre de discours, alla aux toilettes et le laissa discuter avec Bruno qui lui dit : .   —  Je suis désolé pour vous, monsieur, dit le jardinier. Bien que votre  cas me fasse mal au cœur, je te conjure de garder la tête haute et  de ne jamais te  mettre à ressasser au premier venu tes problèmes quelle que soit ta situation. Cette dame que j’accompagne ici au cabaret est une femme généreuse et bien attentionnée, mais revers de la médaille, elle déteste tous ceux qui viennent pleurnicher à ses pieds. Fais gaffe à ce que tu dis la prochaine fois et tiens-toi à l’écart des champs minés et encore moins des bourbiers macabres où tu risques de t’enliser jusqu’au cou.             Quand le videur avait fini d’écouter les paroles moralisantes du jardinier et s’en alla, la serveuse, suivie d’un homme revint vers Layla, mais ne l’ayant pas vue, elle demanda :   . —  Où est elle passée, ta compagne ?    —  Aux toilettes, dit-il en dévisageant l’homme de la tête aux  pieds           C’était un type qui semble âgé d’une trentaine d’années, de taille moyenne et bien bâti. Il avait le visage ovale et injecté de sang, les yeux vifs, les cheveux coupés à ras, les moustaches en brosse à dents, vêtu de tee-shirt rouge, jaquette à capuchon noir, pantalon de jean délavée et d’une paire d’espadrilles de sport. Il était coiffé d’une casquette à visière noire et portait à la main deux bagues argentées, brillants et incrustées de pierres de cristal.                Quand Layla sortit des toilettes, elle se dirigea vers la serveuse et l’homme assis avec le jardinier. Sans lui poser la question de savoir son identité, elle avait compris que ce type de personne, qui incarne l’extravagance  et l’effronterie, ne peut être qu’un contrebandier.               Après avoir pris le temps de se serrer la main et échanger quelques mots qui n’en manquent pas moins de courtoisie, ils s’isolèrent dans un autre coin du cabaret abrité des regards pour discuter du genre d’arme désiré, du prix et de la date de livraison.              Au terme de leur négociation, qui n’a pas duré plus de dix minutes, Layla revint s’asseoir avec le jardinier pour reprendre son souffle et offrir, à la serveuse servant d’intermédiaire, un pot de vin bien mérité.              Entièrement Satisfaite de cette  récompense, elle remercia d’abord Layla infiniment et la félicita d’avoir trouvé ce qu’elle cherchait, puis elle s’en alla prestement retrouver ce t********t :      —   Comment ça s’est passé, votre rencontre, dit-elle.        — A merveille, dit-il. Je pense  que cette dame est spéciale et atypique. Depuis que je m’active dans ce genre de trafic, je n’en ai jamais rencontré une autre qui soit aussi généreuse que celle de tout à l’heure. Aujourd’hui, c’est sans conteste notre jour de chance.  Apporte-moi à boire et je te donnerai ton pourcentage qui sera cette fois-ci bien étoffé.      —   Qu’est ce que tu veux prendre ? dit-elle.        —  Une bouteille de whiskey, toi et moi, nous allons trinquer à notre chance.       —  Je ne peux pas me permettre le luxe de m’attabler avec toi pour porter un toast pendant les heures de service. Le patron pourrait  me surprendre et m’envoyer balader. Alors file-moi mon argent et laisse-moi faire mon travail.      —  Comme tu veux, ma jolie. Mais dis-moi, quand est ce que nous allons dîner ensemble ? demanda-t-il. —  Quand je serai libre et disponible, nous ferons nos quatre volontés, dit-elle. Alors, lâche-moi maintenant, j’ai beaucoup de clients à servir sans faute ni retard. Sous peu, le spectacle va débuter avec la rentrée triomphale de la reine du cabaret qui va se produire d’entrée de jeu. Avant sa représentation, il faut que la soirée des clients qui l’apprécient et l’admirent soient bien arrosée.         —  Moi, je me pose toujours la question de savoir pourquoi cette chanteuse a le privilège d’être traitée autrement que les autres.        — Vas le demander au patron et tu auras la bonne réponse que tu n’as jamais entendue, dit-elle avant de le laisser tout pensif.                                               VIII              Layla et le jardinier revinrent à la maison où personne n’est encore éveillé sauf La servante qui avait encore les lumières  allumées. Pour faire montre de sa vigilance, elle sortit de sa chambre et alla à la rencontre de la pseudo-maîtresse de maison et du jardinier qui lança à son adresse :      — Quelle vigilance ! Tu es toujours sur le qui-vive, Nora. Malheur aux intrus qui envisagent la possibilité de s’aventurer à pénétrer dans cette maison. Dis-moi, est ce que tu es capable de les repousser s’ils tentent  de  commettre un vol par effraction et de s’en prendre  à toi ?      —  N’oublie pas, monsieur le jardinier, que nous avons ici un chien qui est à même de repousser une meute de loups même s’ils sont  affamé.              Layla qui a abhorre ce genre de plaisanterie ironique qu’elle trouva de mauvais goût se retourna contre eux et dit :       — Alors, ça suffit, vos deux, vous êtes en train de me taper sur les nerfs. Je n’ai pas la tête à supporter votre bavardage de petits enfants. Faites-moi plaisir de vous taire avant que ne je vous cloue le bec à ma manière. Vous êtes là uniquement pour travailler et pas pour que l’un se gausse allégrement de l’autre. Bruno rejoins immédiatement ta chambre, c’est l’heure où tu dois te coucher. Un jardinier qui a du pain sur la planche doit être un lève-tôt. Toi, Nora, tu ne vas nulle part pour l’instant, j’ai besoin de toi.      —   Ok, madame, dit-il. Je te souhaite bonne nuit.              Dès qu’il s’en est allé, Layla se tourna vers Nora et lui posa la question de savoir si tous les enfants sont rentrés tôt à la maison. Et la serveuse de répondre :      —  Janis et Luka sont rentrés  tôt à la maison, mais Laura n’est pas là.      —  Où est-elle passée ? demanda Layla.     —  Momo, le chauffeur,  est venu la chercher. Il  m’a dit que le patron a besoin d’elle à l’entreprise.      — Ah, bon ! dit Layla. J’espère qu’elle prend la place de cette g***e de Sophie en attendant l’arrivée d’une nouvelle secrétaire. Moi, je vais m’arranger à ce que les choses changent de cette manière.         — Bon, rentrons à la maison, dit Layla. J’ai passé une journée  si difficile aujourd’hui que j’ai besoin de me détendre.      —  Voulez-vous, madame, que je vous prépare quelque chose à manger.      —  Non, non ! dit-elle. Vas dans ta chambre et laisse-moi seule. Je n’ai besoin de rien.        — Je pense, madame, dit la servante, qu’une infusion de camomille te calmera les nerfs et te donnera envie de plonger dans un profond sommeil. Qu’en pensez-vous ?       —  Je vais me la préparer moi-même, dit-elle. Alors, arrête de m’embêtez avec tes questions  insistantes et  vas-t-en.              Sans broncher, Nora alla dans sa chambre.              Quand Layla s’enferma dans sa chambre et s’allongea sur son lit pour dormir, le souvenir de cet appel anonyme de l’autre fois lui revint à répétition et l’effraya. La voix sonnante de cet homme qui l’invita à se rendre au café n’en finit pas de l’estomaquer ni de               
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