Suite 2 chapitre VI

5000 Words
se trouvaient Mateo et Lena ainsi que Sophie qui s’apprêtait à quitter l’hôpital.        — Excusez-moi, patron, j’étais en train de vous chercher pour vous dire que je vais revenir sur les lieux de l’accident pour récupérer la voiture. Elle doit être encore sur place.        — Nous allons tous les trois là-bas, mais nous devrons d’abord déposer Sophie et sa mère chez eux et passer ensuite notre chemin.       — Ne vous inquiétez pas, monsieur, dit Lena, nous allons rentrer par nos propres moyens. Ma voiture, je l’ai laissée garée au parking devant la clinique.        —  Ok, on va vous laisser, dit-il. Prends soin de toi Sophie. Si tu as besoin de quoi que ce soit, n’hésite pas à m’appeler. Je te conseille de prendre quelques jours de repos pour ta convalescence.       —  Je le ferai patron, dit-elle. Merci pour votre soutien.              En prenant congé de Mateo et ses compagnons, Sophie et sa mère prirent le chemin de la clinique qui se trouvait à dix minutes de marche de l’hôpital.              En cours de chemin, la secrétaire posa à sa mère la question de savoir quelle  impression avait-elle sur le patron. Et Lena de répondre :      —  Je trouve que c’est un type amène et affable qui déborde aussi bien de bonhommie que de générosité. Mais dis-moi. Est-ce qu’il est marié ?       — Je m’attendais à ce genre de questions que tu me poses toujours, maman. Oui, il est marié et père de trois enfants, deux garçons et une fille. C’est celle qui était avec nous tout à l’heure.       —  Et pourquoi sa femme n’est pas venue avec lui ? demanda sa mère.      —   Parce qu’elle n’est pas là, dit Sophie.      —  En voyage, je suppose ? demanda sa mère.      —  Elle a disparu depuis longtemps, dit Sophie, mais personne ne sait ce qu’il est advenu d’elle.      —   Ce peut être un e********t, non ?      —  A fortiori, c’est une fugue, dit Sophie. Les employés n’en cessent pas moins de l’ébruiter dans les couloirs de l’entreprise.       —  Emma n’était pas une épouse fidèle. Elle trompait Mateo avec des hommes, dit Sophie. Sa sœur en sait beaucoup sur ses aventures amoureuses. Elle ne cesse guère de menacer son beau  frère de raconter à tout le monde les secrets de sa vie conjugale antérieure que lui-même ignorait. En tenant ces informations, elle le chante pour lui clouer le bec à chaque fois qu’il manifesta sa colère contre elle. A vrai dire, cette femme est le type de personne prétentieux et aigri qui incarne de la malhonnêteté et de l’hypocrisie. L’autre fois, elle m’a fait une scène devant la porte d’entrée de la maison du patron.      —  Mais pourquoi ? demanda sa mère       — Tout simplement parce qu’elle ne supporte pas ma présence auprès du patron et encore moins de ses enfants dont il vient de me charger de la supervision de leurs études.      —   Et tu l’acceptée, cette mission, demanda sa mère.       —  Je ne peux pas dire non au patron parce qu’il m’estime et apprécie beaucoup mon travail et ma manière de l’aider à résoudre les problèmes des clients qui en viennent à se plaindre de la qualité du service rendu.              Sans vouloir parler trop des problèmes des autres, Lena changea de sujet et dit :        — Voilà ma bagnole, elle est toujours sur place. Elle m’est toujours utile, mais je suis un peu négligente en ce qui concerne les opérations de révision et d’entretien. Lors de mon prochain congé, je compte l’amener à la maison pour qu’on me fasse le diagnostic car me parait-il, son moteur commence à s’emballer ces derniers temps        — Tu as intérêt à le faire parce qu’un jour tu peux tomber en panne dans un coin isolé et sombre où les risques d’être agressé sont éminents.               En s’approchant de sa voiture, Lena constata quelque chose d’anormal et dit à sa fille :       —  Mince alors !       —   Qu’y a-t-il, maman ?      —  Mais regarde, nous avons une crevaison et je ne suis pas à même de changer une roue, dit sa mère. C’est vraiment la  poisse.       —  Ne t’en fais pas, maman, dit Sophie. Je vais m’en occuper. Je suis habituée à ce genre de situation. Monte dans la voiture pour te reposer.              Sur un coup de fil, Mateo, qui vient d’arriver juste chez lui, prit sa voiture et se rendit illico presto à l’endroit indiqué. En le voyant descendre de son véhicule, Sophie accourut à sa rencontre et dit :       —  Excuse-moi patron de vous avoir dérangé.      —  Ne t’inquiète pas, dit-il. Mais ta mère ?      —  Elle est en train de se reposer dans la voiture.      —  Ok, dit-il.                En l’espace de quelques secondes, Mateo, mit en place la roue de secours, serra les gougeons, enleva le cric et souhaita bonne nuit à Sophie et sa mère qui se sont rentrées saines et sauves chez elles.             Aussitôt qu’il arriva à la maison et posa les pieds à terre, Layla, qui était plantée en face du garage comme une sentinelle remplissant sa faction de garde, lança à son adresse :      —  Est-ce qu’elle est morte, ta secrétaire ?      — Quelle question banale et insensée ! Tu n’as pas d’autres choses à faire ? Cesse d’être antipathique sinon, tu risques de devenir détestable aux yeux de tout le monde. Est-ce que je peux  savoir quel intérêt tu obtiendras si elle est morte.      —  Ce sera un grand soulagement pour moi. Cette g***e, je la considère comme étant mon premier ennemi depuis le jour où je l’ai croisée.           — Tu es une malade mentale et tu n’as pas d’autres choix que d’aller consulter un psychiatre sans quoi tu risques de perdre définitivement  la raison.        —  Rira bien qui rira le dernier, dit-elle. Tu ne sais pas à qui tu as affaire. C’est dommage pour toi. Si tu continues à me déprécier en donnant beaucoup plus d’importance à ta secrétaire, je te promets qu’un jour toute la ville de cette île apprendra qui tu es. Je ne vais pas parler de tes origines, mais d’autre chose de maléfique qui te colle toujours à la peau et dont tu n’en a la moindre idée. Et même si tu te mets à le deviner matin et soir, tu ne parviendras jamais à le savoir. Alors, dis-toi bien que c’est moi la maîtresse de maison après ma sœur. Si tu tentes d’aller contre ma volonté et de jouer mauvais jeu, tu risques de perdre la partie.        — Avec toutes tes menaces de femme qui se veut être scandaleuse, tu ne me feras jamais peur. Je suis le maître de cette maison et le père de ces trois enfants que tu l’admettes ou non.              Afin d’arrêter cet échange d’expressions houleux, Mateo la laissa aboyer comme une chienne et se dirigea vers la cuisine pour chercher quelque chose à mettre sous la dent. Il tomba sur   Laura qui était en train de préparer une soupe de légumes qui sentait la saveur. Il la félicita d’avoir pris  de telle initiative et dit :       —  Et la servante où est elle passée ?       — Elle doit être dans sa chambre, répondit-elle. Il se peut qu’elle ne soit pas encore remise de son malaise de tout à l’heure.      —  Laissons-la se reposer, dit-il.           Janis et Luka, attirés par l’odeur exquise de la soupe, se joignirent à leur père et sœur pour assouvir leur faim. Ils préfèrent dormir l’estomac bien garni plutôt que vide.              En les voyant atterrir comme deux vautours affamés, il les invita à ce repas de circonstance particulière qu’ils ont partagé tous ensemble avant de rejoindre leur chambre pour se coucher et être prêts le matin à affronter une nouvelle journée.                                                VII                 Le lendemain, au lever du soleil, Layla alla à la cuisine pour préparer à manger. A son entrée, elle fut surprise du désordre qui régnait là dedans. Elle constata qu’aucun ustensile n’est lavé ni rangé à sa place, que l’évier était rempli de saletés et que les épluchures de légumes jonchaient le sol.              Elle croyait que par la faute de cette secrétaire qui commença à s’ingérer dans la vie familiale, cette maison risquerait de perdre peu à peu sa dignité et devenir in fine semblable à un dépotoir.              Mais, tout en réfléchissant à des solutions appropriées, il se promettait de prendre des mesures drastiques à l’encontre de tout intrus et de l’empêcher de tenter quoi que ce soit pour perturber la vie de ses neveux ainsi que la sienne.             Pour essayer d’oublier ses soucis d’hier, Layla se dirigea vers la chambre de la servante de maison. Elle frappa à sa porte en lui enjoignant l’ordre d’aller jeter un coup d’œil à la cuisine. Nora lui répondit :      — J’y vais tout de suite, madame,. Veuillez m’accorder quelques minutes pour que je puisse me mettre en tenue de travail.      —  Mais, bon sang, dépêche-toi, cria Layla, le temps presse et il faut que les enfants prennent leur petit déjeuner avant d’aller à l’école.              Sur ce, Layla passa dans le jardin pour admirer le ciel, s’imprégner de la luminosité douce des rayons du soleil printanier, contempler les arbres qui commençaient à fleurir et regarder les hirondelles qui survolaient l’espace vers du gazon et planaient à basse altitude en faufilant entre les maisons.               Avec le gazouillement intermittent de certains oiseaux et la musicalité saccadée du chant d’autres, elle se sentait tellement de bonne humeur et bien à l’aise qu’elle n’hésita pas de saluer son beau frère et lui demander de l’excuser pour ses grossièretés et ses mauvais agissements à son égard.              Mateo qui allaient monter dans la voiture pour rejoindre son travail, marqua un temps d’arrêt et fait signe au chauffeur pour l’attendre.            Layla s’approcha de lui et en guise d’introduction, elle lui dit :     —   est ce que tu n’es pas passé à la cuisine ?     —  Pourquoi faire ? Tu sais très bien que, moi, je ne vais que rarement dans cet endroit. Mes petits déjeuners, je les prends d’habitude dans le bureau sur une table réservée à cet effet.      —  Je n’ai pas besoin de savoir où, quand et avec qui tu prends ton petit déjeuner, dit-elle. Ce que je veux te dire plus précisément a un rapport avec l’état lamentable dont vous avez laissé la cuisine hier.      — Appelle la servante pour qu’elle la nettoie et laisse-moi partir. Le temps est tellement précieux que je ne dois pas le consacrer à ses problèmes secondaires.              Quand la voiture démarra et prit la direction de la sortie, Layla resta figée dans ses certitudes et se mit à soliloquer  sur son sort : «  Tu ne l’emporteras jamais sur moi, Mateo, le temps te le dira. Pourquoi, diable, tu ne te rends pas compte que j’ai tous les atouts nécessaires pour faire une bonne épouse capable de prendre soin de toi matin et soir ? Je te promets que je garde le secret dont je suis sûre et certaine qu’il pourra te détruire, une fois divulgué.  Si tu prends la peine de jeter ton dévolu sur moi, je n’avoue rien qui puisse te faire du mal. Sous cette condition, je fais de toi un borgne qui restera roi dans le royaume des aveugles »                Tout en étant absorbée dans ses pensées, Layla vit la voiture de son beau frère rentrer à la maison. Elle constata que ce n’était que le chauffeur qui s’arrêta près d’elle et coupa le moteur avant de descendre.          —  Qu’y a-t-il, Momo, je te vois un peu pressé ? demanda-t-elle.           —  Je suis revenu chercher la mallette du patron, il m’a dit qu’elle est dans sa chambre.         —  Attends, dit-elle en allant voir.                Layla, qui a fouillé toute la chambre de fond en comble, n’a rien trouvé et elle revint vers Momo pour lui dire avec ironie :       —  Je suis désolée, il n’y a aucune mallette. Je pense qu’il aurait dû l’oublier chez sa secrétaire. C’est elle, seule, qui peut savoir  ce qu’il en est de ses affaires.              Au moment où Momo s’apprêta à s’en aller, son téléphone sonna. C’était le patron qui lui demanda de revenir.  Il se mit au volant, démarra la voiture et quitta la maison sans donner aucune explication  à Layla sur l’objet de cet appel.              En le regardant s’en aller sans lui dire quoi que ce soit, Layla, qui le prenait pour un c****n et impoli, ne lui accorda aucun intérêt. Elle continua à profiter de cette agréable matinée en marchant sur les plates b****s de gazons et de laitues que le jardinier entretenait à merveille.               A peine était-elle sur le point de quitter le jardin, qu’un homme apparut devant la porte d’entrée. Il paraît avoir la quarantaine, de taille normale, aux cheveux un peu grisonnants, plein de charme et d’un aspect séduisant. C’était pour tout dire un type bien bâti, à la musculature puissante, solide et vigoureuse, habillé d’un tee-shirt rouge, d’un pantalon de jean délavé et chaussé d’espadrilles, la tête coiffée d’une casquette. Il portait  pour tout bagage un   sac à dos à sangles, accroché aux épaules.               Quand elle avait reconnu sa voix, elle s’est dépêchée  d’aller  ouvrir en lui disant  à l’emporte pièce :       — Ce jardin qui a besoin d’arrosage n’a guère cessé de pleurer ton absence. Quelle surprise ! Avance !       — Me voilà de retour, chère Layla, dit-il en lui serrant chaleureusement la main. Mon unique sœur est morte et enterrée et il ne me reste en ce bas monde qu’un seul être si chère et aimable qui pourrait  m’être un jour d’une utilité inouïe.       —  Ne t’inquiète pas, cher Bruno. Afin de ne  provoquer ni cri d’indignation ni créer de sentiment de haine, tu n’as pas intérêt à bousculer la ruche. Le temps se chargera de révéler ce qui se cache à présent sous les décombres du passé.       —  Est-ce que le patron est là ? demanda-t-il.       —   Non, il est sorti, dit-elle.       —   Et les enfants où sont-ils ? demanda-t-il              Layla, qui ne supportait pas qu’on lui posa ce type de questions qu’elle trouva banales et sans intérêt, lui demanda d’aller voir  sa chambre pour la nettoyer et épousseter ses draps et couvertures.                Bruno, qui s’est absenté presque une vingtaine de jour pour assister à l’enterrement de sa sœur, se dirigea d’abord vers la niche pour voir le  chien Bob. Ensuite, il passa dans le petit magasin pour vérifier ses outils de jardinage. Enfin, il est allé dans sa chambre avec l’esprit tranquille.                Layla, qui se croit faire le beau et le mauvais temps à l’intérieur de cette maison, s’est rendue à la cuisine pour mettre les points sur les « i » avec la servante qui n’en finit pas moins de se plaindre des douleurs qu’elle ressentait au niveau de son bras droit.         —  Dès qu’il fit son entrée soudaine, elle lui lança de but en blanc :         —  Hé, toi, où en es-tu avec tes histoires de fatigue et de douleurs ? Avec moi, n’essaye même pas de jouer la maligne. Si tu veux devenir paresseuse et nonchalante, ta place ne sera plus là. Compris ?        —  Non, madame, dit-elle. Ne soyez pas si cruelle avec moi. Vous me connaissez, madame, depuis belle lurette. Je ne suis pas une fainéante qui cherche à se dérober. Si vous décidez de me renvoyer, vous risquez de commettre une injustice. Alors, ne vous précipitez pas de faire ce qui vous chante. Je pense que ni les enfants ni monsieur Mateo ne seront d’accord avec vous. Mon travail de servante, je l’accomplis comme il se doit. Si vous remarquez quelque régression de ma part pendant ces deux derniers jours, cela ne veut pas dire que j’ai déposé les armes. Si vous me privez de mon travail, vous regretterez votre acte. Les servantes d’aujourd’hui sont susceptibles et elles se mettent facilement en colère. Ne vous avisez pas à chercher une remplaçante car vos agissements irréfléchis pourraient se retourner contre vous.        —  Je ne vais pas te renvoyer, rassure-toi, dit Layla. Toi, aussi tu connais les secrets qui hantent cette maison et je t’expulse dehors, tu ne retiendras pas ta langue. Si jamais tu te hasardes d’ébruiter  quoi que ce soit, je te ferai couper cette langue. Compris ?        —  Oui, madame, je ne dirai rien qui puisse vous porter préjudice.       —  Alors là, en te comportant de la sorte, tu feras partie intégrante de notre camp, dit Layla. A propos, je te rappelle que  Bruno, le jardinier, vient de rentrer à la maison, ce matin-même. Comme d’habitude, il va te soulager de la corvée supplémentaire dont tu t’es chargé durant son absence. Je veux dire en l’occurrence, l’arrosage du jardin y compris les plates b****s gazonnées, le lavage mensuel du chien, sa nourriture et son abreuvage ainsi que les promenades que tu lui faisais tous les jours hors de la maison. Il t’apportera aussi de l’aide au moment où tu auras quelques matériels lourds à déplacer ou des couvertures et matelas plus ou moins humides qu’il faut mettre à sécher au soleil et au vent. Je pense que tu en seras satisfaite en voyant cet homme t’apporter un coup de main au jour le jour.         — Certainement, madame, dit-elle. Je serai tellement soulagée que je ferai de mon mieux pour vous régaler de repas savoureux et exquis.        —  C’est ce qu’on attend de toi, Nora. Alors,  ne me déçois pas.  Bon courage !              En sortant de la cuisine, Layla, qui avait besoin de changer d’air, se mit au volant de sa voiture et quitta la maison pour  aller faire du shopping.               Bruno, qui s’est remis de sa consternation, quitta sa chambre après l’avoir nettoyée et passa prendre son outillage, déposé au petit magasin, pour reprendre ses travaux de jardinage.               Quand Laura rentra à la maison, il était en train de travailler pour rattraper le temps perdu. Attirée par le bruit strident de la tendeuse à gazon qui faisait écho dans tous les coins de la maison, la fille du traiteur n’en crut pas ses yeux. Elle marqua d’abord un temps d’arrêt pour s’assurer de la personne qui poussait la machine puis elle avança vers lui pour le saluer et lui exprimer ses condoléances.                En voyant Laura arriver à sa hauteur, le jardinier qui transpirait abondamment, s’arrêta immédiatement et coupa le moteur de son engin pour entendre la voix douce et suave de cette belle fille aimable à qui il offrait des bonbons et du chocolat.       —   Quel plaisir de te voir, ma jolie, dit-il.        — Je suis très contente de te voir retourner à la maison, monsieur, Bruno. J’espère que tu t’es bien remis de tes peines et de ta tristesse. Nous sommes tous affligés par la mort de ta sœur et en pareille circonstance, je te présente, au nom de la famille,  nos sincères condoléances.      —  Merci, ma fille, je suis très touché de ce geste d’empathie et de compassion et je te souhaite le meilleur dans ta vie.      —   Quand est ce que tu es revenu ? demanda-t-elle        —   Il y a à peine quelques heures. Je n’ai vu pour l’instant que ta tante et toi. Mais, je la trouve un peu bizarre. Qu’est ce qu’elle a au juste ?       —  Tu connais autant que moi ma tante, dit-elle. C’est une femme lunatique et instable qui change d’humeur de temps à autre. Je ne peux te dire exactement ce qu’elle a, mais je peux t’avouer qu’elle vient de se chamailler avec Sophie, la secrétaire de mon père.        —  Et pourquoi alors ? demanda-t-il          —  Pour rien au monde si j’ose dire. Moi, je crois que ma tante va loin et ses agissements de femme prétentieuse et aigrie dépassent les bornes. Malgré l’intervention de mon père rien n’est rentré pratiquement dans l’ordre et cette animosité latente entre ces deux femmes  pourrait surgir en surface et s’enflammer à tout instant.         —  Depuis que votre mère a disparu, ta tante s’est donné un mal de chien pour vous élever et prendre soin de vous. S’il y a quelqu’un qui mérite vraiment une quelconque récompense, se serait elle et personne d’autre. Tu dois comprendre, Laura, que ton père vit à présent en célibataire et qu’avec sa fortune, il est le plus convoité de la ville. Toute femme, qui croit jouir d’un tant soit peu de charme, pense qu’elle a le droit d’avoir le désir et  l’envie de tenter sa chance de l’épouser, ne serait-ce que pour vivre dans le luxe et mener une vie de princesse. Au stade où l’on en est, votre tante se considère comme étant la seule et unique femme qui mérite  d’être entourée de plus d’égards et d’attention de la part de votre père.        — Tu veux dire qu’elle a des projets en tête et qu’elle est en train de faire une fixette sur mon père  pour le séduire ? demanda-t-elle.             De peur de ne pas perdre plus de temps à discuter des visées chimériques et illusoires de Layla, Bruno, qui avait du pain sur la planche, souhaita bonne journée à Laura, puis en tirant sur le cordon d’allumage, il redémarra son engin et reprit son travail tout en respectant les précautions d’usage.               Laura qui aimait assister à ce travail de jardinage passionnant, resta plantée sur un coin des plates b****s comme un piquet et observa le mouvement rythmé de va et vient du jardinier qui orienta son outil avec adresse et dans le sens de lignes droites.               A chaque fois qu’il arriva à sa hauteur, Bruno leva la tête, tourna lentement le regard en sa direction et lui esquissa un sourire qui en disait long.               Laura, qui se contenta de la gentillesse et de la générosité du cœur de cet homme, leva la main au niveau de son oreille et la remua lentement de gauche à droite en guise d’au revoir.               Le jardinier qui a compris le message, arrêta sa machine et en fit de même, puis il continua à travailler.              Quand Layla rentra à la maison avec sa voiturette luxueuse, Laura était encore dans le jardin tout près de la niche de Bob, son meilleur chien. Elle était en train d’examiner son pelage et de le caresser sous le cou.             En descendant de son automobile, Layla fut surprise par la présence de sa nièce qui accourut vers elle pour l’aider à porter ses courses.           — Comme tu es serviable, ma nièce ! dit-elle. Je n’avais pas idée que tu sois là à m’attendre pour me donner un coup de main.          —  A dire vrai, je ne savais pas qui tu étais sortie, dit-elle.  Tu sais quoi ? Quand j’ai été voir le chien tout à l’heure, je l’ai trouvé un peu sale et la niche sentait le renfermé à cause de la mauvaise odeur de ses crottes.        —  Ne t’inquiète pas. Ce problème de chien ne va plus se poser comme avant. Le jardinier va s’en occuper. J’en ai déjà parlé avec la servante et  elle se sent soulagée de cette corvée. Tu as bien fait d’aller jeter un coup d’œil là-bas.      —   J’étais aussi avec Bruno, dit-elle.       — Qu’est ce que vous vous disiez ? demanda Layla qui  prenait le restant des courses se trouvant encore dans la malle de sa voiturette       — Rien de spécial, dit-elle. Entre Bruno et moi, il n’existe aucun lien de sang qui pourrait me rapprocher davantage de lui. Ce qui me plait le plus chez cet homme, c’est sa simplicité et sa modestie. Sa voix paternelle me donne de la confiance et de la sérénité bien que je considère que celle de mon père biologique est la meilleure en ce qu’elle représente pour moi.       —  Tu n’en finis pas de tarir d’éloges à l’égard de ton père, dit sa tante. Il doit être très content d’avoir une fille adorable, pleine de tendresse  et de compassion. Je te félicite, ma nièce. Aide-moi maintenant à apporter tous ces paquets  à l’intérieur de la maison.       —  Qu’est ce qu’il ya dedans, ma tante ? Ils  sont un peu lourds à soulever.        —  Si tu n’arrives pas à les déplacer à quelques mètres, laisse-les à leur place. Je vais appeler Bruno pour qu’il nous donne un coup de main.        —  Laisse-moi faire ma tante, dit Laura, je vais l’appeler.              En courant à toute allure travers les arbres du jardin, Laura buta contre une motte et s’écroula dans une flaque d’eau remplie de fange. Avant de pouvoir se relever, elle resta affalée quelques secondes dans la boue. Ses vêtements ainsi que son visage ont été barbouillés.               Le jardinier, qui s’est aperçu de sa chute, délaissa sa machine et se porta à son secours.      —  Que t’a-t-il arrivé, mademoiselle ?  dit-il. Attends, je vais t’apporter de l’eau pour que tu te laves.               En ouvrant d’un quart de tour le robinet du jardin pour remplir l’arrosoir, Bruno remarqua que l’eau ne coulait pas. Pour remédier à la situation, il est allé à vive allure dans sa chambre pour en chercher une ou deux bouteilles.               A son retour, il n’a pas vu Laura là où elle l’a laissée. Il a cru qu’elle était rentrée à la maison. En faisant un tour d’horizon alentour, il l’a vue dans un autre coin du jardin, tout près de la niche du chien, en train de se laver avec de l’eau fraîche d’un autre robinet qu’on avait mis en place pendant son absence. En s’approchant d’elle,  Laura lui dit :      —  Excuse-moi, monsieur Bruno, j’ai oublié de te dire que ce robinet est hors service et que mon père vient de faire mettre celui-ci en place.      — Et pourquoi je ne suis pas au courant de ce travail de plomberie ? dit-il.       — Parce que tu n’étais pas là, tout simplement, dit-elle en regardant pensivement ses vêtements maculés de boue.               Pour s’assurer des raisons pour lesquelles elle courrait, le jardinier lui posa la question de savoir pourquoi elle était si pressée ? Et Laura de répondre :         —  Mince alors,  j’ai oublié. Ma tante va me passer un savon.    —   Qu’y a-t-il Laura ? Dis-moi, demanda-t-il curieusement.         — Je pense que je viens de commettre une faute monumentale. Elle m’a envoyée te chercher pour que tu puisses nous donner un coup de, mais…          —  Mais tu ne l’as pas fait à temps parce que tu t’s écroulée dans la fange. C’est suffisant comme excuse, n’est-ce pas ? dit-il.         — Je ne suis pas si sûre elle admette facilement et sans m’engueuler ce genre d’excuses à la c*n. Normalement, c’était elle en personne qui allait venir te chercher, mais, moi, pour lui épargner cette corvée, je me suis portée volontaire de la faire à sa place.      —  Allons la voir tout de suite, dit-il. Quand elle aura compris les raisons de notre retard, elle gardera son calme et ne nous dira 
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