MURIELLE
C’est quand-même incroyable que Marcos vienne me parler d’avenir ! Maintenant qu’avec Nicette, rien n’est plus possible, il trouve que notre destin est lié. Si Marcos est le seul homme restant sur terre, c’est que je demeurerai célibataire toute ma vie. Comment peut-il oser me faire une telle proposition ? Ignorant, ce qu’il me dit, je réponds en changeant de sujet.
Moi : comment va mon fils ?
Marcos : il va bien ;
Moi : est-ce qu’il y a une possibilité que je le voie de temps en temps ?
Marcos : justement ; si tu acceptes qu’on se mette ensemble, tu l’auras toujours avec toi ;
Moi : toi et moi, sommes les parents de cet enfant ; pour son édification, il a besoin de son père et de sa mère ; mais pour ça, nous ne sommes pas obligés de nous mettre ensemble ;
Marcos : et pourquoi ?
Moi : je ne t’en veux pas Marcos ; du moins, je ne t’en veux plus ; je suis juste victime de mes propres turpitudes et je n’ai qu’à m’en prendre à moi-même ; seulement, cet évènement m’a ouvert les yeux ; j’ai compris mes erreurs ; ne me demande pas de les reprendre car si les épreuves ne servent pas à nous donner des leçons, c’est dommage ; les épreuves de notre vie n’ont de sens que si nous sommes décidés à en tirer parti.
Marcos : veux-tu insinuer que je suis une erreur ?
Moi : c’était une erreur de sortir avec toi alors que tu étais le meilleur ami de Chris ; le moins que nous pouvons faire actuellement, c’est de ne pas imposer aux gens à qui nous avons fait mal, de supporter un nouveau tableau de nous ; épargnons-leur un tel spectacle !
Marcos : ainsi, tu refuses qu’on se mette ensemble ?
Moi : le refus ne vient pas de moi, il s’impose ; Marcos, donc, tu ne sais pas que nous sommes en faute et que nous devons nous corriger ?
Marcos : oui mais ce qui est fait, est fait ; et nous avons un enfant !
Moi : nous avons un enfant mais tu tenais à épouser Nicette ! Alors, ne prends plus le petit comme alibi ; désolée mais moi j’ai décidé de ne pas persévérer dans l’erreur ; j’ai également repris la voie de la raison ; et je t’invite également à le faire ; reconnais tes erreurs et rapproche-toi de Dieu ; cela vaut mieux pour toi et surtout t’évitera bien de pistes désastreuses car il y a des choses que si nous craignons réellement Dieu, nous ne pouvons faire ;
Marcos : sais-tu que c’est la seule condition qui puisse te permettre te revoir ton enfant ?
Moi : mon fils me manque et j’ai envie de le voir ; quand j’ai appris que tu me l’avais arraché, j’ai pensé que jamais, je ne pourrai vivre sans lui ; j’ai cru que je ne pouvais pas supporter ; mais voilà, plusieurs mois sont passés et je suis encore là ; je vis avec cette douleur ; ça ne m’a pas tué ; d’ailleurs, ce qui ne nous tue pas, nous rend plus fort ; le fait de m’avoir fait vivre cette épreuve m’a permis de développer des forces ; j’ai compris que c’est bien souvent en allant au fond de soi que l’on refait surface. Mon souhait est que tu me ramènes mon enfant ; mais si tu estimes que je ne mérite pas de l’avoir près de moi ou qu’il ne mérite pas de rester auprès de sa mère, libre à toi ; mais tu ne me feras pas chanter avec ça ;
Marcos : te rends-tu compte que c’est une opportunité que je t’offre car ce ne sera pas facile pour toi étant déjà mère de te marier ?
Moi : il y a des hommes qui veulent une femme sans enfants mais bien heureusement tous les hommes ne se focalisent pas uniquement sur ce critère ; avoir un enfant et trouver l’amour avec un homme bien, c’est possible ; sais-tu pourquoi ? Parce que c’est Dieu qui décide ; ne penses surtout pas non plus que je cherche à me marier à tout prix ; car ça aussi, c’est Dieu qui décidera ;
Marcos : réfléchis encore s’il te plaît ; je t’emmènerai le petit bientôt pour qu’il passe le week-end avec toi ;
Moi : j’en serai ravie ; merci d’avance.
Sans plus rien ajouter, Marcos se lève et part.
VANESSA
Je finis par rentrer le lendemain matin ; Charly est déjà parti au boulot. Toujours envahie par une forte colère, je me rends chez ma belle-mère ; il faut que je profite de son absence ; je vais tellement frapper Claire qu’elle accouchera de son b****d sur le champ et on n’en parlera plus. Charly est à moi, juste à moi ; je ne permettrai jamais qu’il soit à personne d’autre ; alors, si c’est la mort qui doit régler, je suis prête.
Une fois chez ma belle-mère, je ne trouve pas cette Claire mais j’apprends par le gardien qu’elle serait au magasin. J’avais raison : ma belle-mère est une sorcière ; comment peut-elle accueillir cette g***e et lui faire diriger son magasin ? Une vraie traîtresse ! Voilà pourquoi je ne l’aime pas. J’irai quand-même dire deux mots à cette traînée.
Au magasin, je trouve Claire confortablement installée dans la salle qui fait office de bureau à ma belle-mère. Elle joue déjà à la patronne. Je suis bien contente que ma belle-mère ne soit pas là. C’est maintenant que le karaté que j’avais appris au collège pour me défendre me sera utile. Sans perdre de temps, je l’apostrophe :
Moi : petite g***e, tu as eu le culot de coucher avec mon mari ? Sais-tu à qui tu as affaire ?
Claire ne répond pas ; c’est comme si elle a décidé de m’ignorer. Je continue :
Moi : comme tu es ambitieuse ! Tu veux te servir de ton b****d pour améliorer ta vie ! Tu n’as pas honte de tomber enceinte, juste pour avoir un peu d’argent ?
Claire (sereine) : Madame, ne me poussez pas à vous manquer de respect ; ce n’est pas avec moi que vous devez traiter mais avec votre époux ;
Moi : tu penses que tu peux être ma rivale ? Certes, tu es belle mais oublies-tu tes origines ? Villageoise analphabète ; tu es le genre de femmes que l’on peut acheter à cinq francs !
Claire garde le silence ; je continue de l’insulter ; elle ne répond plus à mes provocations. Je m’approche d’elle et commence à l’asséner de coups. Elle cherche à se défendre en tentant de répliquer tout en faisant attention à son ventre ; je profite de cette faiblesse pour lui foutre un coup de pied dans le ventre ; elle pousse un cri et l’une des vendeuses entre dans la salle pour me tirer par derrière.
Vendeuse 1 : madame, arrêtez ! Vous êtes malade ?
Vendeuse 2 : qui est même cette furie ? Quand elle est-ce qu’elle est entrée ?
Vendeuse 1 : certainement, lorsqu’on s’occupait des autres clients !
A deux, elles me maîtrisent ; on peut dire que Claire a de la chance ; elle a raté de peu le sale quart d’heure que je voulais lui faire passer. Je prends mon sac en lui lançant.
Moi : tu as de la chance cette fois-ci ; mais tu auras de mes nouvelles très bientôt ; je te montrerai que les oreilles ne dépassent jamais la tête ; voleuse de mari ! Envieuse !
ADJOKE
Malgré mes supplications, Chris est resté de marbre. J’ai dû exécuter et je suis sortie de l’appartement avec deux valises. Je n’ai pas pu prendre tous mes effets personnels. Il a fermé la porte et est parti ; je n’ai pas le numéro de téléphone de Claire en tête ; où je vais-donc pouvoir aller puisqu’il fait nuit ? Elle aurait fermé le magasin et je ne veux pas débarquer chez Madame Monique pour embarrasser Claire ; il ne faut pas que j’abuse de la gentillesse de cette dame avec qui j’étais au village. Comme j’ai de l’argent sur moi, je me rends dans un hôtel. Une fois dans la chambre prise, je m’effondre sur le lit ; je suis mal. Des heures durant, je suis restée allongée, inerte, sur le lit, volets fermés, avec l’impression d’avoir échoué dans un désert, sans aucun point de repère. C’est comme si je m’enfonçais dans un puits sans fond et ne voyais pas d’issue possible. Le souvenir de mes moments avec Mario, tel un vautour m’assaille ; les mots romantiques qu’il m’adressait ; son attention à mon égard, sa tendresse hors du commun. C’est comme si tout mon être a volé en éclats. Je suis en manque de lui physiquement, dépendante, comme une droguée.
Le lendemain, sans avoir pu fermer l’œil de la nuit, je fais l’effort de m’apprêter et je me rends au magasin où travaille Claire pour lui raconter ma mésaventure. J’avais un grand besoin de parler au risque d’exploser.
Une fois sur les lieux, je trouve Claire, visiblement, mal en point elle aussi ; c’est peut-être la grossesse qui fait ses caprices ; son ex-patron, était avec elle. Je les salue mais après un moment, je me retire car je sens que je suis de trop.
Moi : Claire, je vais partir ; j’ai perdu mon téléphone ; redonne-moi ton numéro ;
Claire : d’accord ; mais tu as l’air triste ;
Moi : je le suis mais nous en parlerons une autre fois ; prends- bien soin de toi ; tu devrais aller te reposer ;
Moi : merci Adjokè, je t’appellerai.
J’ai senti que Claire avait un problème mais n’étant pas seules, nous ne pouvons en parler. Et pourtant, j’avais envie de me vider ; c’est comme si je trouverai la paix en le faisant. Je me dirige directement dans une agence de téléphonie mobile pour récupérer mon numéro de téléphone.
Opératrice : votre carte d’identité s’il vous plaît ;
Je la lui tends.
Opératrice : Mademoiselle, le numéro de téléphone que tu viens de me communiquer n’est pas inscrit à ton nom mais à celui de Mario Mavula ;
Moi : effectivement ; c’est lui qui s’en était chargé ;
Opératrice : nous avons donc besoin de sa carte ;
Moi : je ne suis pas en mesure de l’avoir ;
Opératrice : dans ce cas, nous allons devoir t’attribuer un autre numéro de téléphone.
Au moins avec mon numéro de téléphone usuel, j’aurais pu retrouver mes contacts et certains pourraient me joindre plus facilement. Ceci ne m’arrange pas mais je n’ai pas le choix. Une fois le nouveau numéro pris, j’appelle Madame Yvonne. Elle me demande d’attendre à l’endroit où je me trouve pour que son chauffeur vienne me chercher. Peu de temps plus tard, je me retrouve chez elle :
Yvonne : bienvenue chez moi, Adjokè ;
Moi : merci Madame ;
Yvonne : tu peux m’appeler Yvonne ;
Moi : non ; je ne peux pas ;
Yvonne : j’insiste ; je n’aime pas les protocoles ;
Moi : d’accord ;
Yvonne : alors, comment vas-tu aujourd’hui ?
Moi : bien ; merci encore pour tout ;
Yvonne : alors, Adjokè, quel est le problème qui te chagrine tant ?
Moi (soupirant) : je ne voudrais pas vous ennuyer parce que je vous connais à peine ; mais j’ai vraiment besoin de parler ;
Yvonne : je te comprends ; parfois, il est nécessaire de se confier ; ceci soulage énormément. Etant d’ailleurs une personne extérieure à ta vie, je suis la meilleure personne capable de t’écouter sans parti pris et sans te juger.
Je raconte tout à Yvonne et je conclus par la scène d’hier avec Chris. Pendant que je parlais, je ne pouvais contenir mes larmes. Quand j'ai fini mon récit, Yvonne ordonne à l'une de ses servantes de m'apporter un verre d'eau fraîche.
Yvonne : calme-toi Adjokè ; il n’y a rien de nouveau sous le soleil ; bienvenue à l’école de la vie ; ce que j’ai pu noter de toi en quelques jours, c’est que tu es naïve ; tu fais confiance aux autres et tu penses que tout le monde est comme toi ; détrompe-toi ; ce n’est pas parce que les gens rient avec toi, qu’ils te portent dans leur cœur ; de ce que tu viens de me raconter, je déduis qu’il y a une ou plusieurs personnes qui voulaient que tu te sépares de ton fiancé ; ils t’ont tout simplement piégé ; dis-moi, qui sont ceux qui s’opposent à votre amour ?
Moi : personne ;
Yvonne : en es-tu certaine ?
Moi : oui ; en fait, au début, il y a eu des oppositions mais après, tout est rentré dans l’ordre ;
Yvonne (souriant) : rien n’est rentré dans l’ordre ; qui étaient ceux qui s’y opposaient ?
Moi : d’abord mon ex-patronne ; puis le père de Mario ; mais le père de Mario ne s’est pas montré hostile ; je sentais qu’il faisait un effort ;
Yvonne : raconte-moi ce qu’il en est de ton ex-patronne ;
Moi : en fait, c’est la femme du frère aîné de mon fiancé ; celui qui vous a parlé au téléphone lorsque vous avez appelé l’entreprise ; au début, elle y était farouchement opposée ; mais plus tard, elle s’est excusée de son comportement puis tout est rentré dans l’ordre ; d’ailleurs, nous nous fréquentons ;
Yvonne (souriant) : que tu es naïve ! Dis-moi, Mario avait-il une autre fiancée avant toi ?
Moi : me basant sur ce qu’il m’a dit, jamais, il n’a eu une relation sérieuse avec une jeune fille ; c’était toujours des aventures sans lendemain jusqu’à ce qu’il ne parte au Canada pour ses études ; là-bas, il ne s’est attaché à personne ;
Yvonne : ok ; quelles sont les raisons pour lesquelles ton ex-patronne s’y était opposé au départ ?
Moi : j’étais sa domestique ; de plus, elle aurait préféré sa meilleure amie pour son beau-frère ; mais je vous assure qu’elle est très gentille ; elle était mon amie jusqu’à ce que ma fausse infidélité ne soit révélée ;
Yvonne (souriant) : Adjokè, pauvre de toi ! Même si ton ex-patronne décide d’accepter votre relation, elle ne voudra pas être amie avec toi au point de te fréquenter ; c’est logique car elle a été ta patronne ; peut-être bien après, quand tu seras effectivement mariée avec son beau-frère, elle pourrait commencer à être plus ouverte parce que tu serais devenue officiellement sa belle-sœur ; et même là encore, c’est un processus qui prend du temps ; ce qui veut dire que c’est louche ; d’ailleurs, dis-moi, quelle a été sa réaction lors de cet incident ?
Moi : elle aussi ne m’a pas cru ; je suis allée la voir le lendemain pour solliciter son aide mais elle m’a rejeté ; elle m’a même interdit de revenir chez elle ;
Yvonne : ok ; je vois le tableau ; comme je te le disais, tu as été piégée ; les photos ne sont pas truquées ; le ou les auteurs de ce coup ne sont pas bêtes ; ils savent que ton fiancé pourrait faire contrôler les images ;
Moi : soit ! Mais ce qui m’étonne, c’est que je portais dans la seconde photo une robe qui est bien la mienne ; or, elle est neuve ; je ne l’ai jamais porté ; c’est mon fiancé qui me l’a offert et j’étais censée la mettre pour un évènement à venir ;
Yvonne : il doit y avoir une explication ; écoute, donne-toi du temps ; essaie d’oublier un peu cet incident ;
Moi : ça va être difficile d’oublier Mario ; je l’aime beaucoup ; je ne me vois pas vivre sans lui ;
Yvonne : mais tu n’as aucun moyen de lui prouver ton innocence ; alors, pour le moment, tu dois apprendre à vivre sans lui ;
Moi : je n’y arriverai pas ; j’ai envie de me suicider ;
Yvonne : ma petite, je te comprends ; tu as un « goumin [1]»
Moi : qu’est-ce à dire ?
Yvonne : ça veut dire que tu as une peine d’amour ; toutes les femmes passent par -là à un moment de leur vie ; cela est tout simplement atroce. On a le cœur en morceau et l’impression que notre vie nous échappe. On pense ne pas pouvoir s’en remettre et pourtant…Si tu te sens de plus en plus déprimée ou que tu as des idées noires, ne reste pas seule ; ce qu’il faut faire, ce n’est pas te suicider ; c’est d’apprendre à traverser cette période car malgré tout, cette vie est belle ;
Moi : je ne pense pas que j’y arriverai ; je souffre trop ; mon cœur saigne ;
Yvonne : quand on vit une peine d'amour, on a souvent besoin de temps pour guérir. C'est comme lorsqu'on est malade ou que l'on se blesse : il faut prendre soin de soi et attendre que notre cœur se répare ; en ce moment, tu ressens certainement de la douleur, de l'abandon, de la peur, un sentiment de vide ; n’est-ce pas ?
Moi : c’est exact ; je n’ai pas l’appétit et j’ai des difficultés pour dormir ;
Yvonne : tous ces sentiments sont naturels. Quand l’être aimé te lâche, c’est comme quand tu vis un deuil ; il faut faire une croix sur beaucoup de choses importantes en même temps : ce que tu aimais de lui, des habitudes, des projets, des rêves, des idéaux etc… Un chagrin d’amour, ce n’est jamais facile ; pour le vivre plus facilement, fais des choses que tu aimes ; ça te changera les idées et t'aidera à te sentir mieux. Réapproprie-toi ta vie, et laisse ton ex faire sa vie de son côté. N'essaie pas de culpabiliser ou de le convaincre de revenir. Tu vois bien qu’il a des raisons de te quitter, et le problème est encore là. Sois patiente et avec le temps, tu verras que ta douleur diminuera de plus en plus ;
Moi : je n’ai plus le goût à rien ; y parviendrai-je ?
Yvonne : oui, tu y parviendras ; tu sais, passées les larmes et la douleur, l’épreuve dans laquelle nous croyons mourir nous aide aussi à grandir. Elle nous éclaire sur nos capacités de résistance face à la séparation comme sur notre aptitude à trouver, peu à peu, notre autonomie. C’est aussi l’occasion d’une renaissance ; nos épreuves peuvent être la fondation d’un niveau supérieur de compréhension ; Adjokè, rassure-toi ; tu n’es pas seule ; je serai là pour t’aider à traverser cette période ; il n’y a point de hasard dans la vie ; Dieu t’aime ; c’est pour cela qu’il t’a mise sur mon chemin de cette manière pour t’aider à ne pas toucher le fond ; tu es encore jeune ; l’avenir t’appartient ; ne le gâche pas pour un homme ; petit à petit, tu découvriras que tu parviendras à vivre sans lui ; à rire sans lui ; et même à être bien toute seule.
Moi : merci Yvonne ; merci de me réconforter ; ça m’a fait du bien d’échanger avec toi ; je vais maintenant partir ;
Yvonne : où vas-tu ?
Moi : à l’hôtel ;
Yvonne : ne me dis pas que c’est là où tu vas vivre !
Moi : le temps de trouver un logement à ma portée ; j’ai des économies ;
Moi : j’ai un appartement qui va bientôt se libérer dans une de mes locations ; tu peux l’habiter gratuitement ; le locataire déménage dans quatre jours ;
Moi (à genoux) : merci infiniment ; vous êtes très aimable ;
Yvonne : lève-toi ; tu n’as pas besoin de faire ça ; c’est normal ; dans la vie, nous devons nous entraider ; j’ai reçu de l’aide quand j’en avais besoin ; à mon tour, je dois également t’aider ; un jour, tu le feras pour quelqu’un aussi ; c’est une manière de manifester de l’amour à notre prochain comme Dieu nous le recommande[2]. En attendant que l’appartement soit libre, va chercher tes affaires ; tu vas habiter ici, le temps que tout soit prêt ; tu as des pensées suicidaires et il n’est pas bon que tu restes seule.
Madame Yvonne me fait raccompagner et ramener par son chauffeur. Je passe par la pharmacie pour acheter un somnifère ; j’ai vraiment besoin de dormir profondément.
VANESSA
Mon cœur est en rage. Si ces vendeuses ne m’avaient pas maîtrisé, j’aurais donné une bonne leçon à Claire. Quand est-ce que j’aurai encore une pareille occasion ? Je suis certaine qu’elle avertira Charly ; je lui ferai croire que je n’ai pas de mauvaise intention ; j’engagerai quelqu’un pour la suivre de façon à être avertie lorsqu’elle sera seule un jour. Je dois régler son compte coûte que coûte. J’y songeais quand Charly rentre. Il s’écrie :
Charly (furieux) : tu es folle Vanessa ? Tu veux tuer Claire ?
Moi : voilà, je le savais ; ça commence ; elle t’a déjà menti sur mon compte ;
Charly : es-tu allée au magasin de ma mère, oui ou non ?
Moi : oui ; je suis allée pour lui dire deux mots ; c’est bien mon droit ! Je suis ton épouse ;
Charly (furieux) : tu lui as également donné des coups et même dans le ventre ; tu es malade ?
Moi : elle ment ;
Charly : les vendeuses sont témoin ;
Moi : c’est normal ; elles suivent Claire pour lui faire plaisir ; parce qu’elles pensent que c’est elle ta femme ! Elles ne me connaissent pas ;
Charly : tu n’as pas honte ? Ces vendeuses sont avec ma mère depuis trois ans ! Et elles ne connaissent même pas son unique belle-fille ! Dorénavant, je t’interdis d’aller provoquer Claire ; tu n’avais pas à aller la voir ! Je ne veux plus voir tes pieds ni au magasin, ni chez ma mère !
Moi (jouant à la victime) : maintenant tu prends le parti de Claire contre moi ? Au point de m’interdire de mettre pied chez ta mère ?
Charly : tu n’y allais déjà pas de toute façon ! Ecoute, Claire est enceinte ; respecte sa condition ; c’est à moi que tu dois t’en prendre et non à elle ; c’est avec moi que tu as un problème ;
Moi (feignant de pleurer) : quelles sont tes intentions ? Tu veux me donner une coépouse ?
Charly (sensible) : Vani, je t’ai déjà dit de garder ton sang-froid ; si tu multiplies les erreurs, chacun devra prendre son chemin ; laisse cette petite tranquille. Et pour ton information, elle ne veut pas de moi ; elle me donnera un enfant et puis c’est tout.
Moi : balivernes ! Elle veut oui ! Qui peut ne pas vouloir de toi ? Tu es une aubaine pour elle ! Et je suis certaine que tu te rendais chez ta mère chaque soir pour coucher avec elle ! Je comprends tout maintenant ;
Charly : écoute chérie, je comprends ta colère ; je suis désolé encore une fois ; mais Claire n’a pas l’intention de rivaliser avec toi ; gérons cette situation au mieux ; si tu m’aimes vraiment, fais cet effort. Oublie Claire ; elle accouchera et je prendrai mes responsabilités envers mon enfant ; c’est tout ; il n’y aura aucune incidence sur notre foyer ; mais tout dépend de toi, chérie.
Je fonds en larmes. Charly reprend :
Charly : c’est inutile de pleurer ; essayons de nous comprendre ; mais, je t’interdis d’aller à nouveau provoquer Claire ; si tu le fais, tu peux considérer que c’est fini entre nous. Je t’aurais prévenu ;
Moi : es-tu sûre même que tu es l’auteur de cette grossesse ? Si ça se trouve, elle te l’a collé à cause de ta situation financière !
Charly : elle était vierge, figure-toi ! J’ai été le premier.
Cette déclaration de Charly me transperce le cœur ; mon Dieu ! Qu’ai-je fait pour mériter un tel sort ? Ceci complique tout car Charly se prendra pour son homme. Il faut que je passe à une vitesse supérieure. Mon téléphone sonne et c’est un message d’Amsa qui me demandait de lui envoyer les versions numériques pour le partage des photos d’Adjokè ; je supprime automatiquement le message ; qu’elle aille se faire foutre ! J’ai mes propres problèmes à régler.
A suivre...
[1] Le goumin est l'appellation en verlan ivoirien (nouchi) du chagrin d'amour. C'est lorsqu'on aime vraiment et qu'on est rejeté par notre partenaire
[2] Marc 12 v 31 : Tu aimeras ton prochain comme toi-même.