quand tu avanceras dans l’âge.
Layla, qui a écouté tous les aveux de Laura avec plus ou moins d’attention changea de sujet et lui demanda :
— est ce que, par hasard, tu as une idée sur ce fameux dîner auquel ton père tienne beaucoup ? Tu ne crois pas qu’il aille nous faire une surprise ?
— Ne t’inquiète pas, ma tante, mon père est l’homme des surprises. Il nous en a déjà fait autant. Ce qu’il va nous annoncer ne peut concerner à mon avis que l’avenir et la renommée de notre famille. Vu les problèmes que mes frères n’en cessent pas moins de se créer et qui s’abattent sur lui comme des bombes à retardement, mon cher papa ne pourrait être que profondément dépité. Je pense que ce dîner qu’il veut partager avec nous n’ait qu’un sens symbolique et moral. En révisant ses erreurs de s’absenter très souvent de la maison, je crois qu’il cherche à se racheter et expier ses imprudences.
Layla, qui n’en était pas sûre des déclarations de sa nièce, se regarda dans le miroir pour voir si les vêtements choisis vont lui seoir et dit :
— J’espère que ses intentions ne soient pas en porte-à-faux avec nos attentes.
— Soyons optimistes, ma tante, ce soir tout va se passer à merveille. Tu ne peux pas imaginer combien j’ai envie de m’asseoir aux côtés de mon père pour le serrer, écouter le tic-tac de son cœur, m’imprégner de son haleine fraîche et entendre sa voix paternelle et douce.
— Quoi que tu dises, ma nièce, moi, je reste toujours sur le qui-vive. Je n’ai pas confiance en ton père. Sur un coup de tête, il peut un jour et sans hésitation m’expulser de la maison. Je suis seule et je n’ai personne chez qui je pourrai vivre en ce moment.
— Tes histoires avec mon père ne datent pas d’hier à ce que je constate, dit Laura. Pourquoi diable ne vous êtes jamais mis d’accords pour régler vos différends une fois pour toute et vivre sans le moindre ressentiment réciproque ?
— Se mettre à table avec lui pour trancher est une idée farfelue que ton père n’admettra jamais. Celle qu’il préfère, c’est sa secrétaire. Il se confie aveuglément à elle en lui donnant beaucoup de pouvoir sur les employés qui n’en arrêtent pas moins de se plaindre de son excès de zèle et de son arrogance de sainte nitouche. Est-ce que toi, chère Laura, tu n’as jamais pensé un instant qu’un jour elle peut le conquérir et finir par s’emparer de tous ses biens ?
Laura, qui avait pris au sérieux et soupesé les paroles de sa tante tout en étant convaincue qu’elles pourraient probablement être porteuses de vérité, posa la question de savoir s’il existait un lien d’amour entre son papa et Sophie.
Et sa tante de répondre :
— Il n’est pas exclu leur relation de patron et secrétaire gagne plus de terrain et se transforme en un clin d’œil en amour fusionnel qui pourra se solder par un mariage qu’ils célèbreront sous nos yeux et contre notre volonté.
— Et en quoi ça te fait mal de les voir unis par des liens légaux, ma tante. Est-ce que tu n’es pas jalouse du bonheur des autres ?
— Est-ce que tu feins par hasard de ne pas comprendre, Laura ? Cette secrétaire est très dangereuse et si jamais elle entre dans cette maison par la grande porte, elle ne tardera pas de créer la zizanie et mettre ce foyer sens dessus dessous. J’ai l’impression que tu ne vois pas les choses plus loin que ton nez.
— Peut-être, ma tante, dit-elle, mais ce discours que tu me tiens aujourd’hui montre que tu es tellement embarrassée et perplexe. Le simple fait d’évoquer le nom de Sophie te rendra malade et aigrie. Au nom du sacré lien de sang qui nous lie, je t’adjure, chère tante, de laisser mon père tranquille et de ne pas te mêler de ses affaires. Quiconque te voit agir de la sorte ne se trompe pas de dire que tu es en train de filer du mauvais coton.
Les paroles que Laura avait adressées à sa tante, l’ont vexée et de ce fait elle se sentait si ridiculisée qu’elle gardât le silence quelques minutes avant de riposter à ce tir d’enfilade :
— Je ne savais pas que tout comme ton père tu incarnes le type de personne qui me vouât clairement que de la haine et de l’aversion. A vrai dire, tu n’es qu’une ingrate. Ta vie ne sera jamais tranquille tant que tu te laisses influencer par les apparences trompeuses de cette g***e. Suis-moi tout de suite, nous allons rentrer à la maison. Ton père pourra être là dans quelques instants et il pourra interpréter notre retard de mille façons. Alors, pour le devancer, nous devons nous dépêcher de prendre un taxi.
— Ok, mais dis-moi, ma tante, pourquoi tu t’es acheté cette robe magnifique exactement en ce jour particulier ?
— Tout simplement parce que j’aimerais paraitre sous un jour nouveau et avoir du look plus tôt que d’afficher une image terne qui peut s’apparenter à celle d’une femme haillonneuse et déguenillée, dit sa tante.
Laura ne croyait pas un seul mot de cette réponse basée sur la tromperie et le mensonge. En vue d’attendre le jour fatidique pour pouvoir lui dire ses quatre vérités, elle préféra temporiser et mette la pédale douce durant le temps qu’il fallait.
A leur arrivée à la maison, Layla déposa ses vêtements dans sa garde robe et appela les deux garçons, Janis et Luka. Ceux-là sortirent immédiatement de leur chambre et vinrent se mettre se plier à ses injonctions. En les voyant arriver à son niveau, elle se mit à les dévisager de pied en cape et dit :
— Est-ce que vous être prêts mes fils pour ce soir ?
— Oui, ma tante, nous le sommes, dit Luka. Et comme tu peux le constater à l’œil nu, chacun de nous est sur son trente et un.
— Je n’ai rien à vous reprocher, dit-elle. Vos vêtements sont impeccables et cela prouve que vous paraissez avoir de la bonne volonté pour changer en tous points de vue. J’en suis très contente. Mais sachez bien que ce n’est pas suffisant si vous ne changez pas d’attitude vis-à vis de votre père qui ne cherchent que votre bien. Comme vous l’avez appris ce soir, nous avons à partager un repas spécial avec votre papa. A cet effet, je voudrais que vous ne soyez pas insolents ni impulsifs et que vous ménagez votre langage autant que faire se peut.
— Mais pourquoi tous ces conseils, ma tantes, dit Janis. Nous ne sommes plus des gamins pour que tu te mettes à discourir de la sorte.
— Nous n’avons rien à te cacher, ma tante, dit Luka. Nous sommes ce que nous sommes et pour changer, il nous faut du temps avec moins de pression. Un enfant stressé et mal dans sa peau ne pourra jamais agir de la façon la plus appropriée.
— Rassurez-vous, les garçons, nous n’allons plus vous mettre la pression, dit Layla. Dorénavant, les choses vont prendre une autre tournure et moi, personnellement, je me mettrai en devoir de m’occuper de vous et de vous accompagner continûment jusqu’à ce que vous arriviez à bon port.
Sur ces entrefaites, la voix de Mateo retentit :
— Qu’est ce qu’ils ont fait ces deux là fois-ci. Ne me dites pas qu’il y a problème parce que je ne supporte plus leurs mauvais agissements.
— Rassure-toi, Mateo, tout va bien, dit Layla. Moi, Je suis seulement en train de mettre les points sur les « i » avec eux. Il ne se passe rien de grave.
— Et Laura, où ce qu’elle est passée ? dit-il.
— Ne crois-tu pas que cette fille prenne à tes yeux beaucoup plus d’importance que nous tous réunis ? dit Layla qui appuya exprès sur un point sensible en espérant éveiller en lui quelque sentiment d’affection et encore moins d’amour.
— Qu’est ce qu’il t’arrive avec Laura ? dit-il. Est-ce que tu es fâchée contre elle ?
— Non, pas du tout, dit-elle. Ta fille doit être à la cuisine en train d’assister la servante dans la préparation du repas du dîner.
— Et c’est toi qui as exigé qu’elle fasse ce travail ? demanda-t-il.
— Non, papa, répondit Laura, qui vient de sortir de la cuisine. C’est moi qui ai voulu apprendre à cuisiner. Laura est une vraie professionnelle. Elle s’y connait merveilleusement en art culinaire.
— Tu a intérêt, ma fille, à te préparer à la vie conjugale, dit-il. Le jour où tu seras mariée, ton futur époux pourra te demander de lui préparer un plat à son goût et à ce moment là, tu dois le comprendre à demi-mot et répondre à son besoin sans excuses.
D’après les dires adressés à Laura par son père, Layla qui n’est pas née de la dernière avait compris qu’il avait anguille sous roche et que Mateo et sa fille lui cachaient à coup sûr quelque chose qu’ils voulaient garder en secret. Pour le découvrir, elle se jura en on for intérieur qu’elle ferait des mains et des pieds pour savoir de quoi était-il question.
Laura qui était conversation à bâton rompu avec son père changea de sujet et en disant :
— Tu as bien fait, mon père de nous rassembler autour de ce délicieux dîner. Depuis la disparition de notre mère, nous avons presque perdu la saveur de la vie en vivant sous le même toi, mais avec des émotions séparées.
— C’est la faute de votre père, dit Layla. Il ne daigne même pas nous adresser quelque fois la parole pour s’enquérir à tout le moins de notre état de santé.
— Passons à table et oublions ce type de jugements hâtifs et infondés, dit Mateo. Moi, je ne suis pas disponible et n’ayant pas la tête à entendre votre tante raconter des histoires.
— Moi, je dis la vérité, dit Layla. Ton attitude d’ignorer notre présence nous fait plus de mal que tu ne le penses. Rends-toi alors à l’évidence et reconnais que je dis vrai.
— Est-ce que je peux savoir ce que tu recherches ? dit-il. Demande-moi ce que tu veux obtenir de moi légalement et je ne le te refuserai pas.
— Je ne suis pas réduite à la mendicité pour te demander l’obole, dit-elle. Garde pour toi ce que tu as à m’offrir.
Laura, qui ne supporta pas d’assister tout comme ses frères à cette conversation houleuse et pleine d’insinuations, demanda aux chamailleurs d’arrêter ces prises de bec inutiles et d’aller s’installer dans la salle à manger.
Mateo est ses enfants, qui n’ont pas décliné l’invitation de Laura, allèrent se mettre à table immédiatement.
Layla, qui a été retenue par les cris de la servante, marqua un temps d’arrêt pour savoir ce qu’elle veut lui annoncer.
— Madame, dit Laura, il y a une femme devant la porte d’entrée. Elle veut parler au patron.
— Est-ce qu’elle ne t’a pas dit son nom ? demanda Layla.
— Non, madame, dit Nora. Elle m’a dit que ce n’est pas important.
— Mince alors, qui ça peut être ? dit-elle.
— Je n’en sais rien, madame, dit la servante.
— Va t’occuper de ton travail et laisse-moi voir de quel genre de femme s’agit-il.
— Ok, madame, dit Nora, qui alla se mettre dans un coin pour observer la réaction de celle qui se prenait pour la maîtresse de maison. Quand Layla s’approcha de la femme qui demandait après le maître de maison, elle fut surprise de se trouver en présence de Sophie et dit :
— Alors, c’est toi, qui viens jusqu’à chez nous pour déranger le patron. Qu’est ce que tu veux ?
— Baisse d’un ton et ne crie pas si fort, dit Sophie, sinon, tu vas te montrer derechef une femme impolie et dépourvue des moindres règles de civilité. L’autre fois, j’ai supporté tes folies, mais aujourd’hui, c’est moi qui fixe les règles. Va dire à monsieur que je suis là devant la maison.
— est ce que je peux savoir en qualité de qui tu t’avises de me donner ces ordres ? demanda Layla, l’air tendu.
— Une femme prétentieuse et aigrie comme toi ne mérite aucune explication, dit Sophie. Si tu ne veux pas faire ce que je t’ai demandé, je serai dans l’obligation de l’appeler moi-même au téléphone et lui raconter tout sur ton attitude sauvage à mon égard. Alors, c’est à toi de décider.
Layla, qui ne supporta pas les menaces de Sophie, se mit à fulminer à la manière d’un volcan en début d’éruption. En perdant le peu de patience qu’elle avait encore, elle se jeta sur la secrétaire et lui arracha les cheveux avec une violence inouïe.
S’apercevant que les deux femmes en étaient venues aux mains, la servante accourut prestement vers elles et s’interposa pour les séparer. Momo, le chauffeur, qui a assisté de loin à la scène, alerta le patron qui était voir ce qui se passait. A son arrivée à la scène de dispute, il constata que chacune des deux femmes, haletant de façon saccadée et intermittente, avaient les cheveux ébouriffés, les boutons arrachés et que leur visage, trempé de sueur, portait les traces fines de filet de sang à cause des griffures.
Sans demander la moindre explication à Layla pour savoir au juste l’objet du litige qui l’opposait à Sophie, il lui enjoignit à ramasser toutes ses affaires et quitter immédiatement la maison sans idée de retour.
Layla, qui se sentait humiliée et malmenée, se dressa contre la décision hâtive et irréfléchie de Mateo et le menaça de révéler en public des secrets du jamais entendus.
— Ecoute-moi bien, Mateo. Si jamais tu décides de m’expulser de cette maison où j’ai grandi, je n’hésiterai pas une seconde à avouer, à tout le monde, certaines vérités que tu ne savais pas.
— Tu ne possèdes aucune vérité, dit Mateo. La mademoiselle avec qui tu t’es accroché est mon invitée de ce soir et ni toi ni personne d’autre n’a le droit de l’empêcher de venir chez moi. Comprends-le une fois pour toute.
Laura, qui avait de l’empathie envers sa tante, pria son père de ne pas être si dur avec elle et lui demanda :
— S’il te plait papa, essaye de mettre la pédale douce et donne-lui une autre chance. C’est notre tante. Mes frères et moi l’avons toujours considérée comme étant notre mère. Ne nous prive pas de son amour. Nous avons toujours besoin d’elle et si nous la perdons, notre vie n’aura aucun sens.
Pour appuyer les supplications de Laura, Sophie lui demanda de côté :
— S’il vous plait, patron, veuillez oublier ce qui vient de se passer et laissez-moi lui présenter mes excuses.
— Je n’ai pas besoin de tes excuses, espèce d’opportuniste, dit Layla. Si tu herches à me supplanter, tu n’arriveras pas parce qu’en faisant partie de cette maison, j’ai le plein droit de la défendre contre les intrus de ton genre.
— Arrête d’insulter ma secrétaire, dit Mateo. Je ne sais pas ce qui te prend pour que tu te comporte impoliment. Je pense que toi et moi, nous devons discuter pour tirer toutes les choses au clair. Arrange tes vêtements et va voir si tout est prêt. Nous ne laissons pas cet incident gâcher notre soirée.
Sophie, qui n’avait plus envie de continuer à voir cette femme, demanda à son patron de reporter cette invitation et de la laisser partir.
Mateo refusa d’accepter sa demande et insista à ce qu’elle restait pour faire la connaissance des enfants.
En dépit de l’accrochage de tout à l’heure, Sophie se mit à table à côté de toute la famille. Mateo lui souhaita la bienvenue et lui présenta ses enfants en disant :
— Cette demoiselle est ma fille Laura, la pupille de mes yeux. C’est le type de personne ambitieux et rêveur. Elle incarne l’honnêteté et la sagesse. Elle a beaucoup de projets en tête, mais elle n’aime pas les envisager de façon précipitée et hâtive. Pour l’instant, elle a décidé de prendre du recul et ne rien entreprendre tant que ses études ne sont encore terminées
— Et c’est deux garçons ce sont mes deux frères, Janis et Luka, ajouta Laura. Mon père les aime aussi fort que moi et son seul souci est de les voir briller dans leur études afin que leur avenir soit assuré.
— Et notre invitée, c’est Sophie, ma secrétaire personnelle, dit Mateo. C’est la fille la plus stricte et travailleuse que j’aie jamais connue. C’est la plaque tournante de mon entreprise. Elle m’a beaucoup aidé. Sa présence à mes côtés vaut son pesant d’or. En plus de sa fonction, je l’ai désignée responsable des affaires estudiantines de mes enfants parce que je suis convaincu qu’elle est habilitée à gérer toutes les situations. Si jamais quelqu’un de vous souffre de quoi que ce soit, je l’invite à ne pas hésiter de se confier à elle. Je pense que nous sommes clairs là-dessus. Quant à toi Layla, tu es toujours la femme la plus importante en cette maison. L’éducation de mes enfants relève toujours de tes responsabilités. Pour te faciliter la tâche, je te donne le feu vert pour que tu prennes des initiatives sans préavis.
— Je te remercie, cher beau frère, de ta confiance en moi, dit Layla, et te promets que j’essayerai de faire de mon mieux pour que cette famille ne batte pas de l’aile.
— Est-ce qu’il y a quelqu’un a quelque chose à dire? dit Mateo.
— Je crois que tout est clair, papa, dit Laura, à moins que tante Layla n’ait envie d’ajouter d’autre chose.
— Ce je veux, moi, c’est qu’il faut rester soudés et que chacun y mette du sien pour que notre famille ne soit pas disloquée. Même si vous me trouvez parfois un peu stressée et tendue, ne le prenez pas mal. Je suis ainsi constituée et je ne peux pas l’éviter parce que ça ne dépend pas de moi.
— Mets-toi dans la tête que, moi, je ne t’en tiens jamais rigueur, dit Mateo. Tu sais pourquoi ?
— Non, je ne le sais pas, répondit Layla avec impudence.
— Tu le sauras par toi-même le jour où tu te mettras à penser objectivement et sans égocentrisme aux choses sérieuses qui concerne cette famille en tant que telle. Alors ça suffit pour aujourd’hui, on passe à autre chose et il appela Nora.
— Oui, monsieur, répondit-elle.
— Veux-tu nous servir le dîner ?
— Volontiers, monsieur, tout est prêt, dit-elle.
Dès sa sortie de la cuisine, la serveuse qui poussa son petit chariot de service, transportant repas et boissons, fit un malaise et tomba par terre. Se rendant compte de sa chute brutale, tout le monde sortit de table et accourut vers elle pour la secourir.
Mateo, qui prit sa main pour s’assurer de son pouls, lui demanda :
— Qu’est ce qui t’arrive, Nora, lève-toi. Tu nous a fait une peur bleue.
Au moment où l’on s’occuper de la serveuse, un chat sauvage et affamé pénétra de la fenêtre et passa au chariot pour dévorer tout le contenu des plats de poissons.
Quand Nora avait pris conscience, elle se releva pour reprendre le service, mais en jetant un regard furtif vers le chariot, il constata la présence de cet animal qui avait presque tout dévoré et elle retomba par terre en criant :
— Oh, mon Dieu ! J’ai raté ma chance de gagner.
— Gagner quoi ? demanda Sophie, un peu déconcertée.
— L’estime du patron, répondit-elle.
— Tu ne l’auras jamais, cette estime que tu as tant souhaitée, dit Layla. Remets-toi debout et regarde ce repas délicieux que tu nous as préparé. Tu as commis la pire erreur qui va te coûter chère. Tu n’es qu’une chiffe molle qui ne sert à rien.
— Laisse-la, Layla, elle a besoin de reprendre ses esprits, dit Mateo.
— Et qu’est ce qu’on va faire maintenant demanda Laura ?
— Ne t’inquiète pas, ma fille, on va tout de suite résoudre ce problème. Allez tous rejoindre le salon de séjour. Moi, je vais m’en occuper. Sophie reste avec moi, j’ai besoin de toi.
Sur appel de Mateo, Momo se présenta dans les premières minutes devant son patron et dit :
— En quoi me vaut l’honneur de cet appel, monsieur ?
— Attends, je vais te dire ce que tu vas faire, dit-il, puis il se tourna vers sa secrétaire et lui demanda d’aller en voiture avec le chauffeur dans le restaurant le plus chic et ne revenir qu’avec le meilleur repas. Prends cet argent. Conduis-la Momo et fait attention aux risques de l’embouteillage.
— Soyez rassuré, patron, je ne roulerai pas si vite que prévu, dit Momo.
Dès qu’ils ont monté dans la voiture, Mateo regarda l’heure pour leur chronométrer le temps qu’ils feraient et se dirigea vers la cuisine pour voir la serveuse.
En le voyant arriver, Nora fit semblant d’avoir fait un malaise à cause de la fatigue dont elle se sentait éreinté ces derniers temps.
Quand le patron lui posa la question de savoir si elle s’est remise de son mal, elle répondit :
— Je me sens un peu bien, mais, à cet instant même, j’ai une prémonition qui s’accompagne d’une forte appréhension et je ne sais pas ce qui pourrait se produire.
— Ce ne sont que des hallucinations, dit-il. Tu es en train de divaguer, ma pauvre Laura. Reprends-toi et essaye de vivre dans la réalité. Ce qui vient de t’arriver peut être dû à une défaillance physiologique dont tu ne t’es pas rendu compte. Je pense que tu dois consulter un médecin pour qu’il te détermine l’origine du mal. Pour ce faire, je vais demander à Layla de t’accorder le temps nécessaire pour que tu te fasses examiner le plus tôt possible. Avec la santé, il ne faut jamais badiner.
— Merci, patron, dit-elle, pour votre soutien, j’en suis très reconnaissante.
Au cours de cette conversation avec la serveuse, le téléphone de Mateo sonna. C’était un agent de police. Il informa Mateo que son chauffeur et sa secrétaire ont eu un accident de la circulation et qu’ils étaient transportés vers l’hôpital.
En raccrochant, Mateo resta désemparée. Sa fille qui vint le chercher à la cuisine fut surprise de le voir si dépité.
— Qu’y a-t-il papa ? Je te trouve un peu bizarre.
— Il y a de quoi, ma fille, dit-il. La vie nous cache toujours des surprises.
— Qu’est ce que tu veux insinuer, papa ? demanda-t-elle.
— Momo et Sophie sont à l’hôpital. Ils ont eu un accident dont j’ignore encore le degré de sa gravité. Vas voir ta tante pour lui demander de sa voiture et apporte les moi-les. Je dois aller à l’hôpital. Veux-tu m’y accompagner ?
— Oui, moi aussi, j’aimerais voir comment ils vont.
Dès qu’ils ont obtenu les clés, Mateo et sa fille prirent le chemin de l’hôpital où ils arrivèrent dans une demi-heure. Ils passèrent directement aux urgences. Une infirmière de service leur a expliqué que les victimes vont et qu’il ne faut pas s’inquiéter de leur état de santé. Le chauffeur a eu quelques égratignures au niveau du visage et la demoiselle qui l’accompagnait souffre de douleurs au niveau du cou.
— Est-ce qu’on peut les voir, infirmière ? demanda Laura, l’air détendu.
— Oui, suivez-moi.
Les deux victimes étaient alitées dans des chambres séparées. Quand ils les ont vus, Mateo et sa fille constatèrent qu’ils n’avaient rien de grave et qu’ils pourraient quitter cet hôpital à tout instant.
A leur entrée dans la chambre de Sophie, Mateo et Laura, tombèrent sur une infirmière qui était assise au chevet de la victime. Au cours des présentations, ils ont appris que c’était sa mère.
Mateo, qui s’inquiétait beaucoup de l’état de santé de sa secrétaire, se félicita de la voir sortir indemne et dit :
— En apprenant la nouvelle, j’avais une peur bleue parce que le monsieur de la police qui m’a téléphoné, ne m’a rien expliqué.
— Heureusement pour nous. Nous l’avons échappés belle, dit Sophie.
— Et comment ça s’est arrivé ? demanda Laura.
— Ce n’est pas important ma fille, dit-il. L’essentiel c’est qu’ils sont en vie.
— Exactement, monsieur, dit Lena, la mère de Sophie.
Pour en savoir plus sur la mère de Sophie, Mateo se tourna vers sa fille pour la prendre à témoin et dit :
— Tu sais quoi, madame ? Malgré notre inquiétude qui vient de se dissiper maintenant, nous sommes fiers de t’avoir rencontrée dans pareilles circonstances. Ma fille et moi seront encore plus fiers le jour où tu veux bien nous rendre visite.
— Je vous promets que je le ferai lorsque j’aurai le temps qu’il faudrait.
— Chose promue chose due ! dit-il.
— Ma mère est toujours prise par le service et sa présence à côté du docteur Lévi est nécessaire, expliqua Sophie.
— Si jamais elle décide de venir nous voir, elle trouvera le temps qu’il faudrait.
Une infirmière qui vient d’entrer dans la chambre avec un fauteuil roulant, dit :
— Monsieur dames, excusez-moi, je dois amener votre fille dans le service concerné pour lui mettre une minerve avant qu’elle quitte l’hôpital.
— Ok, vas y, je t’en prie, dit Lena.
En profitant de la sortie de Sophie de sa chambre, Mateo, en compagnie de sa fille, invita Lena à les accompagner pour voir Momo. Mais ils ne l’ont pas trouvé parce qu’il a quitté sa chambre, lui a-t-on dit.
Mateo, qui connaissait très bien son chauffeur, disait à sa fille et à Lena:
— Je pense qu’il est revenu sur les lieux de l’accident pour récupérer la voiture. Revenons donc à la chambre de Sophie pour voir où elle en est avec ce collier cervical.
Dans l’un des couloirs qui menaient vers la sortie du bloc, Laura, qui a vu Momo dit à son père :
— Regardez, c’est lui, le chauffeur.
— Dépêche-toi, ma fille, dit Mateo. Cours à sa suite et dis-lui de revenir.
Laura, si rapide comme un lapin de garenne, a réussi de le rattraper.
S’apercevant de sa présence à hauteur de ses épaules, Momo s’arrêta sur le champ et lui demanda :
— Pourquoi tu cours ? Où est ton père ?
— Mon père est dans l’autre couloir du bloc avec la mère de Sophie. Il veut que tu reviennes. Nous t’avons cherché dans la chambre d’hôpital, mais tu n’y étais pas là.
Momo et Laura retournèrent à la chambre où
SI VOUS AIMEZ LE SUSPENSE, ATTENDEZ LA SUITE ET VOUS SEREZ SURPRIS.