Suite chapitre III

5000 Words
sur le fait de savoir le type de punition que son frère et lui pourraient subir incessamment et sa tante de répondre :       — Pour mettre en application mon plan d’action, je vous préviens que dans un premier temps votre argent de poche sera réduit de moitié. Cela veut dire que vos dépenses diminueront et que vous ne pourrez plus vous permettre tout le luxe comme auparavant.      — Et dans un second temps que va-t-il advenir de nous ? demanda Luka, le cœur serré d’inquiétude et de mécontentement.      —  Dès cet instant mémorable où vous et moi sommes seuls et marchons côte à côte dans ce merveilleux boulevard, implanté  d’arbres et embelli de toutes les choses agréables à voir et à admirer, les conditions que je vous pose sont strictes et reconductibles Mais si vous les respectez, elles pourront à coup sûr changer le cour de votre vie. Et comme il vient de me le demander Luka, dans un second temps, soit vous perdez tout votre argent de poche en perdant la deuxième moitié, soit vous le récupérez et vous deviendrez comme avant. Alors, tout cela reste tributaire de votre manière d’agir. Dans un cas comme dans un autre, moi, de mon côté, je peux soit vous encenser soit vous diaboliser. Pour en avoir le cœur net, dites-moi que vous allez de préférence changer de comportement et reprendre du bon pied toutes vos activités scolaires.      — Je pense ma tante, dit Janis, que tu n’as pas tort de te comporter de la sorte avec nous. Mon frère et moi avons intérêt à revoir nos agissements habituels et à faire en sorte que mon père et toi ne soyez pas fâchés contre nous.            Même si elle croyait à peine à ces paroles enfantines, appuyées de promesses flatteuses, forgées de toutes pièces, qui ne tenaient pas debout, Layla resta sur le qui-vive tout en gardant l’espoir de réussir dans toutes ses démarches.          Afin que tous ses reproches et conseils ne fussent pas perdus de vue, elle se jura de ne jamais arrêter de les talonner quand il le faudrait pour rectifier leur conduite et mettre de l’ordre dans leur vie.         Luka, qui s’est aperçu de son silence, l’apostropha :      — Tu devenue  silencieuse et distraite, ma tante. A quoi d’autre tu penses ?     — A rien, dit-elle. Voulez-vous presser le pas ? Nous avons tout dit pour le moment, mais je pense que ce n’est pas fini. J’ai plusieurs choses à discuter avec vous si vous faites preuves d’un nouvel esprit qui n’en manque pas moins d’un tant soit peu de lucidité et de discernement. Si je constate que ce trait de caractère     vous fait encore défaut et que vous n’êtes encore frais et dispos pour mener une discussion de gens sages et civilisés, je ne vous accorderai pas ce plaisir. Alors, c’est à vous de choisir. La balle est maintenant dans votre camp.             A leur arrivée à la maison, les deux garçons passèrent dans leur chambre tandis que Layla rejoignit la servante de maison, qui s’affairait dans la cuisine.             C’était une femme, âgée de la quarantaine, de taille moyenne, ni grosse ni maigre, souriante et plus ou moins bien dans sa peau. Au moment du travail, elle portait une blouse de travail bleue marine. Depuis son adolescence, Emma, l’épouse du traiteur l’avait engagée à son service.             En dépit de sa naïveté affichée en évidence et de son trait de caractère dissimulé, elle était douée d’une certaine intelligence, accompagnée de quelque peu de vigilance et de perspicacité. Elle connaissait tous les secrets de la famille du traiteur, mais elle n’a jamais osé en parler à qui que ce soit. Cette façon de se comporter au sein de cette famille faisait d’elle une personne soit disant aimable et respectée.              Bien que Layla n’hésitât pas à la savonner et l’engueuler pour la moindre erreur commise fortuitement ou par mégarde, elle voyait en elle un objet de soulagement et de réconfort. A chaque fois qu’elle avait le cœur serré et l’estomac noué, non seulement à cause de ses problèmes personnels, mais aussi à cause de ceux des enfants et de leur père.               Ce dernier, contrairement à son intérêt à ses enfants, en particulier sa fille Laura, ne lui accordait aucune attention particulière ni s’attachait à elle pour quelque raison que ce soit.               Layla qui piquait ses crises de nerfs face à l’attitude étrange de son beau frère, se tournait le plus souvent vers la servante Nora pour se confesser à elle et se décharger du poids si lourd des années passées qu’elle coltinait avant la disparition même de sa sœur.             Au moment où elle fit son entrée brusque et impétueux dans la cuisine, Nora, absorbée dans la préparation du repas, fut prise de panique et tressaillit comme si elle vint de recevoir le choc d’une charge électrique.        — Qu’est ce qui te prend ? dit-elle. Tu as vu un fantôme ou quoi ? Reprends-toi ma pauvre, ce n’est que moi et personne d’autre,  qui viens vers toi pour bavarder un moment.       — Vous m’avez fait peur, madame, dit la servante, qui tremble encore. Je ne m’attendais pas à ce que vous faites irruption dans la cuisine pour me faire sursauter de cette manière.       —  Calme-toi, dit Layla, veux-tu ?  Mon intention est autre. Je suis seulement venue te mettre en garde contre cette traînée de Sophie. C’est une femme dangereuse qui cherche à fourrer son nez partout et s’immiscer vaille que vaille dans notre vie privée.              Nora, qui préféra se tenir à l’écart de ce genre de relations conflictuelles  et ne prendre le parti de personne, fit l’ignorante en disant :        — Je n’ai pas compris, madame, en quoi cette secrétaire est- elle dangereuse. Je n’en ai aucune idée là-dessus.       — Tu ne mûriras jamais, dit Layla. A t’entendre parler de la sorte, on dirait que tu ne veux tromper personne sur ton compte et que tes paroles ne souffrent d’aucun semblant de soupçon ni d’inexactitude. Je te connais sur les bouts de doigts et à force de te croiser matin et soir, je ne me trompe sur ta manière d’être et d’agir face aux situations. Je pense que tu as de la répartie et que tes réponses sont ficelées et pertinentes. Je sais que tu feins de garder de la neutralité vis-à-vis des rivalités des autres, mais à vrai dire, tu ne prends cette posture que pour les induire en erreur.         — Tout ce que vous dites sur moi, madame, dit Nora, dépasse mon statut social de mille lieues. Moi, je ne suis qu’une servante et je veillerai en permanence à ce que ma manière de l’être soit sur mesure et dans les normes.          — Alors ça suffit, cria Layla. Je ne suis pas venue te voir pour écouter tes fariboles. Garde-les pour toi. Je n’ai pas besoin de les prendre en compte. Elles sont creuses et sans intérêt. La duplicité n’est ma tasse de thé.         — Ne vous formalisez pas trop, madame, de toutes mes balivernes. Elles sont inhérentes à mon langage habituel et à mon style de vie                Layla, surprise par les propos tenus par la servante, demeura muette quelques instants avant de sortir de la cuisine, toute énervée pleins de regrets d’avoir accordé de l’importance à celle qu’elle qualifie de chipie.               Restée désemparée et ne sachant à quel sain se vouer pour se libérer de la pression et de la méchanceté de cette femme qui se voulait prétentieuse et arrogante malgré son insatisfaction et sa tourmente dissimulées, Nora se livra à elle-même pour se concentrer uniquement sur ses activités culinaires et finir tout le travail de ménage qui l’attendait.                                                                                                             IV               Après la sortie décevante et honteuse de Layla du bureau du proviseur, la discussion interrompue, autour du dossier brûlant des deux fils du traiteur, entre celui-ci et Sophie avait repris son cours. La secrétaire, qui voulait tout savoir sur ces deux élèves posa la question de savoir si l’acte de vol des copies des examens commis par les fils de son patron reposait vraiment sur des preuves irréfutables.                Le professeur des maths, qui était une enseignante ancienne en ce lycée était présente lors de cette discussion. Elle prétendit avoir des soupçons sur les mis en cause, mais elle ne disposait d’aucune preuve matérielle pour avoir le droit de leur imputer la disparition de telles copies.               En revanche, la personne suspecte, qui s’occupait de la conservation de tout travail d’examen ou autres, confié par les professeurs, avoua que ses deux frères dissipés l’avaient menacé d’agression au cas où il refuserait de leur donner, le plus tôt possible, les clés des armoires concernées. Il ajouta qu’en dépit de sa fermeté et de son obstination, il n’a pas pu tenir le coup et finit par céder à leur pression. Mais, ce préposé à ce  service n’avait, lui aussi, aucune preuve pour appuyer ses aveux.              En prenant connaissance des tenant et aboutissants de cette affaires, Sophie suggéra au proviseur de recourir à la police pour ouvrir une enquête qui pourrait tirer les choses au clair.             Afin de ne pas altérer l’image de marque de l’établissement dont il était responsable, le proviseur approuva l’idée, mais il se ravisa au dernier moment et jugea qu’il n’était pas nécessaire d’en arriver là.             De son côté, madame le professeur, qui abonda dans le sens du proviseur,  promit qu’elle  trouverait une solution à ce problème. Et le proviseur de lui dire :      —  Si jamais tu arrives à remédier à la situation, les esprits de nos professeurs et encore moins de nos élèves s’apaiseront et ils reprendront leur confiance en nous.      — Rassurez-vous, monsieur, dit-elle. Nous sommes là pour vous mâcher la besogne et vous donner un coup de main à chaque fois que cela s’avère nécessaire. Nos élèves ne sont pas tous empêtrés dans le phénomène de la délinquance juvénile, hormis quelques uns qui manquent encore de maturité d’esprit. S’agissant de Janis et Luka, à mon avis personnel, ces deux élèves ne sont pas mauvais du tout au tout. Leur seul problème, c’est qu’ils manquent de concentration et suivent à peine le cours. Et cela pourra être dû à plusieurs facteurs et causes extérieures dont je n’ai pas la moindre idée. Cette mademoiselle qui se porte volontiers à leur secours pourrait en savoir plus sur les motifs de leur déviation.             Sophie, qui n’est pas encore au fait des problèmes de ces deux élèves, se contenta de dire :      —  Sur invitation du traiteur et père de ces enfants, qui est mon patron, j’ai décidé de mon propre gré de m’occuper de ces deux garçons autant que faire se peut. Dès à présent, je vous prie de compter sur moi et de me tenir informée de tout ce qui pourrait les entraver dans leurs études. Moi, en tant que responsable, je vais proposer au père de leur payer des cours de renforcement afin d’améliorer leur niveau de connaissance et d’instruction. Je suis sûre et certaine qu’il admettra l’idée sans rechigner.          —  En ce qui concerne l’aide que tu as bien voulue apporter à ces garçons, moi, dit le proviseur, je vois en toi la femme des situations difficiles et je suis très content de te connaître. D’ailleurs, je vais en toucher un mot à ton patron pour qu’il compter sur toi en priorité plutôt que sur cette mégère de Layla qui a failli créer un vrai scandale dans ce bureau.        — J’espère, monsieur, dit Sophie, que vous nous excuser pour ce désagrément. Je pense que ça ne va pas se répéter. Bientôt, elle comprendra que les règles de civilité et de savoir s’y prendre avec les gens valent mille fois plus que le fait de se montrer impulsif et frénétique. C’est en croyant résoudre les problèmes de cette manière que l’on tombe souvent à la renverse et la chute pourrait être dure si elle se fera dans un terrain pierreux et hérissé.               Quand le proviseur regarda sa montre, Sophie avait compris que le temps de cet entretien s’était écoulé et qu’elle devait partir. Elle se leva de son siège en esquissant un sourire aimable à l’adresse de madame le professeur et le proviseur qui était très content de l’avoir reçu.              Avant de sortir de l’établissement, elle passa à la surveillance générale pour récupérer des copies de tous les relevés de notes  des deux garçons. En se dirigeant vers la porte de sortie de l’établissement, elle s’arrêta quelques minutes pour y jeter un coup d’œil. Elle constata qu’elles étaient pratiquement médiocres et laissent beaucoup à désirer.             Quand elle se retrouva hors de l’établissement, Momo qui l’attendait était là à côté de la voiture. Sans avoir besoin de lui donner des explications sur son retard, Elle s’introduit si vite dans le véhicule et lui demanda de prendre le chemin du retour. Le chauffeur s’exécuta sans rechigner, mais pour exprimer implicitement son mécontentement de l’avoir fait poireauté au parking, il démarra sur les chapeaux de roues pour  laisser.      — Qu’est ce qui te prend ? Momo, dit-elle. Tu es de si mauvaise humeur. Est-ce que tu as croisé Layla ?         —  Que je l’ai croisée ou pas, ça n’a pas d’importance, dit-il. Cette femme ne m’intéresse pas et je n’ai jamais souhaité écouter ses aboiements de chienne enragée. Entre cette femme et moi, il n’existe aucun rapport subtil qui pourrait me rapprocher d’elle. Le fait d’évoquer son nom, m’importune et me mit mal à l’aise.       —  Je ne savais pas que tu la détestes à ce point, dit-elle. Que t’a-t-elle fait de si mal pour que tu la haïsses ?              Pour ne pas aller plus vite que la musique, Momo, préféra n’avouer aucune animosité franche à l’égard de Layla et il se contenta de dire brièvement et sans fioritures :       —  Moi, en tant que tel, je n’ai jamais eu l’idée de haïr qui que ce soit, seulement parce qu’il me dégoute. En tant qu’être humain, je pense que chacun de nous a naturellement autant de défauts que de qualités et que c’est une évidence qu’il faut admettre sans  se perdre dans le pourquoi des choses.       —  Espérons que chacun se rendra compte de ses défauts à temps pour essayer au moins de les corriger dans la mesure du possible, dit-elle.       —  Mais dis-moi, Sophie, pour quelle affaire vous vous êtes rendues, toutes les deux, à l’établissement et ce le même jour et presque à la même heure ?       — C’est une coïncidence que je ne peux pas t’expliquer, répondit-elle.      —  Je pense qu’il n’y a rien à expliquer, dit-il. Si je comprends bien, c’est à fortiori le patron qui vous a envoyées pour régler à son nom  le problème de vol dont ses deux fils sont impliqués.             Sophie, qui n’en crut pas ses oreilles, pensa que Momo n’est pas né de la dernière pluie et que c’était un type qui connaissait tout sur la famille du traiteur.            Pour éviter de lui confirmer ce qu’il en savait d’ores et déjà, il lui renvoya presque la même question :     —  Ce que tu viens de me dire, Momo, prouve que tu as parlé avec madame Layla et qu’elle t’a informé de l’objet de sa visite au lycée. Dis-moi ce qu’elle a pu te raconter ?      —  Ne tourne pas autour du pot et avoue-moi la vérité, dis-il.      —  La vérité en tant que telle n’existe pas, dit-elle. Ce qu’on entend des bouches des uns et des autres en ce bas monde ne sont que des opinions infondées qui s’apparentent  à des on-dit.       — Tu es insaisissable, dit-il, tel un poisson dans l’eau, qui pour le capturer, il faut user de moyens de pêche appropriés sans quoi, il restera hors de portée.       — Ne me mets pas la pression, s’il te plait, je n’ai pas de compte à te rendre, dit-elle. Il vaut mieux changer de sujet et ne parler de personne parce qu’on ne possède pas les clefs des problèmes des autres pour prévoir leurs solutions.             Momo, qui se sentait dépité à cause de la riposte de Sophie, accéléra de vitesse et dit :       —  Où veux-tu que je dépose ?       —  Au lieu de travail, dit-elle brièvement.        —  Ok ! dit-il. Je crois qu’il est là dans son bureau.         —  Je n’en doute pas, dit-elle en s’apprêtant à descendre.                                                                                                 V                Dès son arrivée à l’entreprise, Sophie, imbue de fierté et d’enthousiasme, se dirigea vers le bureau de son patron. En frappant à la porte à sa manière, il savait que c’était elle. Sans la faire poireauté, comme il le faisait souvent avec Layla, il l’invita à entrer et prendre place sur l’un des fauteuils visiteurs.             Sophie s’exécuta et lui demanda :      — Veuillez m’excuser, patron du retard qui sort de ma volonté. J’aurais dû revenir un peu plus tôt, mais les choses ne s’étaient pas passées comme prévu.      —  Je sais tout, dit-il. Le directeur m’en a parlé avant que tu n’arrives. Cette femme s’y prend mal. C’est une vraie harpie qui, là où elle s’introduit, elle laisse trop de dégâts à son passage. Elle croit toujours que les problèmes ne pourront se résoudre qu’avec la violence.      —  Pour rester de bonne humeur, ne parlons plus d’elle. Ce ne doit pas être un sujet à discussion. Ce qui compte en premier lieu, la situation de vos enfants à qui l’on doit accorder le bénéfice de doute. Il parait que l’administration de l’établissement ne dispose d’aucune preuve matérielle ou autre, susceptible de les incriminer officiellement dans cette affaire de vol. Je pense qu’ils ne passeront pas devant le conseil de discipline.       —  Ils doivent s’estimer heureux de l’avoir échapper belle. Le vol de quoi que ce soit varie selon sa gravité. Il peut être considéré dans certains cas comme un délit, mais d’autre, il peut être qualifié de crime passible de sanctions pénales qui peuvent être lourdes parfois. Alors, il faut se garder d’éviter à ce que mes enfants ne soient pas des kleptomanes invétérés.             Sophie rassura son patron et lui promit qu’elle ne se lésinerait pas sur les moyens pour accompagner  ces deux garçons et les aider à se départir le plus tôt possible de leurs manières fantaisistes et capricieuses.             Pour le mettre au courant de leurs résultats scolaires, elle tira calmement de son hand bag tous les relevés de notes les concernant et les lui montra.             Dès qu’il jeta un coup d’œil sur ce qui était écrit, il tressauta tel un animal blessé et soupira de rage. Sophie essaya de le calmer en lui disant :      —  Ne vous fâchez pas, patron, avec un tant soit peu de temps tout rentrera dans l’ordre. Comme je viens de le dire au proviseur, tes fils ont besoin de cours de renforcement et ça ne tient qu’à vous pour les voir s’améliorer.     —  C’est d’accord, dit-il. Cherche-moi alors une école privée ou des professeurs intéressés qui pourraient s’occuper d’eux.       — Comptez sur moi, patron, j’en connais quelques uns qui pourraient faire l’affaire.      —  Ok, dit-il. Je pense que c’est une bonne idée de leur payer des cours de soutien pour les aider à rattraper leur retard et se remettre au niveau de leurs camarades de classes.            Sophie se montra très optimiste quant à l’attitude favorable du patron.  Pour lui exprimer  sa satisfaction, elle lui dit :     —  Je suis très contente de votre compréhension, de votre bonté et de votre largesse envers ces enfants qui ne méritent impérieusement et en premier lieu que de l’amour et de l’affection.             Le traiteur qui voulait parler d’autre chose, se mit à réfléchir quelques secondes puis il dit :     — Dis-moi, Sophie, est ce que tu as décidé de nous accompagner pendant notre prochaine sortie en forêt ?      —  Je pense souvent à cela, mais je suis toujours hésitante. A ce jour, je n’ai pas encore abordé le sujet avec mes parents. Mon père est un peu intransigeant et je ne sais pas s’il veut me laisser sortir avec vous et encore moins avec son patron. Quant à ma mère, elle prend toujours son parti et elle ne peut en aucun cas  se dresser contre ses décisions.        —  Est-ce que tu veux me dire que ton père agisse en quelque sorte comme un phallocrate ?       — Non, je ne pense pas qu’il se comporte comme tel, dit Sophie en essayant de se montrer quelque peu réticente.             En l’écoutant exprimer son appréhension, Mateo n’insista pas  à ce sujet. Il préféra lui laisser toute la latitude de trancher avec ses parents.            Sophie remercia son patron de l’importance qu’il accordait à sa présence et à sa compagnie puis elle pris congé de lui et s’en alla à son poste de travail pour reprendre ses activités de secrétaire.               Sur ces entrefaites, Mateo, décrocha le téléphone et appela à la maison. Sans tarder,  Layla se dépêcha de répondre :         —  Allô, c’est moi, dit-elle. Qu’y a-t-il beau frère ? Elle t’a déjà parlé de sa visite ?          —  N’en rajoute pas une couche et écoute-moi. Ce soir, je rentrerai dîner avec vous et je veux que mes enfants soient tous présents. Il faut que ça soit un diner de famille. Compris ?         — Ok, message reçu, je m’en charge, dit-elle avant de raccrocher.                                                                                                                                                                                                           VI                En recevant la communication claire et nette de la bouche de son beau frère, Layla appela Nora, la serveuse de maison pour lui donner ses instructions. Celle-ci qui, accourut prestement vers la maîtresse de maison.             A la manière d’un soldat, tenu sous pression en attendant de recevoir à tout instant un ordre de son chef et l’exécuter en temps réel, elle se tient au garde à vous et tendit attentivement l’oreille.            Avec le son strident d’une voix cassante et autoritaire qui se propagea tel un grondement de tonnerre, susceptible de ne laisser personne indifférent, Layla s’adressa à sa serveuse en disant :      — Ecoute-moi bien, ce soir, le maître de la maison va diner avec nous. Pour qu’il soit satisfait de ton travail et de ton savoir faire en matière de gastronomie, je veux que tu lui prépares le plat  le plus délicieux et exquis que tu aies jamais fait et que tu le serves dans le plateau le plus chic parmi ceux que nous avons. Débrouille-toi pour briller ce soir et pouvoir gagner des points. Pour te remercier de ta prestance, le patron peut t’offrir quelques jours de repos pour aller voir les tiens. Mais avant d’espérer avoir cette chance, mets-toi au boulot dès à présent.       —  Entendu, madame, dit-elle. J’essayerai de ne pas décevoir. Je connais déjà les plats préférés dont le patron raffole.             Afin de changer de look pour se faire belle et d’avoir de la prestance pour impressionner son beau frère et mériter son amour, son estime et sa confiance, Layla, accompagnée de sa nièce, quitta la maison pour se rendre au salon de coiffure et faire ensuite le tour des magasins de prêt-à-porter.             Laura, qui n’a pas encore compris l’intention dissimulée de sa tante, lui posa la question de savoir pourquoi elle ne lui avoue rien sur sa relation difficile et compliquée avec son père. Et sa tante de répondre :      —  Entre ton père et moi, il n’existe aucun démêlé. Bien que notre relation te paraisse un peu tendue, les choses vont pratiquement à merveille entre nous. Nos rapports se sont détériorés depuis la disparition de votre mère. Je crois que ma présence, sans elle, à la maison, le gène quelque peu.       —  Dis-moi la vérité, ma tante. Est-ce que tu ressens quelque chose pour mon père.        —  Je n’ai pas compris, ma nièce. Reformule ta question pour que je saisisse où tu veux en venir.         —  En d’autres termes, est ce que tu es amoureuse de lui ? demanda Laura.         —  Je ne peux rien avancé, ma nièce, dit-elle. Ton père n’est pas le type de personne qui se prononce facilement sur ses sentiments. Pour le comprendre, il faut observer, avec un esprit lucide, tous ses gestes et déplacements sinon, il restera énigmatique.        — Et que ressentiras-tu si ma mère réapparait un jour ? demanda Laura.        —  Je ressentirai de la honte, dit-elle.        —  Pourquoi ? demanda Laura.        — Tout simplement, parce que je ne supporterai pas sa présence et, toi qui ne savait rien sur ses aventures, tu ne peux pas imaginer ce dont je suis capable de faire lorsque nos regards se croiseront de nouveau.               Laura, qui voulait couper les cheveux en quatre pour en savoir plus sur les sentiments d’animosité et d’inimitié que portait sa tante à l’égard de sa mère, lui demanda :        —  Et pourquoi, diable, vous vous détestez tant ? Ya-t-il entre vous d’autres conflits qui enveniment votre relation de sœurs.         —  Il y a toujours une raison pour qu’une chose existe, dit Sa tante qui veut noyer le poisson en lui demandant :         —  Oublie ces histoires Laura et parle-moi de tes projets. J’ai besoin de savoir ce que tu comptes faire quad tu termineras tes études.        —  Je chercherai un travail dans le secteur privé et si jamais on me propose une situation bien rémunérée, je sauterai sur l’occasion. Mais mon souhait le plus important est de trouver si vite l’âme sœur. J’ai hâte de me marier et faire des enfants qui me permettent de donner un nouvel sens à ma vie.      — Et quel est cet ange gardien qui va venir un jour nous demander ta main ? demanda Layla.     —  J’ai la ferme conviction que mon prétendant va apparaître incessamment, dit Laura. Ce n’est qu’une question de temps et rien d’autre.            A l’entendre parler de cette manière, Layla ne douta pas un instant de la présence de quelque chose qui se trame à son insu entre Laura et son père.           Pour satisfaire sa curiosité d’en savoir plus, elle lui demanda :     —  Je peux savoir ce que tu me caches, Laura ?    —  Je n’ai rien à te cacher, ma tante. Entre toi et moi, il existe toujours de la transparence, n’est ce pas ?     — Oui, dit-elle, mais à propos de ce soit disant projet de mariage, je ne suis pas si sûre que tu me dises la vérité.      — Ne sois pas sceptique sur ce sujet, ma tante, dit Laura. Le jour où je rencontrerai mon prétendant, je t’en ferai part en tant réel.     — Tu as intérêt à le faire, sinon je me fâcherai contre toi. Dans ce genre de situation, c’est la mère qui doit être au courant en  premier lieu. Le père n’est pas obligé de mettre son grain de sel dans des affaires qui se discutent d’habitude entre femmes. Considère-moi comme ta seconde mère et fais gaffe de ne pas te référer à moi dans un cas pareil. Moi, je te connais avant que tu n’aies ta dentition lactéale et je me suis consacrée à ton éducation depuis le moment où ta mère t’a laissée entre mes bras. En retour, je n’attends rien de toi, sauf de la franchise et de la fidélité. — Je te considère d’ores et déjà comme étant ma deuxième mère, ma tante. Crois-moi, je ne cherche, aucun motif de quelque nature que ce soit pour m’éloigner de toi ou te laisser sur le carreau 
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